Élection FIFA 2027 : la France lâche Infantino

La France retire son soutien à Gianni Infantino. La Fédération française de football (FFF) a décidé, jeudi 10 septembre, de ne plus appuyer le président de la FIFA dans sa quête d’un quatrième mandat, alors que l’élection est prévue le 18 mars 2027 au Maroc. Cette rupture intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la gouvernance de l’instance mondiale du football.

La décision française prend une dimension particulière au regard de l’histoire récente de la FIFA. Avant l’arrivée d’Infantino à sa tête en 2016, l’organisation avait traversé plusieurs graves crises : l’affaire des versements occultes liés à son ancien partenaire commercial ISL sous la présidence de João Havelange, les accusations d’achat de voix lors des désignations des pays hôtes des Coupes du monde, puis le scandale de corruption de 2015 qui avait précipité le départ de Sepp Blatter.

Infantino avait été élu dans le sillage de cette crise avec la promesse de rétablir la confiance et d’améliorer la gouvernance de la FIFA. Dix ans plus tard, l’organisation se retrouve de nouveau confrontée à une contestation de sa direction. Le changement de position de la France, qui était encore disposée quelques semaines auparavant à soutenir Infantino, constitue l’un des signes les plus visibles de cette nouvelle fracture.

De Havelange à Blatter, la FIFA déjà marquée par les crises

Les difficultés actuelles rappellent les épisodes qui ont profondément affecté l’image de la FIFA avant l’arrivée d’Infantino. Sous la présidence du Brésilien João Havelange, l’affaire ISL avait révélé des versements occultes liés aux contrats commerciaux de la FIFA. L’entreprise, qui détenait les droits marketing de l’organisation, avait fait faillite en 2001, déclenchant une enquête sur plusieurs responsables du football mondial.
La présidence de Blatter avait ensuite été confrontée à de nouvelles accusations.

Les attributions des Mondiaux 2018 et 2022 avaient donné lieu à des soupçons de corruption et d’achat de votes. En 2011, le Qatari Mohamed Bin Hammam, alors candidat à la présidence de la FIFA, avait lui-même été accusé d’avoir acheté des voix. Puis, en mai 2015, plusieurs responsables de l’organisation avaient été arrêtés à Zurich à la demande de la justice américaine dans une vaste enquête pour corruption. Blatter avait été réélu quelques jours plus tard avant d’annoncer son départ. C’est dans ce contexte qu’Infantino avait pris les commandes de la FIFA en 2016, avec la promesse de tourner la page des scandales et de renforcer la gouvernance de l’organisation.

Le changement de position de la France

La décision française marque surtout un retournement de situation. Quelques semaines auparavant, la FFF semblait encore disposée à soutenir Infantino. Le président français Philippe Diallo avait alors adopté une approche plus pragmatique, dans un contexte où la France pouvait avoir intérêt à préserver de bonnes relations avec la FIFA, en particulier dans la perspective d’une éventuelle candidature à l’organisation de la Coupe du monde 2038.

Mais cette position a progressivement changé. Diallo a depuis exprimé son opposition personnelle à une nouvelle candidature d’Infantino, dénonçant une gouvernance dans laquelle les fédérations européennes estimeraient être insuffisamment consultées. Le projet de la FIFA visant à ouvrir une partie de ses droits commerciaux à des investisseurs privés a aussi accentué les tensions avec l’UEFA. L’affaire du carton rouge de l’attaquant américain, Folarin Balogun, ainsi que les interrogations concernant certaines décisions de la FIFA ont renforcé les critiques européennes.

Infantino face à un front européen

La France rejoint désormais plusieurs fédérations européennes opposées au président de la FIFA. La Suède, l’Écosse, l’Italie et la Belgique ont également pris leurs distances avec sa candidature, suivant une ligne défendue par l’UEFA. Cette opposition ne signifie toutefois pas qu’Infantino est déjà menacé dans les urnes. Le président de la FIFA conserve des soutiens importants, en particulier en Afrique et en Amérique du Sud.

La Fédération royale marocaine de football a aussi annoncé son soutien à sa candidature pour le scrutin de Rabat. Le rapport de force pourrait donc se jouer dans les prochains mois. Alors que l’Europe cherche à peser davantage sur la gouvernance de la FIFA, Infantino devra conserver ses principaux blocs de soutien pour obtenir un quatrième mandat.

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