Les tensions autour des violences xénophobes en Afrique du Sud relancent le débat sur les causes profondes de la crise économique locale, alors que l’ancien président Thabo Mbeki estime que les immigrés sont injustement tenus responsables du ralentissement économique. Ses propos, tenus dans un contexte de recrudescence des discours anti-migrants dans plusieurs zones urbaines, ravivent une controverse politique et sociale récurrente dans le pays.
L’ex-chef de l’État sud-africain a pris la parole pour critiquer la manière dont certaines populations étrangères sont désignées comme boucs émissaires. Il affirme que les difficultés économiques du pays ne peuvent être imputées aux migrants africains installés en Afrique du Sud, appelant à un réexamen des responsabilités réelles dans la dégradation des conditions économiques et sociales. « La chute de la performance de l’économie sud-africaine n’est pas la faute des immigrés », a-t-il déclaré, rejetant l’idée selon laquelle les étrangers seraient à l’origine du chômage ou de la précarité. « Les personnes à l’origine du déclin de l’économie sud-africaine sont tranquillement assis chez eux. Il ne faut pas pointer du doigt les mauvaises personnes » a déclaré celui qui avait succédé à Nelson Mandela sur le fauteuil présidentiel.
Le débat sur les causes du chômage ravivé
Thabo Mbeki insiste sur la nécessité de distinguer les problèmes structurels de l’économie sud-africaine des tensions liées à la présence de migrants. Il estime que le chômage des jeunes, ne peut être résolu par la désignation de responsables étrangers. Thabo Mbeki a également souligné le fait que l’ensemble du continent africain s’était mobilisé à un moment donné pour aider l’Afrique du Sud a combattre le système de l’apartheid.
Pour l’ex président, ces concitoyens ne doivent pas oublier ce fait historique qui fait partie de l’ADN du pays arc- en ciel. L’ancien dirigeant a notifié que le déclin de l’économie sud-africaine est dû à plusieurs facteurs et qu’il faut s’atteler à analyser le problème dans son ensemble au lieu d’accuser systématiquement les populations immigrées.
Dans ses déclarations, Thabo Mbeki met aussi en garde contre une lecture simplifiée des violences, qu’il considère comme le résultat de frustrations économiques profondes et non comme une hostilité systématique envers les étrangers.
Cette position intervient alors que les débats sur la gestion des flux migratoires restent sensibles dans le pays, notamment dans un contexte de croissance économique faible et de fortes inégalités sociales.
Les autorités sud-africaines n’ont pas annoncé de nouvelle mesure spécifique à la suite de ces déclarations. Les discussions sur la politique migratoire et la protection des étrangers devraient toutefois se poursuivre dans les prochains mois, alors que plusieurs organisations civiles réclament un renforcement des dispositifs de prévention des violences dans les zones à risque.
Une accusation des migrants au cœur des tensions sociales
Dans plusieurs townships et zones urbaines, les épisodes de violences contre des commerçants étrangers ont régulièrement été accompagnés de discours les accusant de concurrencer les travailleurs locaux ou de tirer profit de l’économie informelle. Ces tensions ont parfois débouché sur des pillages de boutiques tenues par des ressortissants venus d’autres pays africains.
Les autorités sud-africaines avaient déjà été confrontées à une vague de violences en 2008, puis en 2015 et 2019, faisant plusieurs dizaines de morts et provoquant le déplacement de milliers de personnes. Des organisations comme Human Rights Watch avaient alors alerté sur la fragilité des dispositifs de protection des migrants dans certaines zones sensibles.
Sur le plan économique, ces épisodes ont entraîné la fermeture de commerces de proximité, notamment dans les secteurs de l’alimentation et des services de quartier, où les entrepreneurs étrangers occupent une part importante du marché informel.
Impact économique sur les commerces et l’emploi local
Les destructions de magasins et les départs forcés de commerçants étrangers ont un effet immédiat sur l’économie locale. Dans plusieurs cas documentés par des organisations de la société civile sud-africaine, les violences ont provoqué la disparition de sources de revenus pour des familles entières et la perte de centaines d’emplois indirects liés à ces activités.
L’économie informelle constitue une grande partie de l’économie nationale en Afrique du Sud, un secteur dans lequel les migrants africains jouent un rôle significatif dans la distribution de biens de consommation de base. La rupture de ces chaînes d’approvisionnement fragilise particulièrement les zones périurbaines, où l’accès aux grandes enseignes reste limité. Les économistes soulignent également un effet dissuasif sur l’investissement. Les épisodes de violences xénophobes ont été associés à une perception accrue de risque social, susceptible de freiner les investissements directs étrangers dans certaines provinces.
