Le CIFAS, Centre de renseignement des forces armées espagnoles, écarte toute volonté marocaine d’avoir provoqué l’entrée massive de migrants à Ceuta fin juillet. Dans un document daté du 30 juillet et déclassifié mercredi parmi un lot de 40 rapports, le service juge « hautement probable » que les autorités marocaines n’aient pas cherché à encourager la vague migratoire, tout en leur reprochant d’avoir « agi de manière négligente et passive ». Cette publication intervient alors que les relations entre Rabat et Madrid restent marquées par des tensions récurrentes autour du statut de l’enclave espagnole.
Un chaos identifié dès le 25 juillet
Baptisé « Crise migratoire dans les enclaves et îles sous souveraineté espagnole en Afrique du Nord », le rapport décrit un « chaos migratoire » à la frontière. Un nombre indéterminé de tentatives d’entrée s’ajoutait, selon le document, aux quelque 1 700 arrivées par mer recensées le 25 juillet, date retenue comme point de départ de la crise. Sur la posture réelle des forces marocaines face à ces passages, le CIFAS relève des informations « contradictoires », sans trancher sur leurs intentions, mais anticipe un renforcement de leur implication dans la lutte contre la migration irrégulière à partir du 1er août.
D’autres pièces du dossier déclassifié nuancent ce tableau. Dès le 8 juillet, la Garde civile espagnole avait alerté sur un possible « effet d’appel » et sur les limites de sa propre capacité de réponse. De leur côté, les autorités marocaines affirment avoir intercepté, le 30 juillet, 493 personnes sur 1 109 tentatives de traversée maritime recensées ce jour-là.
Sanchez avait mis en cause la Russie et Israël
Cette déclassification survient après une controverse distincte. Fin août, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, avait affirmé que des réseaux liés à la Russie et à Israël avaient « diffusé et amplifié » de la désinformation après les 30 et 31 juillet, en s’appuyant sur une enquête du service diplomatique européen. Il avait jugé « évident » que Moscou et Tel-Aviv avaient cherché à profiter de la crise pour fragiliser son gouvernement, en lien avec les positions espagnoles sur les conflits en Ukraine et au Proche-Orient — excluant lui-même, à cette occasion, toute responsabilité marocaine.
En 2021 déjà, un précédent épisode diplomatique avait opposé Rabat et Madrid autour de Ceuta, après l’accueil en Espagne du chef du Front Polisario Brahim Ghali, suivi d’une entrée massive de plusieurs milliers de migrants dans l’enclave en quelques jours.
Une opposition qui reste sceptique
La publication des 40 documents n’a pas convaincu les partis d’opposition. La porte-parole du Parti populaire, Ester Muñoz, a accusé le gouvernement d’avoir menti « sans vergogne ». Celle du parti Vox, Pepa Millán, a de son côté dénoncé un « mensonge criminel », estimant que les documents rendus publics ne contenaient « aucune surprise ».
