L’Arabie saoudite s’apprête à revoir en profondeur sa stratégie dans le football sous l’effet de la guerre en Iran et de ses conséquences financières. Les clubs de la Saudi Pro League ont dépensé environ 350 millions d’euros lors du dernier mercato estival, soit leur plus faible enveloppe depuis 2023, selon le média américain Semafor, qui a révélé ces chiffres fin juillet, puis Front Office Sports, qui les a confirmés. Ce recul marque une rupture avec plusieurs années de dépenses massives et pourrait accélérer le passage vers un modèle plus viable financièrement.
Depuis l’arrivée de Cristiano Ronaldo à Al-Nassr début 2023, suivie de celles de Karim Benzema, Neymar ou N’Golo Kanté, l’Arabie saoudite avait misé sur le recrutement de vedettes vieillissantes pour transformer son championnat en vitrine sportive et politique. Le Fonds public d’investissement (PIF) avait pris le contrôle des quatre plus grands clubs du royaume et engagé environ deux milliards de dollars en trois ans de mercatos. Cette course aux stars semble aujourd’hui marquer une pause.
Un ralentissement engagé depuis plusieurs saisons
Selon Front Office Sports, les dépenses saoudiennes du marché estival avaient déjà chuté de 75 % par rapport à l’année précédente, tombant sous les 240 millions de dollars fin août, loin derrière les cinq grands championnats européens. Semafor précise que les clubs saoudiens ont payé près de deux milliards de dollars en indemnités de transfert depuis l’été 2023, un montant comparable à celui du championnat espagnol, mais généré avec des revenus bien moindres. Conséquence directe : Al-Nassr n’aurait recruté aucun joueur lors de la dernière fenêtre et ne pourrait désormais financer un transfert qu’à partir de ses propres revenus commerciaux, ses dettes dépassant 800 millions de riyals, soit environ 213 millions de dollars. Al-Ittihad aurait connu une trajectoire similaire, avec des dépenses divisées par cinq en un an sur fond de tensions de trésorerie.
Le poids de la guerre régionale et de Vision 2030
Ce coup de frein intervient alors que le royaume doit composer avec un cadre sécuritaire tendu. Le 29 juillet, l’Arabie saoudite s’est jointe aux États-Unis pour mener des frappes sur l’est de l’Irak, dans le prolongement des hostilités qui ont opposé Washington et Israël à l’Iran au printemps. Ces engagements militaires s’ajoutent à un effort de défense déjà considérable : selon l’institut suédois SIPRI, le royaume figurait en 2025 parmi les cinq premiers budgets militaires mondiaux, avec plus de 78 milliards de dollars consacrés à la défense, soit environ 7 % de son produit intérieur brut. Un niveau de dépense qui laisse mécaniquement moins de marge pour les projets sportifs.
Parallèlement, Riyad doit financer les chantiers pharaoniques de Vision 2030, son programme de diversification économique porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane, incluant la mégapole futuriste de Neom. Le ministère saoudien des Finances a d’ailleurs anticipé un déficit budgétaire de 2,3 % du PIB pour 2025, une contrainte qui pousse désormais les clubs vers davantage d’autonomie financière plutôt que vers une dépendance totale aux largesses publiques.
Vers un modèle plus mesuré
Seul Al-Hilal, sorti du giron direct du PIF, continue d’investir significativement, ayant récemment recruté l’ailier néerlandais Crysencio Summerville pour environ 91 millions de dollars. Une exception qui confirme, selon les observateurs cités par Semafor, que la stratégie saoudienne évolue désormais vers une sélectivité accrue plutôt qu’une surenchère généralisée sur le marché des transferts. Cette nouvelle orientation marque ainsi un tournant pour le football saoudien, désormais appelé à concilier ses ambitions sportives avec une gestion financière plus maîtrisée.



