Partis politiques, Unité Nationale et développement national équilibré

(Quels défis à relever ?) La politique du Parti Communiste du Bénin en matière de la question nationale -depuis sa création a toujours été formulée de la manière suivante dans tout programme du Parti « Libérer et unir les nationalités ».

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Elle est opposée à toutes formes de régionalisme et d’ethno-centrisme, à toutes formes d’exclusion sur la base de région ou d’ethnie, et le PCB peut se flatter sans aucun narcissisme d’être le Parti le plus national du Bénin, c’est-à-dire le Parti de toutes les nationalités du pays. »

Les communistes et la  question nationale dans notre pays ?

1- Les communistes sont d’abord dans leur tréfonds des hommes et des femmes, des citoyens sensibles à la misère des hommes : misère matérielle, misère intellectuelle et culturelle.

2- De là, les communistes observent également que ces hommes et femmes qui souffrent sont en proie aux brimades de ceux-là qui occupent les différents hauts échelons de la hiérarchie sociale. Le paysan est en proie avec l’usurier, avec le responsable de l’administration, l’ouvrier face au patron, le petit commerçant face au gestionnaire en appui aux gros commerçants, le petit fonctionnaire face aux DG et Directeurs. Ils observent que découlant de cette fracture de la société, les enfants des pauvres ont plus de difficultés à sortir de l’état de misère que ceux des parents riches.

3- Les communistes observent également que ceux qui souffrent, réagissent de façon spontanée, individuellement et parfois collectivement aux brimades. Les communistes observent ainsi que les choses ne changent que sous les luttes de ceux qui souffrent et se plaignent. La force qui fait bouger les choses dépend après tout de ceux-là.

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4- Les communistes approfondissent leur sensibilité à la misère avec la raison. Ils interrogent ainsi la science, l’histoire, la sociologie, la pédologie, les sciences de l’homme, les sciences de l’esprit, les sciences de la nature, les sciences de l’artificiel.

5- Ces études révèlent le maintien du système du pacte colonial qui a pour maître d’œuvre : la « FrançAfrique » ainsi que la persistance de disparités régionales qui interpellent chacun de nous sur notre vivre-ensemble.

6- Le Bénin, notre pays est et demeure depuis 1960, une néocolonie dépendante étroitement de la France. De cette dépendance résulte une arriération notable de notre pays et de ses hommes qui végètent dans la misère, l’ignorance et l’inculture, un pays de capitalisme arriéré et dépendant. Les hommes de notre pays souffrent à la fois du capitalisme et du peu de développement de ce même capitalisme. Ils souffrent également de l’étouffement de nos nationalités induit par le maintien du pacte colonial à travers l’imposition de la langue française comme unique langue officielle dans le mépris de nos langues nationales ; le cadrage (nouveaux programmes, LMD, etc.) de l’instruction sur celle de la France qui fait de notre école, une école française au Bénin ; la politique des gouvernants hauts-bourgeois qui prive nos langues nationales du statut de langue d’instruction et d’administration.

7- Notre pays est multi-ethnique ou multinational, c’est-à-dire qu’il est peuplé de plusieurs ethnies qui parlent des langues différentes et qui ont des coutumes différentes ; nous les avons regroupés en les groupes suivants :

1-Le groupe Adja-Fon

2-Le groupe Baatonou-Boo et ses alliés

3-Le groupe Otammari,Naténi, Waao, etc.

4-Le groupe Yoruba

5-Le groupe Yoa.

Ces ethnies ou groupes ethniques se sont formés au cours des siècles par migrations successives jusqu’au seuil de ce qu’on a appelé saturation ethnique, c’est-à-dire la période à partir de laquelle les grands mouvements d’essaimage des peuples ont pris fin. Nous savons aussi que ces différentes ethnies ou nationalités étaient à des phases variées de leur évolution avant la colonisation, et que cette colonisation par l’implantation inégale du capitalisme a crée et entretenu des disparités entre elles et les régions selon qu’on se situe au Nord ou au Sud, à l’Est ou à l’Ouest. A juste titre, ces disparités qui persistent et s’aggravent avec le faible développement du capitalisme sont ressenties par les ethnies des régions défavorisées comme une frustration et elles luttent légitimement pour qu’elles s’estompent. C’est là que les politiciens et/ou gouvernants régionalistes commettent le crime de créer des distorsions qui entretiennent des tensions au sein des populations.  

