Justice : balle à terre et au centre

La maison Justice est aux abonnés absents. Et cela fait trois semaines que cela dure. Aucune voix autorisée ne s'élève pour s'en inquiéter. La conscience ne démange personne pour que soient cherchés et trouvés les chemins d'un compromis dynamique, porteur d'une possible solution.

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C'est à croire que la stratégie du pourrissement est préférée à la stratégie de la cautérisation de la plaie.

La Justice, c'est tout de même le troisième pouvoir dans une démocratie. C'est l'un des éléments majeurs d'un système démocratique. Que la justice vient à s'enrhumer, c'est tout le système qui tousse. Ainsi, la grève qui paralyse la justice béninoise n'est pas banale. Elle n'est pas à banaliser. Les magistrats ont ouvert le ban. Ils sont suivis, depuis peu, par les greffiers et les auxiliaires de justice. La boucle est bouclée, entrainant la paralysie des tribunaux et des cours d'appel.

Si le bras de fer engagé par les magistrats, pour soutenir leurs revendications, arrange les "En haut de en haut", nous doutons qu'il fasse l'affaire des "En bas de en bas". Les uns savourent et célèbrent leur puissance dans de tels rapports de force. Les autres sont impuissants, incapables de se faire établir des pièces comme les casiers judiciaires, les certificats de nationalité, les actes de naissance. Ce sont les herbes qui pâtissent le plus de l'affrontement de deux éléphants.

Mais pourquoi s'affronte-t-on ? Que gagnent les magistrats à poursuivre obstinément et avec une rare détermination un mouvement de débrayage qui va sur sa quatrième semaine ? Les magistrats souhaitent que le gouvernement revienne sur les erreurs multiples qui entachent les dernières décisions de mutations les concernant. C'est de leur carrière et de leur avenir professionnel qu'il s'agit. Et rien, en la matière, ne devrait être sujet à improvisation. Tout répond à des dispositions préétablies. Tout est dans les textes. Tout est fixé   par des textes.

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Le gouvernement, par l'entremise du Conseil supérieur de la magistrature, a eu l'honnêteté de reconnaître ses erreurs. C'est tout à son honneur. Il s'était laissé aller à surfer sur et par-dessus les textes. Mais le mea culpa du gouvernement, si méritoire qu'il soit, doit être suivi d'un acte réparateur. Des torts sont à redresser, des erreurs sont à corriger.

Si l'erreur est humaine, comme le reconnaissent les Latins, c'est plutôt la propension à s'y vautrer qui est diabolique. Le gouvernement n'est pas allé au bout d'une logique qu'il a lui-même esquissée. Aussi a-t-il fait rentrer le diable dans le jeu. A charge pour le malin de tout bousculer, de tout bouleverser. 

Alors, que faire pour exorciser les relations gouvernement-justice ? Quelle démarche proposer pour rasséréner un climat plutôt pourri par près d'un mois d'un bras de fer sans merci ?  Quelle carte de sagesse convient-il de jouer par chaque camp ? Voici une partie bien spéciale. Il ne doit pas y avoir de perdant et personne ne doit perdre la face. Quelles cartes avons-nous en main ?

Premièrement. Compter sur l'usure et l'essoufflement des hommes de loi en grève pour les faire plier ne nous semble pas de bonne stratégie. Aucune victoire, dans ces conditions, ne sera durable. Le droit de la force contre la force du droit ? Resteront les préjudices causés à des tiers. C'est à l'image d'un volcan éteint, mais qui est appelé à se réveiller à tout moment, à tout instant.

Deuxièmement. Choisir la manière forte par laquelle s'est illustré le Président de la Cour suprême est inopérant. Monsieur Batoko a donné de la voix. Monsieur Batoko s'est fait Jupiter en son Olympe. Voulait-il faire peur ou intimider les magistrats ? Le coup aurait porté sous un régime autocratique. Ne nous trompons ni d'époque ni de régime.

Troisièmement. Jouer la carte de la négociation, en pratiquant le devoir de s'asseoir, de se regarder dans le blanc des yeux, de se parler, de rechercher des compromis dynamiques. "In medio stat vertus". La sagesse, disent les Latins, est au milieu.  Alors, de part et d'autre, balle à terre et au centre. Pour redonner tout son lustre à la Justice de notre pays.

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