Décès de Kérékou : Hommage et révélations du Colonel Philippe Akpo

Je voudrais profiter de votre canal, pour dire toute ma compassion aux familles éplorées, plus particulièrement à la veuve Marguerite et aux enfants Moïse, Modeste.En ce qui me concerne, je suis reconnaissant au Général qui m’a fait confiance aux fonctions gouvernementales, avec 4 ans au Développement Rural et l’Action Coopérative, 28 mois à la Santé Publique et 5 ans aux Enseignements Maternel et de Base.

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Je garde en moi une grande amertume mêlée de frustrations, pour mes charges de Commissaire Politique de l’Atacora, que j’assumais cumulativement avec mes autres fonctions. En tant que Commissaire Politique, en effet, nous avons œuvré à la construction d’un Pont de 73 mètres de long sur des colonnes de plus de 20 mètres de haut; sur le fleuve Mékrou, dans la Commune de Kérou.

Tout le temps des travaux, le Général n’avait pas daigné effectuer une visite sur les lieux, pour un encouragement. Pire, depuis 35 ans que les travaux sont achevés, aucune mention n’a jamais été faite de cet ouvrage, dans les mass-médias. Or cette réalisation a permis le désenclavement des arrondissements de Firoud et Kaobagou, qui demeurent le grenier nourricier de l’Atacora.

Je me dois de signaler à votre attention, que je reste l’auteur d’un ouvrage sur le Général-Président, ouvrage dont le titre est : Mathieu Kérékou, Mythe et Réalité, paru en 2007. Cet ouvrage renferme déjà toutes mes appréciations sur le Général. C’est peut-être cette « Audace » qui me vaut d’être mis sous éteignoir.

J’ai donc le privilège de parler de notre défunt Président Mathieu Kérékou qui reste certes un grand homme d’Etat. Je trouve pour ma part, que le grand mal de notre pays, est l’absence de dialogue, entre les cadres et la « Grande Muette » que constituent nos forces armées.

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En effet, notre peuple ne se rend pas compte, que nous sommes  assis sur des barils de poudre. Et chaque fois que l’irréparable s’annonce à l’horizon, l’Eternel Dieu, qui aime bien notre pays étend sa main, pour calmer l’orage comme ce fut le cas, lorsque la barque du Seigneur allait chavirer, sous la force du vent.

C’est pour dire, que le long règne du Général avait généré tellement d’injustices et de rancœurs dans les forces armées, au point que, s’il y avait eu de « grabuges », les règlements de comptes auraient décimé des familles entières, pour cause d’entraves à notre Devise « Fraternité – Justice – Travail ».

Je vous cite seulement deux (02) cas.

1er cas : L’officier X est resté 6 ans 6 mois dans un grade donné. On a considéré à tort, que ce serait une perte pour l’Armée, de le promouvoir au grade supérieur, pour être versé à la retraite, malgré ses cumuls multiples de fonctions. Ce camarade fut admis à la retraite avec son grade, porté pendant 6 ans 6 mois. 

2è cas : Un autre camarade officier avait fait, par deux (02) fois de  suite, objet de propositions au grade supérieur. Cet officier venait en tête de liste avec SIX (06) autres qui comptaient chacun 10 ans de service, contre les 28 années d’ancienneté du 1er.

Tous les six (06) autres concurrents ont été faits supérieurs à leur aîné, contraint de partir à la retraite avec son grade acquis. Or cet officier, en raison de ses mérites, avait été appelé aux responsabilités de Chef de District; ce qui est comparable à nos Maires actuels.

Des cas du genre sont légions et étaient l’œuvre de certains officiers qualifiés de « Réactionnaires » à l’époque. Le Général était au courant de tous ces détails, mais il lui avait manqué d’audace pour changer le cours des choses. Je vous invite, à jeter un clin d’œil à l’office national des Anciens Combattants et Victimes de guerre ONAC/Bénin. A l’heure de la « décristallisation » des pensions, pour tous nos aînés: Pères, frères et parents, les intérêts légitimes des usagés de l’office sont sacrifiés sur l’Autel de l’incompétence et de l’inorganisation.

Au total, le départ inattendu du Président Kérékou pour l’au-delà, permet, une fois encore, ce déclic qui fait se délier les langues, pour permettre de réparer ce qui peut l’être encore, si ce n’est trop tard. Pour le prochain Président de la République, il faudra vite recourir à un « Moratoire », afin que la partie française revoie sa position, sur la base des accords passés en 1967, entre le Gouvernement du Dahomey et celui de la France, que représentait l’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de France auprès du Dahomey, son Excellence Guy Georgy, pour ce qui relève de l’Office National des Ancien Combattants et Victimes de Guerre du Bénin. Vous savez, le 26 Octobre 1972, nous étions partis pour faire autant, sinon mieux que le Capitaine Jerry Rawlings. Et quand je dis nous, ce n’était pas des masses! Mais seulement un petit noyau de durs et déterminés, pour liquider les trois chefs du Conseil Présidentiel.

Heureusement, pour nous, c’est le doyen Capo-chichi Roger, Ancien Président de l’Association Nationale des parents d’élèves, en poste au Ministère de l’Intérieur, qui nous en avait dissuadés. Il nous avait sensibilisés à ne pas prendre sur nous, une telle responsabilité, face à l’histoire. Avec le recul du temps, et au regard de notre mentalité, je trouve que c’est lui qui avait la sagesse. Paix à son âme dans l’au-delà. Il est à se demander ce que nous aurait rapporté une telle témérité?

Déjà, pour le 26 Octobre 1972, le pouvoir n’avait récompensé que les deux (02) officiers à la tête du Sous-Groupement d’Appui de Ouidah. Un point trait. Alors que nos officiers s’abritaient derrière l’allant et le dynamisme de leurs Sous-officiers, pour venir après bomber le torse, si ce n’est pour dénigrer certains, au moyen des mass-médias !

Tenez! Le Coup d’Etat du 10 Janvier 1969 contre le Président Zinsou n’avait été que l’œuvre du seul Sergent-chef Agboton Fabien, qui s’est proclamé « Laquais des Coups d’Etat« . Pendant l’action, le Lieutenant Kitoyi Romuald s’était caché dans les locaux de l’INMES. Nos historiens et nos jeunes doivent revisiter notre histoire, pour  la traçabilité de leurs témoignages

Je vous remercie.

Colonel Philippe AKPO

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