Complicité vertueuse

Complicité. Ce fut le maître-mot du discours du Chef de l'Etat le 31 octobre 2012. Que veut dire complicité? Quand le mot n'induit p   as l'idée d'une collusion, avec la participation intentionnelle à une faute commise par un autre, il signifie, selon le dictionnaire: "Entente profonde, spontanée et souvent inexprimée, entre personnes."

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Ce fut en ce sens que parlait le Président. C'était à Cotonou, à la clôture de la table ronde sur la relance de l'économie nationale.

Ce seul mot "complicité" a donné une tonalité particulière au discours de l'homme. Un discours frappé au coin d'une touchante sincérité. Nous avons la faiblesse de croire qu'il ne s'agissait pas d'une allocution de circonstance, cousue de lieux communs. Qu'il ne s'agissait pas non plus d'une parenthèse gentiment bavarde et protocolairement convenue.

La complicité a été appelée à trois niveaux. La complicité entre le gouvernement et les forces sociales, les syndicats notamment. La complicité entre le gouvernement et les forces économiques, les opérateurs économiques au premier chef. La complicité entre le gouvernement et les forces politiques, la classe politique pour être plus précis. En somme, et pour en revenir à la définition du mot, le Chef de l'Etat en appelle à une entente profonde entre le gouvernement et toutes les autres grandes composantes de la vie nationale.

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Cette décrispation générale souhaitée a le goût amer d'un aveu. Nous n'avons perdu que trop de temps à nous manger le nez, à nous poser des peaux de banane. Il n'est que temps de repartir du bon pied, de repartir sur des bases  plus consensuelles. En fait, le président n'a ouvert qu'une brèche.  A charge pour toutes les forces interpellées de s'y engouffrer. Le Président n'a ouvert qu'un chemin. A charge pour ces forces d'en dégager le profil, de le prolonger. Il s'agit donc de passer d'une intention, bonne à tous égards, à l'accomplissement d'un projet politique, somme toute audacieux.

Dans cette vision, notre marche en avant est subordonnée à au moins trois préalables. C'est, d'une part, l'identification d'un champ d'intérêt commun pour toutes les parties concernées. C'est, d'autre part, la définition d'une pédagogie d'action qui implique toutes les parties concernées. C'est, enfin, l'acceptation, par toutes les parties, d'une sorte de pacte sacré. Pour engager les acteurs à une absolue sincérité dans la complicité. Pour amener les acteurs à s'obliger de respecter la parole donnée et d'honorer leur signature.

1- L'identification d'un champ d'intérêt commun. Il est temps qu'il soit su de tous qu'au-delà de nos querelles de clocher, nous n'avons qu'une seule patrie: le Bénin. C'est notre patrimoine commun. Nul n'a le droit de le détruire. Chacun a l'impérieux  devoir de le construire. Le Bénin nouveau s'accomplira dans une démocratie apaisée. Pour dire que des intérêts particuliers ou de clans n'ont aucune chance de prospérer durablement à  moins de se subordonner à l'intérêt général. Lequel nous dicte d'être et de travailler ensemble pour être plus forts. Car c'est un pays fort qui offre  à ses citoyens le plus d'opportunités pour qu'ils soient forts.  

2- La définition d'une pédagogie d'action. Etre ensemble ne  signifie pas qu'en tout et sur tout, tout le monde doit être d'accord avec tout le monde. Etre ensemble signifie qu'on est en recherche autour de l'essentiel. Et celui qui est en recherche, c' est davantage celui qui pose des questions que celui qui a des réponses à tout. Il faut réinventer dans le Bénin de la complicité de ses forces vives, le débat le plus large, autant que possible contradictoire. Jailliraient de nos échanges inclusifs et responsables des alternatives les plus positivement consensuelles. La voix de son maître est stérile. Le perroquet qui récite et répète mécaniquement n'est pas intelligent.

3- La sacralisation de la complicité. Ceux qui entrent en complicité doivent accepter de placer leurs liens sous le sceau du sacré. Dans l'Afrique d'hier, c'était l'instance suprême, frappée du sceau de l'absolu, à laquelle étaient subordonnées toutes les élaborations humaines. On ne peut réduire la construction d'un pays à un tour de magie ou à une duperie sans fin. Le double langage en vedette. La culture du mensonge en mode OGM (organisme génétiquement modifié). Ce sont des vies humaines qui sont en jeu. Ce sont des destins qui sont en situation. La morale et l'éthique doivent cheminer avec la politique. De même qu'on ne peut tromper tout le peuple tout le temps, de même on ne peut impunément tordre le cou aux lois de la nature. Des lois intangibles qui s'appliquent implacablement. Avec ou sans notre complicité.

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