Face à une flotte chinoise de plus de 370 navires, la marine américaine n’en aligne aujourd’hui que 294. C’est dans ce rapport de force que le Bureau du budget du Congrès (CBO) a publié mercredi son évaluation des quinze cuirassés nucléaires voulus par le président Donald Trump : la facture grimperait à 275 milliards de dollars d’ici 2056.
Baptisé USS Defiant, le premier exemplaire absorberait près de 23,4 milliards de dollars du budget naval. Chacun des quatorze suivants ferait grimper l’addition d’environ 18 milliards de dollars supplémentaires, selon l’agence budgétaire indépendante.
Un tarif supérieur au plus grand porte-avions du monde
L’USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions actuellement en service dans la marine américaine, avait nécessité 13,3 milliards de dollars lors de sa mise en service en 2017. Ramenée en valeur 2026, cette somme dépasserait légèrement les 20 milliards de dollars — un niveau que chaque futur cuirassé franchirait individuellement.
Le CBO ajoute que les exemplaires les plus récents de la classe Ford atteindraient désormais 22 milliards de dollars. À titre de comparaison, les futurs sous-marins lanceurs d’engins de classe Columbia sont évalués à 10 milliards de dollars l’unité. Ces cuirassés porteront le nom du président en exercice, une décision annoncée en décembre depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. Cet honneur revient habituellement à des dirigeants ayant quitté leurs fonctions.
Un armement inédit depuis la Seconde Guerre mondiale
Avec un déplacement de 35 000 tonnes, ces bâtiments deviendraient les navires de combat les plus lourdement armés jamais construits par la marine américaine. Le rapport détaille un arsenal composé de missiles antiaériens, de missiles de croisière nucléaires, d’armes hypersoniques, de lasers de forte puissance et d’un canon électromagnétique.
Ils constitueraient les plus grands navires de combat de surface construits par les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale. Leur tonnage resterait toutefois inférieur à celui des derniers cuirassés américains de la classe Iowa, retirés du service dans les années 1990.
La question de la capacité industrielle
Le calendrier fixé imposerait à la marine de livrer un cuirassé tous les deux ans entre 2028 et 2056, tout en maintenant la production de deux destroyers de type DDG-51 par an. Le CBO doute que les chantiers navals américains puissent absorber cette charge.
« Même les chantiers navals qui construisent déjà des navires de la marine feraient face à des difficultés pour concevoir et bâtir le premier exemplaire d’une nouvelle classe », précise le rapport. Les premiers navires d’une nouvelle série coûtent presque systématiquement plus cher et prennent plus de temps que prévu initialement, selon l’agence.
L’assemblage reviendrait aux chantiers Newport News Shipbuilding, en Virginie, où sont déjà construits les porte-avions et une partie des sous-marins américains. Le CBO s’interroge sur l’impact de cette charge supplémentaire sur les programmes déjà en cours à ce chantier, qui connaît des retards.
