L’hégémonisme colonial face à notre patrimoine ancestral

Nous avons parcouru les fondements binaires du système IFA et décrit l’ingénieux instrument qui sert d’écran d’affichage pour sa messagerie octale, reliée à trois sciences distinctes par une codification rigoureuse. Ensuite, nous en avons présenté la cosmogonie à cinq composantes dont la parole de sagesse constitue le socle. Enfin, nous avons montré que cette prévenante sagesse véhicule une philosophie existentialiste et salutaire. Toutes ces subtilités ont échappé aux colons dont l’hégémonisme méprisant a banni les savoirs nègres. 

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Missionnaires et colons ont globalement traité notre sagesse ancestrale de tissu de « vulgaires superstitions… animisme sauvage, barbare et diabolique ». S’agissant de notre pays, l’ex-colonie du Dahomey, découvrons ce qu’en dit une historienne française, dans l’encadré ci-joint. Dans notre précédente publication, nous avons décrit la cosmogonie d’IFA qui comporte cinq composantes parmi lesquelles figure le spectre de la mort. Ce dernier est considéré comme un don fécond fait par Dieu pour accompagner les humains partout, comme un gendarme qui veille, surveille et intervient pour sanctionner les écarts résultant de leur inconduite. Nos ancêtres avaient une vision du monde et de la mort, aussi positive qu’apaisante ; « animisme sauvage, barbare et diabolique » que voilà ! Quel statut social avait le prêtre-devin d’IFA dans notre société traditionnelle, avant la diabolisation coloniale ?

La fonction sociale du Babalawo

L’expertise requise pour opérer le système IFA incombe au Babalawo : le sage détenteur de la connaissance, de la confidence et du secret. C’est le médiateur social, psychologique, thérapeutique et spirituel d’IFA dont il a acquis la maîtrise au terme d’une longue initiation faite par compagnonnage.

Il accueille les consultants avec leurs préoccupations et les conseille en recourant à sa sagesse, à son érudition et à sa bienveillance. Le cas échéant, il effectue la consultation divinatoire. A l’aune des signes apparus et des légendes afférentes, il analyse la situation et suggère aux consultants, des pistes de solution, avec sagesse et perspicacité. Le vrai Babalawo apparait toujours comme un homme naturellement humble et discret, sobre et délicat, attentif et empathique ; considéré comme un notable respectable, il est sollicité pour sa grande sagesse. Il convient de noter qu’à la cour d’Agbomè, un Babalawo ou Bokonon occupait toujours une place de choix parmi les conseillers du roi.

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Le pouvoir colonial a pourtant brutalement déchu les Babalawo de leur statut social ; traités de charlatans et de sorciers avec mépris, ils furent pourfendus et persécutés. L’évangélisation et la colonisation s’acharnaient à diaboliser et à combattre la spiritualité et les savoirs nègres. Contraints de survivre sous l’opprobre dans une société ayant sacralisé le profit par l’audace et la ruse, combien d’entre eux ont pu résister à la tentation de la cupidité ? La corporation et ses savoirs ayant été relégués dans la honte et la clandestinité, combien reste-t-il de Babalawo authentiques ? Nos sociologues et nos historiens ne semblant pas s’être souciés de ces mutations dommageables, combien de colonisés acculturés et de Béninois extravertis comprennent et respectent aujourd’hui, l’érudition et la sagesse dont les vrais Babalawo sont détenteurs ?

Comme il y a des commerçants sans scrupule, des juges, des médecins ou des journalistes sans éthique, des enseignants dépourvus de pédagogie… de même la corporation des Babalawo fourmille de marchands d’illusion, de manipulateurs véreux et d’escrocs prompts à abuser de l’ignorance et de la vulnérabilité des personnes en détresse ; il faut absolument se méfier de ceux-là ! Pour autant, il faut se garder de céder à la tentation de la généralisation qui peut conduire à rejeter la sagesse et la science léguées par nos ancêtres. Prendrions-nous la responsabilité historique de sacrifier ainsi notre patrimoine culturel et spirituel ?

Après cinq siècles de mépris raciste, bonjour l’inter-culturalité !

Colons et missionnaires tenaient pour vérité absolue les préjugés racistes que l’ignorance et le mépris de l’autre avaient inscrits dans leur subconscient. Ce mépris fut même institutionnalisé par des lois telles que le code noir et le code de l’indigénat ; nous y consacrerons bientôt une chronique spéciale avec le concours d’éminents juristes et historiens. Forts des interprétations fallacieuses que des esprits pétris « d’amour du prochain » avaient faites d’allégories bibliques, nos bienveillants civilisateurs s’étaient d’abord convaincus durant des siècles (du 15ème au 19ème) de la bestialité du noir avant de l’admettre (au milieu du 19ème siècle) dans une sorte de sous humanité au bas de l’échelle de la « hiérarchie des races ». Aujourd’hui, on nous parle d’inter-culturalité et, par la magie d’un négationnisme qui trahit une mauvaise conscience mal assumée, on nous prie de considérer un tel mépris comme un bienfait, tandis que nous continuons d’en vivre cruellement les effets désastreux… On croit rêver !

Ethique de l’équité !

A équidistance de l’adulation et du mépris

Il faut résister à la tentation du parti pris

Qui nous fait justifier l’injustifiable

Par des sophismes insoutenables

Niant le minimum moral acceptable.

LPP/PH

IFA, octal bréviaire !

Rien de ce qui est humain

N’échappant à l’octet divin

Toute notre existence sur terre

Tient d’un code de fables salutaires.

Ces connaissances qui éclairent

Les discerner est salutaire.

LPP

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