Une semaine après la sortie raciste d’une élue argentine visant les Bleus, Buenos Aires ouvre un nouveau front diplomatique, cette fois avec Londres. Le ministre argentin des Affaires étrangères, Pablo Quirno, a publié ce 13 juillet un éditorial dans le quotidien La Nación exigeant la réouverture de négociations sur la souveraineté des îles Malouines, à deux jours de la demi-finale du Mondial entre l’Argentine et l’Angleterre, prévue mercredi. L’information est rapportée par le tabloïd britannique The Sun.
Un ministre qui remet en cause le référendum de 2013
Dans ce texte, Pablo Quirno réclame l’annulation du référendum organisé en 2013 sur l’archipel, ainsi que de toute consultation future portant sur sa souveraineté. Il estime qu’aucun scrutin « organisé unilatéralement par le Royaume-Uni » n’a de valeur juridique — une position qui ignore le résultat du vote de 2013, où 99,8 % des habitants s’étaient prononcés pour le maintien du statut britannique de l’archipel.
Le ministre argentin va plus loin en qualifiant les insulaires de « population implantée artificiellement », une formule qui a suscité des critiques jusqu’en Argentine même, où près de 86 % de la population descend elle-même de l’immigration européenne. Il assure par ailleurs que la victoire militaire britannique de 1982 n’a jamais réglé le différend territorial, affirmant que le temps ne transformera « ni une occupation illégale en souveraineté, ni la volonté de son pays ». Il a également condamné les licences d’exploration pétrolière délivrées autour de l’archipel, les qualifiant de frauduleuses.
Cette sortie fait suite à une offensive diplomatique argentine relancée depuis avril, après la révélation d’une note interne du Pentagone évoquant un possible réexamen par Washington de son soutien traditionnel à la souveraineté britannique sur les Malouines. Le président Javier Milei avait alors affirmé que l’archipel « a été, est et sera toujours argentin », avant que le secrétaire d’État américain Marco Rubio ne minimise la portée de cette note.
Une rivalité déjà ravivée par les joueurs argentins
L’éditorial du ministre n’est pas le seul élément à tendre le climat avant le choc de Dallas. Après leur qualification arrachée face à l’Égypte en huitièmes de finale, les joueurs de la sélection argentine avaient entonné dans les vestiaires une version modifiée du chant « Muchachos », évoquant à la fois la revanche de 1994 et la guerre des Malouines de 1982. Diffusée sur les comptes officiels de la fédération argentine, la séquence enfreignait en principe le règlement de la FIFA, qui interdit les chants à caractère politique dans ses compétitions. L’instance a toutefois choisi de ne prononcer aucune sanction contre les champions du monde en titre. Cette tension n’est pas nouvelle : depuis plusieurs éditions, la FIFA n’attribue jamais d’arbitre anglais aux matches de l’Argentine, ni d’arbitre argentin à ceux de l’Angleterre, en raison de l’héritage de la guerre de 1982.
Un cadre tendu après l’affaire Hebe Casado
Cette nouvelle crise diplomatique survient alors que Buenos Aires se remet à peine d’une autre controverse sportive. Début juillet, la vice-gouverneure de la province de Mendoza, Hebe Casado, avait qualifié l’équipe de France d’« équipe africaine sans manières » sur X, après la victoire des Bleus face au Paraguay en huitièmes de finale. L’ambassade de France en Argentine, par la voix de l’ambassadeur Romain Nadal, avait dénoncé des propos racistes et déclaré l’élue persona non grata dans ses locaux, suspendant toute participation française aux réunions officielles où celle-ci serait présente. Casado avait refusé de retirer ses propos, les présentant comme relevant du « folklore footballistique ». Cette séquence avait elle-même succédé à une polémique paraguayenne visant Kylian Mbappé, portée par la sénatrice Céleste Amarilla, condamnée jusqu’au niveau de la FIFA. Deux affaires qui, en l’espace de quelques jours, avaient déjà placé les débordements verbaux au cœur de ce Mondial.
Dans cette situation, un nouveau contentieux s’ouvre avec Londres, cette fois porté directement par un membre du gouvernement de Javier Milei.. Le coup d’envoi de la demi-finale entre l’Argentine et l’Angleterre est fixé à 21 heures mercredi, au moment où les enjeux sportifs se mêlent désormais ouvertement à un différend territorial vieux de plus de quarante ans.
