Succès Masra quittera prochainement sa cellule après plus d’un an de détention. Deux décrets de grâce, publiés ce vendredi 14 août 2026 par la présidence tchadienne, effacent la peine de 20 ans de prison ferme que Mahamat Idriss Déby Itno avait fait prononcer contre l’opposant l’année dernière.
Une condamnation liée à un massacre intercommunautaire
L’ancien Premier ministre avait été arrêté le 16 mai 2025 à N’Djamena, deux jours après un massacre ayant fait plus de quarante morts dans le village de Mandakao, dans le sud-ouest du pays. La justice tchadienne l’avait reconnu coupable en août 2025 de diffusion de messages haineux et xénophobes, ainsi que de complicité de meurtre, et l’avait condamné à une lourde peine assortie d’une amende d’un milliard de francs CFA à titre de dommages et intérêts. Selon la présidence, cette mesure de grâce fait suite à une requête déposée par les avocats de l’opposant. La remise de peine ne concerne toutefois pas les sanctions civiles, qui demeurent applicables.
Huit autres responsables politiques concernés
Le geste présidentiel ne se limite pas à Succès Masra. Huit autres responsables politiques issus de l’ex-GCAP, coalition d’opposition, bénéficient également d’une remise totale de peine. Un second décret, distinct, instaure une remise collective applicable à l’ensemble des détenus du territoire, à l’exception des personnes condamnées pour terrorisme, viol ou trafic de stupéfiants ; les condamnés pour corruption ne peuvent obtenir qu’une réduction partielle. D’après la présidence tchadienne, les neuf personnes graciées devraient être remises en liberté sous peu, une fois les formalités administratives réglées par le ministère de la Justice.
Un adversaire devenu chef du gouvernement
La trajectoire de Succès Masra montre les recompositions politiques tchadiennes de ces dernières années. Économiste de formation et fondateur du parti Les Transformateurs en 2018, il avait quitté le Tchad après la répression sanglante des manifestations du 20 octobre 2022, avant de rentrer en novembre 2023 à la faveur d’un accord conclu à Kinshasa. Nommé Premier ministre par Mahamat Idriss Déby le 1er janvier 2024, il avait démissionné quelques mois plus tard pour se présenter à l’élection présidentielle, où il avait recueilli 18,54 % des voix contre 61,03 % pour le chef de l’État sortant. Cette candidature avait fait de lui l’un des principaux opposants au pouvoir en place.
Des voix issues de la société civile tchadienne avaient récemment appelé à sa libération. L’ancienne présidente de la Ligue tchadienne des droits de l’homme, Dobian Assingar, avait ainsi estimé que la détention de l’opposant ne réglait pas les tensions entre éleveurs et agriculteurs à l’origine du massacre de Mandakao.

bonne initiative pour la paix.