Un drone a été intercepté mardi au sud de La Mecque par les défenses aériennes saoudiennes, selon la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite. L’appareil aurait été détruit avant d’entrer dans l’espace aérien de la ville sainte, un incident que Riyad qualifie de premier du genre depuis près d’une décennie. L’épisode survient quelques jours seulement après la prise par les Houthis du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, dont ils contrôlent désormais l’accès depuis l’île de Perim.
Une accusation fermement rejetée
Le porte-parole de la coalition, Turki al-Maliki, a affirmé que le drone avait été lancé par la milice houthie en direction de la capitale spirituelle de l’islam. Il a qualifié la sécurité des lieux saints de « ligne rouge » et prévenu que la coalition « ne hésiterait pas à prendre les mesures dissuasives nécessaires » contre le groupe yéménite.
Les Houthis ont catégoriquement démenti cette version. Leur porte-parole militaire, Yahya Saree, a assuré que les opérations du mouvement visaient exclusivement des installations pétrolières et des bases militaires saoudiennes, « loin des lieux saints ». Selon lui, les accusations relatives à La Mecque relèvent de « mensonges » destinés à tromper l’opinion. Le même jour, les Houthis ont revendiqué la destruction d’un chasseur F-15 saoudien au-dessus de la province de Marib, ainsi que des frappes sur des installations Aramco à Yanbu et une base aérienne à Khamis Mushait — des attaques que Riyad n’a pas confirmées.
Une ville sacrée pour 1,9 milliard de musulmans
La Mecque abrite la Kaaba, point vers lequel se tournent chaque jour les fidèles musulmans du monde entier pour la prière, et constitue la destination du pèlerinage annuel du Hajj, un pilier obligatoire de l’islam pour tout croyant en capacité de l’accomplir. La ville et ses environs sont interdits d’accès aux non-musulmans, et leur protection relève directement de la souveraineté du royaume saoudien, gardien officiel des deux lieux saints de l’islam avec Médine. Toute menace, réelle ou supposée, contre ce territoire déclenche traditionnellement des réactions dans l’ensemble du monde musulman, comme le montre la condamnation immédiate exprimée mercredi par l’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui représente 57 pays.
Une situation régionale sous tension
L’incident intervient dans un climat déjà marqué par une escalade militaire au Yémen. Le détroit de Bab el-Mandeb, voie de passage d’une partie majeure du fret maritime mondial entre mer Rouge et océan Indien, se trouve depuis peu sous contrôle houthi : le port de Mokha puis l’île de Perim sont tombés début septembre, verrouillant l’accès au détroit. Associée au blocus iranien d’Ormuz, cette situation place près d’un tiers du commerce maritime mondial sous l’influence de forces jugées hostiles par les puissances occidentales. L’AFP a recensé plus de 500 morts, en majorité des combattants, durant la semaine de combats qui a précédé cette prise de contrôle.
En 2016, un précédent similaire avait déjà opposé les deux parties : un missile balistique tiré depuis la province de Saada avait été intercepté à environ 65 kilomètres de La Mecque, provoquant une vague de condamnations dans la région, dont celle du Maroc, qui avait alors dénoncé un « acte criminel » visant la sacralité des lieux saints. Les Houthis avaient, à l’époque déjà, nié tout ciblage de la ville et affirmé viser l’aéroport de Jeddah. Aucune victime ni dégât matériel n’a été signalé à ce stade concernant l’incident de mardi. La divergence entre les versions saoudienne et houthie sur la destination exacte du drone reste, pour l’heure, non tranchée.
