Cybercriminalité en Afrique : l'IA responsable de 55% des attaques, les pertes doublent à 484 millions de dollars

Plus d’une cyberattaque sur deux recensée en Afrique repose désormais sur l’intelligence artificielle. C’est ce que révèle le dernier rapport d’INTERPOL, publié ce lundi, qui évalue à 55% la part des cybercrimes africains désormais générés ou facilités par des outils d’IA.

Un préjudice financier qui double en deux ans

Le montant des dommages liés à la cybercriminalité sur le continent est passé de 192 à 484 millions de dollars en l’espace d’un an, selon les données publiées par l’organisation. Cette envolée s’expliquerait avant tout par la multiplication des arnaques automatisées, du vol de données de connexion et des campagnes d’ingénierie sociale pilotées par des algorithmes.

Les escroqueries en ligne restent, selon le document, la forme de cybercrime la plus signalée sur le continent. Les secteurs financier, des télécommunications et les administrations publiques figureraient parmi les cibles les plus touchées. Dans sept pays sur dix parmi ceux sondés, des centres d’arnaque organisés auraient été identifiés sur le territoire national, avec une forte présence relevée dans le sud et l’ouest du continent.

Des identités fabriquées pour contourner les contrôles biométriques

Un autre phénomène préoccupe les enquêteurs : la fabrication d’identités synthétiques. Des réseaux combineraient des données personnelles authentiques, souvent volées, avec des éléments générés artificiellement pour créer de fausses identités capables de tromper les systèmes de vérification biométrique.

Cette technique s’ajoute à d’autres usages détournés de l’IA déjà documentés sur le continent. Un rapport de Microsoft publié en octobre 2025 signalait déjà que des attaquants utilisaient l’intelligence artificielle pour rédiger des messages de phishing dans les langues locales et imiter des personnalités connues. Le nombre de victimes recensées par cette étude était alors passé de 35 000 à 87 000 en un an.

Les fraudes par compromission de messagerie professionnelle (BEC) auraient également gagné en sophistication grâce à des e-mails rédigés par IA, jugés plus convaincants par les victimes visées, en majorité situées hors du continent.

Des capacités de riposte encore limitées

Le directeur de la lutte contre la cybercriminalité à INTERPOL, Neal Jetton, estime que le développement de la fraude portée par l’intelligence artificielle « requiert une action urgente« , jugeant qu’aucun pays ne peut affronter seul ce type de menace.

Une précédente enquête de l’organisation, menée en 2025, avait déjà pointé un retard technologique du côté des forces de l’ordre : une large majorité des agences africaines interrogées reconnaissaient ne pas avoir encore intégré d’outils d’intelligence artificielle dans leurs méthodes d’investigation. Un écart qui pourrait, selon INTERPOL, désavantager de nombreux services face à des réseaux criminels de plus en plus automatisés.

Sur le plan opérationnel, quatre opérations coordonnées par l’organisation — Serengeti 2.0, Contender 3.0, Sentinel et Carton Rouge 2.0 — auraient permis plus de 1 500 arrestations et la récupération de plus de 100 millions de dollars ces derniers mois. Le rapport appelle à harmoniser les capacités de police scientifique numérique entre pays et à renforcer les partenariats public-privé pour anticiper ces menaces émergentes.

Ce document constitue la quatrième édition de l’évaluation des cybermenaces africaines produite par INTERPOL, dans le cadre d’une initiative financée par le ministère britannique des Affaires étrangères.

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