Mexicain tué par ICE : Sheinbaum annonce des poursuites contre les États-Unis

Une trentaine d’années de vie construite au Texas se sont achevées en quelques secondes sous les balles d’un agent fédéral. Lorenzo Salgado Araujo, 52 ans, ouvrier du bâtiment mexicain installé depuis 35 ans à Houston, a été abattu le 7 juillet par un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) lors d’un contrôle routier dans le quartier East End. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a annoncé mercredi la préparation de mesures légales contre les autorités américaines.

Une opération présentée comme un contrôle de routine

L’incident s’est produit vers 6h50, alors que Salgado Araujo conduisait une camionnette pour aller chercher ses ouvriers avant de rejoindre un chantier au nord de Houston. Selon la version de l’ICE, l’agence menait une opération d’application ciblée visant à interpeller un homme en situation irrégulière. L’agence affirme que le conducteur a tenté de fuir, percuté un véhicule fédéral, ignoré plusieurs sommations, puis cherché à renverser un agent avec son véhicule, ce qui aurait justifié l’ouverture du feu en légitime défense.

Touché à l’abdomen, Salgado Araujo a été transporté au Ben Taub Hospital, où il est décédé. Trois autres hommes présents dans le véhicule, dont son frère, ont été interpellés par l’ICE ; leur famille reste sans nouvelles d’eux depuis les faits.

La représentante démocrate Sylvia Garcia a précisé que la victime n’avait aucun antécédent judiciaire. Son fils, Ronaldo Salgado, a indiqué lors d’une conférence de presse que son père entamait une démarche de régularisation, avait déjà fourni ses empreintes biométriques et savait comment réagir en cas de contrôle par l’ICE. « Il ne méritait pas de mourir », a-t-il déclaré.

Une version contestée par les images disponibles

Aucune vidéo officielle de la fusillade n’a été rendue publique par les autorités fédérales. Une riveraine a néanmoins filmé la scène juste après les tirs, révélant un tableau différent du récit fédéral : les dégâts visibles sur les véhicules paraissent limités, et l’homme au sol, menotté, se trouvait déjà hors d’état de nuire au moment de la captation. L’organisation de défense des droits civiques LULAC a proposé une récompense de 5 000 dollars pour obtenir davantage de preuves vidéo, et réclame la publication des enregistrements des caméras-piétons ainsi que des journaux d’intervention.

Le maire de Houston, John Whitmire, a demandé une enquête fédérale transparente et indépendante, précisant que la police municipale n’était pas impliquée dans l’opération. Le représentant démocrate Al Green a de son côté sollicité une audition de la commission de la Sécurité intérieure de la Chambre des représentants. Le DHS a confirmé qu’une enquête interne était en cours, tandis que le FBI de Houston examine parallèlement une possible agression visant un agent fédéral.

Le Mexique évoque des poursuites judiciaires

Depuis Mexico, la présidente Claudia Sheinbaum a annoncé son intention de dépasser le cadre des notes diplomatiques, évoquant la préparation de mesures légales plus significatives contre les mauvais traitements infligés à ses ressortissants aux États-Unis. Elle a rappelé qu’un dossier avait déjà été porté devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme et n’a pas exclu de saisir les Nations unies.

Cette affaire s’ajoute à une série d’incidents mortels impliquant des agents fédéraux américains ces derniers mois, dont la mort de Renee Good à Minneapolis et celle de Ruben Ray Martinez, citoyen américain tué lors d’un contrôle routier similaire. Dans plusieurs de ces dossiers, les versions initiales des autorités ont ensuite été contredites par des preuves vidéo.

Le DHS-OIG poursuit son enquête sur les circonstances exactes de la fusillade, dont les conclusions détermineront si l’usage de la force par l’agent était justifié.

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