Humeur du temps: Le Bénin, un pays à la quête de citoyens

Je lance ici  un plaidoyer pour la naissance d’un nationalisme béninois. Débat désuet ?. Les historiens et les dirigeants du pays en jugeront de la pertinence. Cette citation me permet d’ouvrir le débat.

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« Au total, la tâche urgente qui s’impose à nous et qui doit être entreprise rapidement est de réinventer le Dahomey, le réinventer en créant les conditions aux Dahoméens à vouloir changer, à devenir vraiment Dahoméen. Et être Dahoméen comme nous l’affirmons le 07 mai dernier, c’est aimer et aimer passionnément ce pays ; être Dahoméen, c’est reconnaître que la raison d’Etat est au dessus de tout. Etre Dahoméen enfin, c’est savoir taire certains de ses intérêts au profit du bien commun. Tant que nous n’aurons pas fait nôtre ces qualités essentielles qui font qu’un homme peut se vanter d’être citoyen, il ne sera pas possible de réinventer ce pays, de s’en faire une idée au nom de laquelle on peut accepter tous les sacrifices ».

Comme on peut le comprendre, cette citation ne vient pas de moi, n’ayant jamais connu le Dahomey. Elle est de Justin Tomètin Ahomadégbé, cet ancien président du Bénin lors du Conseil présidentiel déposé le 26 Octobre 1972 par un coup d’Etat. Ceci est un extrait de ses discours prononcés au début des années 70. Mes contemporains pourront en juger de la pertinence. Près cinquante ans après, il semble être encore d’actualité. Il suffit pour chacun de nous de remplacer dans cette citation, « Dahoméen » par « Béninois » pour s’y retrouver. Tant la réflexion nous émeut et nous secoue au tréfonds de notre être. L’auteur aborde un sujet original qui n’a pas fait souvent objet de préoccupation dans les cercles élevés du pouvoir depuis 1960. Le manque d’amour et d’attachement à la République est l’une des plus grandes maladies dont souffre le Bénin depuis 1960. Au fil des ans, on a laissé le mal s’enraciner, au point où on se demande si beaucoup parmi nous méritent le titre de « Béninois ». On a parfois l’impression, en observant l’évolution des choses, que le Bénin est peuplé de 12 millions d’étrangers. Pour la plupart, nous n’avons aucun amour pour le pays.

Lire Commémoration du 10e anniversaire de décès du président Ahomadégbé

On ne se sent lié au Bénin que par le simple qu’on y est né ou que nos parents y sont nés. Les indices de l’attachement à la patrie sont faibles par ici. On est juste fier du pays quand on en profite ou qu’on est à des postes de responsabilité qui procurent maints avantages. Le reste, on s’en moque. C’est d’ailleurs ce qui explique le manque d’engagement pour défendre les intérêts du Bénin. Pour répéter Justin Tomètin Ahomadégbé, « être Béninois, c’est aimer et aimer passionnément ce pays ». Combien de Béninois sont dans cette posture? Comment peuvent taire leurs intérêts égoïstes au profit du bien commun ? Le nationalisme a été le socle du développement de plusieurs pays au monde.

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L’exemple du Japon est connu de tous. Notre pays pourrait en tirer un grand intérêt. La culture et l’éducation ont un grand rôle à jouer dans ce processus. Qui formons nous aujourd’hui à l’école ? A suivre le comportement des produits de cette école, on peut affirmer qu’ils ne sont pas des Béninois. Ils sont tous étrangers au pays, ont un très faible attachement à la patrie, ne connaissent rien de l’histoire de l’histoire et de la géographie du Bénin et ont une notion primaire et subjectif de la citoyenneté. Pourtant, un plaidoyer pour le nationalisme devrait être aujourd’hui une préoccupation des gouvernants. A une période où le nouveau pouvoir parle de rupture, le nationalisme béninois pourrait en devenir le socle. C’est cela qui nous aidera à lutter contre la corruption généralisée car un cadre patriote, qui aime passionnément son pays ne peut pas voler son argent. Il ne peut pas toucher l’argent qui doit servir à approvisionner les couches rurales en eau potable. Un citoyen qui sait que la raison d’Etat est au dessus de tout ne peut jamais vendre le domaine de l’ambassade de son pays à l’étranger. Lorsque chacun de nous va intérioriser cette grandeur qu’est le nationalisme, nous pourrons réussir à extirper de nos villages et quartiers de ville ces malfrats qui sont nos amis, nos frères, nos fiancés que nous protégeons en ne les dénonçant pas. Lorsque cette notion sera ancrée dans les esprits, nous pourrons volontairement demander moins de primes et d’avantages quand nous occuperons les postes de responsabilité. On pourrait alors plaider pour la diminution des salaires et avantages liés aux postes politiques et faire des économies à l’Etat. Ainsi, on saura ceux qui ont vraiment la vocation et l’ambition de servir le pays. Ceux qui y aspirent juste pour se servir s’éclipseront eux-mêmes du gotha politique.

A un moment où la mondialisation montre quelques signes d’essoufflement dans le monde et que les courants nationalistes émergent en Europe, le nationalisme béninois pourrait être un chemin d’espoir. Et d’ailleurs, avec les nombreuses déceptions connues ces dernières années, le  développement ne sera possible que lorsque nous réussirons à transformer les 12 millions d’habitants du Bénin en de vrais citoyens Béninois.

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