À quelques mois de la présidentielle française de 2027, le scrutin commence à intéresser les marchés financiers américains. Selon Bloomberg, Goldman Sachs et Deutsche Bank proposent depuis peu à leurs clients des produits permettant de prendre position sur l’évolution de plusieurs obligations françaises en fonction du contexte politique. Ces « paniers » regroupent des titres émis par des banques françaises. Ils peuvent être utilisés pour miser sur une amélioration de la situation après l’élection, mais aussi pour se protéger contre une éventuelle dégradation politique ou budgétaire. La banque allemande précise toutefois que ces produits n’ont pas été créés spécifiquement en réaction aux événements actuels.
Cette attention portée à la France intervient alors que les inquiétudes concernant ses finances publiques se renforcent. La dette publique française dépasse désormais les 3 000 milliards d’euros, soit plus de 115% du PIB. Le déficit devrait rester supérieur à 5% du PIB en 2026 et 2027. Goldman Sachs prévoit ainsi un déficit de 5,3% du PIB sur les deux années. La banque estime également à 15% la probabilité que la dette publique française dépasse 130% du PIB avant la fin de la décennie. De fait, les investisseurs cherchent à mesurer les conséquences possibles de la prochaine élection sur les obligations françaises et les entreprises qui y sont liées.
L’incertitude liée aux présidentielles
La présidentielle de 2027 constitue ainsi un nouveau facteur d’incertitude pour les investisseurs. Les futures orientations budgétaires, la trajectoire de la dette et la capacité du prochain gouvernement à trouver des compromis seront particulièrement suivies. Pour Deutsche Bank, ces produits répondent surtout à la demande de clients souhaitant prendre différentes positions sur ce thème. La banque estime donc que le marché commence à intégrer plusieurs scénarios politiques possibles, avant même le lancement officiel de la campagne électorale.
Une situation française contrastée
La situation économique française reste contrastée à l’approche de cette échéance. Les dépenses de consommation des ménages ont augmenté de 0,5% en juillet 2026, selon l’Insee, signant un troisième mois consécutif de hausse. Ce rebond constitue un élément plus favorable pour l’activité, alors que la croissance reste faible et que les finances publiques demeurent sous surveillance. Les agences de notation ont, de leur côté, maintenu leurs évaluations de la dette française, sans nouvelle dégradation à ce stade. Les marchés continuent donc de surveiller la trajectoire budgétaire du pays, mais la situation ne se résume pas à une dégradation continue des indicateurs économiques.
Des paris qui peuvent faire réagir en France
La mise en place de produits permettant de spéculer sur l’évolution de la dette française pourrait également être mal perçue dans le pays. Le sujet est d’autant plus sensible que l’un des établissements concernés est allemand, alors que les relations entre Paris et Berlin restent marquées par des divergences sur plusieurs dossiers économiques et budgétaires.
Pour certains observateurs, voir une grande banque allemande proposer à ses clients de prendre position sur les conséquences financières d’une éventuelle crise française peut donc alimenter un sentiment de défiance. Il ne s’agit toutefois pas d’un pari contre la France au sens strict. Ces instruments peuvent également servir à couvrir des investissements existants et à limiter les pertes en cas de turbulences.
