Réparations de l'esclavage : la Jamaïque porte l'affaire du navire négrier Zong devant Charles III

Une délégation gouvernementale jamaïcaine a remis, le 6 septembre, une pétition officielle au roi Charles III afin d’obtenir une clarification juridique sur la responsabilité britannique dans la traite transatlantique. La ministre de la Culture, du Genre, du Divertissement et du Sport, Olivia Grange, a conduit cette démarche à Londres, comme elle l’avait annoncé fin juin devant le Parlement jamaïcain.

Une date choisie pour sa portée symbolique

Cette date n’a pas été choisie au hasard : le Zong, navire négrier, avait quitté les côtes ouest-africaines en 1781 en direction de la Jamaïque, transportant 442 Africains réduits en esclavage. Au cours de la traversée, le capitaine du navire avait fait jeter 140 d’entre eux par-dessus bord pour réclamer une indemnisation à l’assureur du bateau, invoquant une perte de cargaison. Le bâtiment n’avait finalement atteint Black River, dans la paroisse de Sainte-Élisabeth, que le 21 décembre 1781. « Nous avons érigé un monument aux Africains assassinés à Black River, là où le navire avait accosté », a rappelé Grange devant les députés.

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La pétition demande au souverain, agissant en sa qualité de chef d’État de la Jamaïque, de transmettre trois questions au Comité judiciaire du Conseil privé, organe qui exerce une compétence sur certains territoires du Commonwealth britannique. Les juges seraient ainsi invités à se prononcer sur la légalité du transport forcé d’Africains vers la Jamaïque au regard du droit commun anglais, sur la qualification éventuelle de la traite comme crime contre l’humanité, et sur l’existence d’une obligation légale de réparation pesant sur le Royaume-Uni.

Une démarche soutenue par la CARICOM

Cette initiative s’appuie sur le travail de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), dont la commission des réparations a publié en juin 2026 un manifeste actualisé réclamant financements pour le développement, soutien aux systèmes de santé et d’éducation, annulation de dettes et compensation pour les populations autochtones. Des responsables caribéens avaient rencontré des parlementaires britanniques et des représentants de l’Église d’Angleterre à Londres à la mi-juillet pour porter ces revendications au-delà du simple plaidoyer public.

Une position britannique inchangée

Le gouvernement britannique reste pour l’heure opposé à toute compensation financière, tout en reconnaissant son rôle historique dans la traite transatlantique. L’ancienne ministre de l’Intérieur Suella Braverman, désormais membre du parti Reform UK, a jugé que « l’Empire britannique a fait beaucoup de bien dans le monde ».

À titre de comparaison historique, Londres avait emprunté 20 millions de livres en 1835 pour indemniser les propriétaires d’esclaves après l’abolition — une somme équivalant aujourd’hui à environ 17 milliards de livres selon les calculs les plus récents, et dont le remboursement des intérêts ne s’est achevé qu’en 2015. Les anciens esclaves avaient dû fournir plusieurs années de travail non rémunéré supplémentaire avant d’obtenir leur pleine liberté.

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