Carburant : le Ghana réduit ses livraisons au Burkina Faso et au Mali face aux tensions mondiales

Seules 40 000 des 80 000 tonnes de carburant demandées par Ouagadougou ont été livrées par le Ghana en juillet et août. Ce déficit d’approvisionnement touche également le Mali, qui n’a reçu que 10 000 tonnes sur les 40 000 réclamées pour la même période, selon des chiffres transmis à Reuters par l’opérateur public BOST Energies.

Cette restriction intervient dans un climat pétrolier mondial toujours tendu. Après la flambée liée au conflit en Iran et à la fermeture du détroit d’Ormuz au printemps 2026, le baril de Brent avait dépassé les 100 dollars avant un reflux partiel à partir de juin, sous l’effet de l’accord américano-iranien sur la réouverture du détroit. Une nouvelle pression s’exerce désormais sur les marchés, alimentée par la guerre en Ukraine et les troubles persistants au Moyen-Orient, ce qui continue de peser sur les approvisionnements mondiaux — y compris pour un pays exportateur comme le Ghana, désormais contraint de resserrer ses livraisons vers ses voisins sahéliens.

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Un déficit d’approvisionnement chiffré

Le directeur général de BOST Energies, Afetsi Awoonor, a détaillé ces volumes en marge d’une conférence énergétique tenue à Bangkok. Il a indiqué que l’entreprise avait choisi de limiter ses expéditions transfrontalières pour sécuriser d’abord le marché ghanéen, précisant que « la demande intérieure absorbe désormais l’essentiel des capacités disponibles ». BOST Energies pèse environ 30 % de la distribution nationale de carburant, et le gazole compose près des deux tiers de ses volumes commercialisés.

Une priorité donnée au marché ghanéen

La consommation de diesel progresse au Ghana avec la reprise de l’activité économique, ce qui accentue la pression sur les stocks disponibles pour l’exportation. Le pays s’était pourtant positionné depuis 2015 comme fournisseur régional grâce au dépôt de Bolgatanga, conçu pour desservir l’ensemble du corridor sahélien vers le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Malgré ce coup de frein sur les exportations, BOST Energies maintient ses projets d’expansion, avec un futur site de stockage de gaz de pétrole liquéfié prévu à Kumasi.

L’enclavement sahélien reste un facteur de vulnérabilité

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger dépendent largement des corridors portuaires du Ghana et de la Côte d’Ivoire pour importer leurs produits pétroliers. Cette dépendance s’est renforcée après le départ officiel des trois pays de la CEDEAO en janvier 2025, au bénéfice de leur propre organisation, l’Alliance des États du Sahel. Awoonor a tenu à préciser que la baisse des livraisons « n’est pas dirigée contre l’AES » et n’a aucun lien avec les tensions diplomatiques entre les capitales sahéliennes et leurs voisins côtiers.

Le Ghana produit pourtant son propre pétrole depuis l’entrée en service du champ offshore Jubilee en 2010, mais son raffinage limité l’oblige à importer une partie des carburants qu’il consomme, ce qui le rend sensible aux variations des cours mondiaux. Cet épisode rappelle la dépendance de plusieurs économies ouest-africaines aux importations de produits raffinés, un facteur de fragilité qui s’accentue à chaque nouvelle poussée de tension sur les marchés pétroliers internationaux.

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