Trois décennies de rivalité sportive n’avaient jamais débordé jusqu’au Congrès. Le Sénat paraguayen a approuvé, mercredi 8 juillet, une résolution rejetant les propos tenus par la sénatrice Celeste Amarilla contre le footballeur français Kylian Mbappé. Après plus de cinq heures de débat, la Chambre haute a tranché à la majorité, à main levée, exprimant son « absolu rejet » de toute forme de racisme et de discrimination.
Des propos jugés racistes après l’élimination du Paraguay
La polémique remonte au samedi précédent. Après la défaite du Paraguay face à la France en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026 (0-1, sur un penalty transformé par Mbappé), Amarilla avait publié sur les réseaux sociaux des commentaires visant les origines et l’apparence physique du joueur français. Ces propos ont été qualifiés de racistes par l’ONU, la Fédération française de football et le président Emmanuel Macron. Le Real Madrid a également condamné des déclarations jugées incitatrices à la haine. Devant le Sénat, la sénatrice a maintenu sa position, allant jusqu’à insulter à nouveau le joueur en pleine séance plénière, lui reprochant d’avoir refusé de saluer le gardien paraguayen Orlando Gill après le match.
Un texte adopté après un compromis interne
Le projet initial, déposé par le sénateur Dionisio Amarilla, visait à désolidariser l’institution des propos de la sénatrice. Une première version citait nommément Mbappé, mais un accord trouvé après une suspension de séance a conduit à retirer le nom du footballeur du texte final, plusieurs élus jugeant excessif de lui accorder cette importance.
La résolution adoptée n’a pas fait l’unanimité. Les sénatrices Yolanda Paredes et Lilian Samaniego ont pris la défense d’Amarilla, accusant à leur tour Mbappé d’avoir eu une attitude jugée méprisante envers les joueurs paraguayens durant la rencontre. Le sénateur Líder Amarilla a également soutenu sa collègue, évoquant un sentiment d’humiliation partagé par la population paraguayenne. Le président du Sénat, Basilio Núñez, a fermement condamné la sénatrice, rappelant l’existence d’une loi paraguayenne contre la discrimination raciale. Le même jour, la Chambre a adopté à l’unanimité une déclaration distincte saluant la performance de la sélection paraguayenne lors du Mondial.
Une affaire qui continue de diviser
Amarilla a présenté des excuses à la communauté afro-descendante tout en refusant de revenir sur ses critiques envers Mbappé. La Fédération française de football a par ailleurs indiqué vouloir saisir la justice concernant les propos tenus par la sénatrice.