8- Les résultats de ces études se traduisent par un programme d’action dont l’objectif immédiat est de lever l’obstacle qui obstrue la voie à l’émancipation des hommes. L’avant-dernier point détermine le caractère de la révolution appelée à se réaliser au Bénin. La révolution appelée dans notre société à l’étape actuelle, n’est nullement socialiste, elle est à l’étape actuelle, une révolution bourgeoise anti-impérialiste, une Révolution Nationale Démocratique, Populaire, Anti-impérialiste (RNDPA). Plusieurs personnes non averties et même de la démocratie révolutionnaire s’étonnent de ce développement et notamment de notre point de programme ainsi formulé : «Notre objectif  à cette étape c’est la levée des entraves pour le développement accéléré du capitalisme dans notre pays et son industrialisation rapide pour l’amélioration du sort des populations ».

9- Aux fins  de « libérer et unir les nationalités », tout dirigeant politique qui ne veut pas seulement gérer, mais gouverner ce pays multi-ethnique doit prendre en compte cette réalité et lui donner corps à travers la Constitution et l’organisation interne de l’Etat.  Cette politique  se traduit dans la mise en œuvre de l’autonomie administrative des régions et peuples à caractéristiques spécifiques étendue jusqu’au niveau du village et quartiers de ville avec le droit reconnu à toutes les nationalités faisant partie de l’Etat de se séparer librement et de se constituer en Etats indépendants ; la République Démocratique Indépendante et Moderne devant unir toutes les nationalités non par la contrainte, mais par la libre entente pour la création d’un Etat commun.

10- Voilà pourquoi l’une de nos propositions pour une nouvelle constitution préconise :

« TITRE X- DES COLLECTIVITES TERRITORIALES ET  DES DECOUPAGES DU PAYS

Principes :

Le découpage territorial doit s’effectuer en tenant compte de l’unicité linguistique, historique et culturelle des peuples à rassembler dans une même région afin d’en faciliter l’administration.

Ainsi,

1°- Le territoire de la République du Bénin est découpé en quarante- deux régions autonomes correspondant aux ethnies, sous-ethnies ou nationalités qui peuplent notre pays ; chacune directement reliée au Ministère de l’Intérieur ou de la Décentralisation. Celles-ci représentent les plus hauts niveaux de groupements communautaires de notre pays (unicité de langues, d’histoire et de cultures).

2°-  Chaque région jouit de la plus large autonomie administrative, culturelle.

3°- Au niveau inférieur, les communes à situer au niveau des villes (considérées comme communes urbaines) et les villages. »

Alors que dire du découpage de la loi de 1997 sur la décentralisation que le pouvoir TALON vient d’appliquer en force depuis 24 juillet 2016 ? Et c’est une appréciation qui était formulée à l’époque par le PCB dans le N° 259 de son organe « LA FLAMME » en date du 11 août 1997, je cite : « Il est complètement en deçà de ce qu’il faut. La haute-bourgeoisie se refuse à prendre officiellement en compte les nationalités, les territoires ethniques dans les découpages pensant se donner par-là même un dehors plus civilisé et plus progressiste (…). Opérer le découpage territorial en tenant compte des spécificités des hommes qui y habitent actuellement, tout en laissant l’ouverture au libre déplacement et installation des hommes de tous horizons, en combattant les pratiques xénophobes et tribalistes pour l’autonomie administrative locale, l’accès de tous à l’information, pour une meilleure productivité, voilà ce qu’exigent la science et le patriotisme. Or, le projet de loi sur la décentralisation ne touche au découpage qu’en divisant chaque département actuel en deux. De six départements on passera à douze. Les critères mis en avant sont ceux de la grandeur du territoire et la création de nouveaux pôles de développement donc de disparité. Se retrouveront alors par exemple dans le nouveau département de l’Atacora à côté des Betamaribé, les Batombu de Kouandé. Au Sud les Anii, les Lokpa seront avec les Yoa et les Batombu. Les Shabè, Idaasha et Mahi seront ensemble dans le nouveau département des Collines. Les Fon de Ouidah et les Ayizo d’Allada dans le département de l’Atlantique. On comprend alors avec le critère de création de nouveaux pôles de développement que la « guerre » soit âpre entre les nationalités pour qui abriterait le chef lieu du nouveau département et cette guerre continuera. Le découpage par région ethnique évite de tels conflits et place les régions sur un même pied face au centre. Les anciennes et actuelles sous-préfectures ont été rebaptisés communes, alors qu’elles n’ont rien de commun en tant que tel, pas même la langue parlée dans plusieurs cas. Ce qui pourrait même forger cette communauté leur est refusée, à savoir l’autonomie administrative locale jusques y compris au niveau des arrondissements (actuelles communes). Pour corser le tout, la tutelle de l’administration centrale reste omnipotente. Les préfets nommés auront le droit de suspendre les décisions des maires élus, de les démettre. Les bases de la corruption restent avec le rejet de la révocabilité des élus. La domination du Français sur les langues nationales est renforcée par cette loi. On exige, pour être maire, qu’il faut savoir parler le français, pendant qu’on n’exige pas la connaissance de la langue locale. Le maire élu sera comme le commandant de cercle qui aura acquis son siège par la corruption et la démagogie. On aura continué de patiner ; chaque pas soulevé retombe comme sur place, lesté par le servilisme et la cupidité de la haute-bourgeoisie. La décentralisation reste à mi-chemin et comme tout accouchement d’avorton ne sera pas viable longtemps, à moins d’un effort des masses pour couver et porter le nouveau né à son terme. » Voilà qui est clair et limpide. Tout écart par rapport aux propositions du PCB pour la libération des nationalités entraînerait « que la  « guerre »..…âpre entre les nationalités pour qui abriterait le chef-lieu du nouveau département » se poursuive. C’est l’expression d’une profonde conviction politique basée sur la science.

