Le grand retour à l’autocratie

L’édifice démocratique béninois s’effondre. Après 16 ans de parcours élogieux et exemplaire, le Bénin  retourne à l’autocratie, celle qu’il avait connue entre 1976 et 1989 et qu’on a semblé définitivement vaincre à la conférence nationale. Au fil des jours, les fondamentaux de la démocratie sont un à un sacrifiés. Le Chef de l’Etat qui a promis prospérité partagée à son peuple n’inspire que désespoir avec un taux de croissance qui cale depuis à 2,7%  et surtout de grandes inquiétudes pour l’avenir. Lentement mais sûrement, c’est la dictature qui s’installe.

Il a enfin mordu à l’appât de la dérive totalitaire. Alors qu’il faisait jusque là exception à la misère des républiques bananières aux relents autocratiques qui pullulent en Afrique, le Bénin marque un grand recul : emprisonnements d’hommes politiques gênants, interdiction de marches, bâillonnement de la presse, violation permanente des lois de la république, le tableau est sombre et témoigne de l’ampleur de la dérive. Dans un communiqué rendu public le 1er Août dernier, la société civile n’a pas hésité à confirmer cette descente aux enfers de notre système démocratique. « On a touché le fond », se sont inquiétés ces acteurs impartiaux et observateurs attentifs de la vie publique au Bénin depuis 1990. Dans ce communiqué, elle pose un diagnostic tout aussi inquiétant : absence de l’Etat, du droit et de la justice. Mais le mal semble être plus profond et demande plus qu’une simple réaction. Le gouvernement vient lui-même d’en donner l’illustration par le communiqué de son dernier conseil des ministres, instance suprême de prise de décision pour le pouvoir exécutif. A la place d’un communiqué qui informe le peuple des décisions prises par le gouvernement pour la gestion au quotidien des dossiers du pays, on a eu droit à un sévère réquisitoire contre la classe politique (celle de l’opposition) et  contre la presse.  On s’étonne qu’un gouvernement qui proclame urbi et orbi sa volonté de travailler pour la paix et pour la consolidation de l’unité nationale en arrive à proférer autant d’injures et de menaces à l’opposition et à la presse devenues trop encombrantes pour un régime décidé à liquider la démocratie béninoise. On peut aussi s’inquiéter des thèmes usités : « catégorie de Béninois dont la haine et la méchanceté gratuites et sans borne » pour désigner des honorables députés. Un autre mot gêne, « l’outrecuidance ». En parlant ainsi le gouvernement donne l’impression que les députés ont franchi le rubicond comme s’ils étaient des sujets qui offensaient leur seigneur. Ledit communiqué présente le Chef de l’Etat comme un monarque au dessus de tout, du peuple, des institutions et des lois de la république. Il peut marcher sur tout le monde, même sur les députés pourtant élus du peuple. Tout ce qui est contre lui est mauvais. D’ailleurs, ce dédain envers les députés se remarque dans ce communiqué où ils sont présentés comme des gens qui jettent le doute et le désarroi dans l’esprit des populations. Pourtant, le gouvernement sait très bien que ces députés, bien qu’ils soient de l’opposition, sont bien mandatés par ces populations qu’on tente de défendre à leur détriment. Mais le plus inquiétant dans ce communiqué c’est que le Chef de l’Etat ne se reproche rien. Le communiqué absout le Chef de l’Etat (ironisant au passage « la forfaiture imaginaire » des députés de l’opposition) et trouve que la responsabilité des hommes politiques de l’opposition est établie parce qu’ils n’ont pas réagi pour dénoncer les activités illégales de Icc-services. Le gouvernement feint ainsi d’ignorer l’implication de l’ancien ministre de l’intérieur Armand Zinzindohoué, collaborateur direct du Chef de l’Etat dont Il a eu à gérer une partie des prérogatives. En tant que tel, les actes qu’il a eu à poser le sont au nom du Chef de l’Etat qui doit ainsi assumer ces frasques.

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Les béninois qui ont accordé leur suffrages au président Boni Yayi en 2006 ne connaissent pas Armand Zinzindohoué. Par conséquent, Yayi est le seul qui doit répondre devant le peuple en 2011.Et ça, il ne semble pas encore l’assumer. Cinq jours plus tôt, le gouvernement s’est illustré négativement en mettant hors tension la Radio France Internationale pendant quelques heures pour empêcher des milliers d’auditeurs béninois de suivre des réactions des populations sur l’affaire Icc-services. La nouvelle menace sur la presse n’est que dans la continuité de l’oppression du peuple. Dictature, quand tu nous tiens !

Marcel Zoumènou

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