Près de 300 véhicules blindés « Nanga », adaptés et transformés localement, ont vu le jour au Burkina Faso depuis novembre 2025, dont plus de la moitié seraient déjà positionnés sur le terrain en vue de prochaines opérations militaires. L’annonce a été faite ce lundi 21 septembre 2026 par le président Ibrahim Traoré, lors d’une audience accordée à Koulouba aux lauréates d’un concours scientifique national, alors que les premiers exemplaires de ces engins n’avaient été présentés publiquement que huit jours plus tôt.
Un dévoilement partiel le 13 septembre
Le 13 septembre 2026, la Présidence du Faso avait annoncé sur sa page Facebook l’entrée en service de ces blindés au sein des Forces de défense et de sécurité (FDS), présentés comme des pick-up dont la carrosserie a été remplacée par un blindage conçu et produit localement. Traoré avait alors annoncé l’arrêt de toute nouvelle commande de véhicules blindés à l’étranger, affirmant vouloir désormais tout fabriquer sur place. Cette sortie faisait suite à la mise en service, le 9 septembre, du complexe industriel TEXFORCES-BF à Bobo-Dioulasso, dédié à la production des tenues militaires. Les précisions apportées lundi vont plus loin que cette première communication, en donnant pour la première fois un volume de production et le nom du fabricant.
Faso Armored, une entreprise tenue secrète
Le président a révélé que la production des « Nanga » est assurée par une société dénommée Faso Armored, dont il a affirmé qu’elle ne serait ni inaugurée ni identifiée publiquement. Il a également indiqué qu’il existerait quatre à cinq autres sociétés opérant exclusivement dans le secteur militaire, sans préciser la nature de leurs productions.
Traoré a justifié le choix des caractéristiques techniques du blindage par les conditions de combat rencontrées par les FDS, expliquant que les blindés achetés à l’étranger, calibrés sur les normes de l’OTAN, résistent surtout à des tirs de 7,62 mm à distance, alors que les embuscades subies sur le terrain impliquent souvent des mitrailleuses de 12,7 mm à moins de 30 mètres. Selon lui, le programme, lancé en 2023, aurait connu plusieurs échecs de prototypes avant d’aboutir à un modèle jugé adapté à l’absence de routes bitumées dans certaines zones du pays.
Un secteur érigé en priorité nationale
Cette communication intervient alors que le secteur de la sécurité et de la défense reste l’un des postes les plus dotés du budget de l’État burkinabè. Pour l’exercice 2026, l’Assemblée législative de Transition a voté une enveloppe de 707,89 milliards de FCFA pour ce secteur, soit près de 25 % des ressources propres du pays, dans un budget global marqué par des dépenses totales estimées à 3 918,3 milliards de FCFA.
Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2022, Ibrahim Traoré a engagé une refonte de l’appareil sécuritaire du pays, marquée par des recrutements au sein des Forces de défense et de sécurité (FDS) et des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), ce corps de supplétifs civils mobilisés dans la lutte contre les groupes armés. Cette montée en puissance des effectifs s’est accompagnée d’une volonté affichée de réduire la dépendance du pays aux fournisseurs étrangers, à travers la mise en place progressive d’une filière de production locale d’équipements militaires, avec l’entrée en service des blindés « Nanga » et la mise en service du complexe textile TEXFORCES-BF à Bobo-Dioulasso.
Cette réorientation s’est aussi traduite sur le plan diplomatique et régional, avec la formation en septembre 2023 de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Mali et du Niger, puis le retrait officiel des trois pays de la CEDEAO, au profit d’une coopération sécuritaire mutualisée entre pays sahéliens. D’autres unités « Nanga » seraient également en cours d’assemblage, dans la perspective de renforcer davantage le dispositif déjà déployé sur le terrain.
