A la bourse universelle du bonheur

A la bourse universelle du bonheur

Les RSTR ou nos nouveaux professeurs

Vous connaissez le PIB (Produit intérieur brut). C’est cette indication numérique qui nous sert, jusqu’ici, à nous situer sur l’échelle de la richesse matérielle. Elle aide à hiérarchiser et à classer les différents pays du monde : riches et développés, pauvres et sous-développés. L’outil peut changer et prendre la forme de l’indice du développement humain, de l’indice du bonheur.

Nous apprenons que l’accumulation de biens n’induit pas forcément le bien. Nous comprenons qu’un porte-monnaie plein ne comble pas nécessairement un cœur vide. C’est la Norvège, inconnue au “G8”, qui arrive en tête. La France, la sixième puissance économique du monde, se cherche à plus d’une trentaine de place plus loin.

Que le Bénin en vienne à relever sensiblement sa production de coton, à transformer la vallée de l’Ouémé en un paradis terrestre, à faire son entrée dans le cercle fortuné des producteurs de pétrole et de gaz, toutes ces performances pourraient ne rien changer fondamentalement à la condition de ses habitants. Sinon, pourquoi c’est dans les pays dits riches que l’on enregistre les taux les plus élevés de suicides.

Un Sénégalais, vivant dans son pays, un pays classé pauvre, pourrait se sentir plus heureux qu’un Américain, citoyen des Etats-Unis, la première puissance du monde. Pour peu que ce Sénégalais s’assure son “tchep” quotidien, c’est-à-dire le riz. Pour peu qu’il s’assure également son mouton pour la Tabasky. Sans oublier le billet d’avion pour le “Hadj”, le pèlerinage à la Mecque. C’est dire que le bonheur après lequel nous courons ne se trouve pas toujours où nous croyons. Où se trouve et où trouver le bonheur du Béninois ?

Livrons-nous à un exercice totalement empirique, c’est-à-dire un exercice qui n’a rien de rationnel ni de systématique. Voici, selon nous, cinq des éléments qui font le bonheur du Béninois. Par delà toutes les promesses du Programme d’action du gouvernement (PAG).

D’abord, Dieu. Le Béninois est profondément croyant. Dieu est sa référence suprême. Quelle que soit sa religion, le Béninois tient pour sacré son rapport à Dieu. On n’y touche pas. L’ont appris à leur dépens tous ceux qui, dans un passé récent, l’athéisme en bandoulière, ont méconnu cette donnée.

Ensuite, deux valeurs de vie cardinales : la paix et la justice. Pourquoi la paix ? Parce que cette portion de terre que nous appelons le Bénin a eu à souffrir de guerres qui l’ont durablement ravagée. Or, qui a connu la guerre avec ses méfaits sait apprécier plus que quiconque la paix en ses   bienfaits. C’est un peu l’histoire du chat échaudé. De même, quand on a été un pays qui a été labouré, plusieurs siècles durant, par la traite négrière, on connaît le prix de la sécurité individuelle et collective. Le Béninois est, de ce fait, un homme de paix. Il est également un homme attaché à la Justice. Ceci en termes de ” donnez-moi ce dont j’ai droit”,  “reconnaissez mon mérite, si modeste soit-il”, “ne me soumettez pas à l’arbitraire du deux poids, deux mesures”.

Enfin, deux préoccupations hantent le Béninois. Il en fait des conditions nécessaires et suffisantes à sa réussite sociale. Le Béninois heureux, d’une part, c’est celui-là qui a su et qui sait se tenir à distance de tout ce qui s’apparente à la honte. Il s’agit de cette flétrissure faite à la réputation et à l’honneur. Aussi doit-il chercher, comme on dit, à assumer et à s’assumer, en toutes circonstances, envers et contre tout. Par exemple, les funérailles grandioses, occasionnant des dépenses somptuaires, sont une manière d’assumer, de s’assumer, d’être à la hauteur de certains événements et situations de la vie. Qu’il ne soit pas dit qu’on a été incapable, qu’on a été contraint de “manger la honte”, cette tare qui entache et affecte une vie entière.

Le Béninois heureux, d’autre part, c’est celui-là qui a acquis sa maison, celle dont il peut s’enorgueillir d’être le propriétaire. Après quoi, estime-t-il, il peut mourir tranquille et marcher droit vers la maison du Père. Car le chez soi, au Bénin, c’est la cerise sur le gâteau d’une vie d’efforts et de sacrifices.  

Comme on le voit, difficile et complexe est la notion du bonheur. Elle brise la logique des chiffres. Elle écarte la simplification des destins et la mise en équation des destinées. Elle balaie la prétention des Hercules qui veulent faire le bonheur des autres sans eux et à leur place. Au fait, êtes-vous heureux ?

Commentaires

Commentaires du site 2
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    KENNEDY A. 5 mois

    Ici c’est le Bénin! Il faut connaitre le Bénin et le Béninois. Merci Jérôme

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    GbetoMagnon 5 mois

    ” donnez-moi ce dont j’ai droit” ou ” donnez-moi ce à quoi j’ai droit” ??