11- L’émancipation des hommes, c’est à cette tâche que s’est attelé et s’attèle le Parti Communiste du Bénin qui a été fondé par Pascal FANTODJI, de regrettée mémoire, il y a de cela 39 ans et qui a comme Premier Secrétaire depuis 2010, le Professeur Philippe NOUDJENOUME. Le statut du Parti Communiste dit explicitement en son article 1er que : « Est membre du PCB, toute personne qui accepte le programme, milite dans une de ses organisations et paie ses cotisations… ».

12- Pour atteindre cet objectif, tous ceux qui sont d’accord sont les bienvenus au Parti Communiste. Il existe ainsi et en multitude dans les rangs du Parti Communiste du Bénin des agnostiques, des athées, des croyants et pratiquants religieux (chrétiens, musulmans, vodounon et vodounsi), etc.

13- De même, et c’est très important, le Parti communiste respecte les choix de tous nos concitoyens qui se sont donné des formes d’organisation propres à leurs conceptions et aspirations sociales et reste ouvert par conséquent à des cadres dans lesquels nous pouvons ensemble viser à combattre les entraves à l’émancipation populaire.

Voilà pourquoi le Parti Communiste du Bénin, avec le Parti Social-Démocrate (PSD-Bélier), avec le Creuset pour le Développement et le Progrès (CDP), avec de nombreuses autres Organisations de masse dont la CSTB, l’UNAPEEB, le MFLPP, l’UNSEB, etc. ont pu fonder et animer ensemble la Convention Patriotique des Forces de Gauche (CPFG) depuis 2012.

De même, nous avons pu ensemble avec de nouvelles forces et personnalités dont le Président Nicéphore  SOGLO nous regrouper en un Front de Refus du Bénin-Waxala pour nous battre en rangs serrés contre la recolonisation de notre pays en mettant finalement en déroute les coalisés du 12 janvier 2016 autour de ZINSOU Lionel et de YAYI Boni et en faisant élire par notre peuple le Président Patrice TALON.

Le combat se poursuit pour une véritable rupture d’avec l’impunité et le pacte colonial. Notre peuple s’impatiente, pousse des inquiétudes et expriment des mécontentements mais également des soulagements avec l’annulation des concours frauduleux en attendant les sanctions contre les fraudeurs, l’audit à la SEGUB, la quête du rapatriement de nos patrimoines culturels. Voilà pourquoi nous lançons l’exhortation suivante à notre peuple : « Tu t’es levé en 1989, tu as vaincu l’autocratie ; tu t’es levé en 2006, tu as empêché KEREKOU de s’octroyer un troisième mandat ; tu t’es levé en 2016, tu as brisé le rêve insensé de te recoloniser. Les autres fois, tu as cru, tu as espéré en un messie et tu as arrêté tes propres efforts. Cette fois-ci, tu as commencé, tu remportes des combats ; arme-toi de ténacité, tu remporteras la victoire. Tu enfanteras un monde nouveau et, avec, des hommes à cette hauteur.

Notre appel au peuple est donc clair : « Peuple béninois, par ton patriotisme, tu as rejeté la recolonisation, la FrançAfrique et l’impunité. C’est seul avec la poursuite de tes luttes que tu imposeras la rupture d’avec la gouvernance de l’impunité et du pacte colonial. Que vive le peuple debout et souverain !».

Pour la Direction du PCB et PO

La Délégation du PCB

Fidèle QUENUM & Locotoro FARADITO

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