Encore sous le coup après l’échec de la liste Fcbe pour le scrutin, Yayi convoque à la hâte le corps électoral pour l’élection présidentielle de 2016. Si l’objectif est de se racheter auprès du peuple et de gommer l’image du président qui veut s’éterniser au pouvoir, Yayi a encore fait un grand pas de clerc.
L’échec de la liste Fcbe aux législatives du 26 avril dernier a vraiment tétanisé Boni Yayi. Les motards chargés de l’escorte du cortège présidentiel sont d’ailleurs les premiers à subir les affres de l’apathie présidentielle. Lundi dernier, ils ont langui pendant des heures au soleil, attendant infiniment d’amener le Chef de l’Etat à la présidence. Ce fût un lundi d’exception à la Marina où tout était relativement calme. Pas de visite de chantiers, ni de pose de première pierre, ni encore d’audience à la marina. Le président a perdu son entrain. Et il suffit de suivre l’Ortb pour s’en convaincre. Pour une première fois depuis très longtemps, il n’y a pas de trace de Yayi. Conséquence : le journal télévisé n’a duré qu’une dizaine de minutes. Hier encore, la même situation s’est répété puisque le président Yayi a changé de régime. Tout laisse à croire qu’il a été dégouté par tout et qu’il se donne le temps de la réflexion. Car en vérité, l’échec des Fcbe est celui de Yayi lui-même. Pendant les deux semaines, il a battu campagne pour ses candidats dans toutes les circonscriptions. Il est donc évident qu’il soit un peu abattu. En deux jours, la seule activité connue du président est ce conseil des ministres où il a pris le décret de convocation du corps électoral pour la présidentielle de 2016. Mais là aussi, le Chef de l’Etat n’a pas fait un bon casting. En voulant se racheter, il s’est plongé dans une autre erreur.
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Un acte précipité
En convoquant aussi prématurément le corps électoral, Yayi doit avoir une idée en tête : gommer de la tête des Béninois l’image du président qui veut réviser la constitution pour s’éterniser au pouvoir. Pour gommer cette image, Yayi trouve opportun de convoquer aussitôt le corps électoral. Seulement voilà, l’acte posé souffre de grandes irrégularités. En effet, selon l’article 68 du code électoral, « le corps électoral est convoqué par le président de la république, par décret pris en conseil des ministres quatre-vingt-dix(90) jours avant la fin du mandat en cours ». Si on suppose que son mandat prend fin en avril 2016, Yayi devrait convoquer le corps électoral en Janvier 2016. Dans sa précipitation de bien faire, il a oublié de faire attention à la loi. L’autre chose c’est le contexte. Actuellement, la préoccupation de tout le monde, c’est la proclamation des résultats des élections législatives. Après cela, il y a les communales. Dans un tel contexte, lancer le débat sur la présidentielle paraît trop précipité. Il ne suffit pas de vite convoquer le corps électoral, le défi c’est de continuer l’apurement de la liste et de permettre à des. milliers de béninois qui sont laissés sur le carreau de bénéficier de carte d’électeur et de financer à temps les élections. Enfin, les meilleures assurances à donner aujourd’hui par le Chef de l’Etat devraient transparaître dans ses actes et ses discours. Les propos tenus ces derniers jours-ci en campagne paraissent plus éloquents qu’une hypothétique volonté du Chef de l’Etat.