Restitution des trésors du Bénin : Un départ à la légère pour une course laborieuse

Restitution des trésors du Bénin : Un départ à la légère pour une course laborieuse

Un mois après l’annonce, précisément le 26 août 2016, le ministre Aurélien Agbénonci, envoie un courrier à son homologue français pour demander la restitution des trésors pillés

Un an de gestion de Patrice Talon

En cette première année de gouvernance qu’il vient de boucler, le gouvernement du président Talon a entamé dans le secteur de la culture, la course pour le rapatriement des pièces culturelles du Bénin, pillées par la France lors de la conquête coloniale du royaume du Dahomey. Retour sur les premiers actes d’un chemin qui s’annonce très long et pénible. En son conseil des ministres du 27 juillet 2016, le nouveau gouvernement du Bénin qui venait de boucler le premier trimestre de la première année de son quinquennat, annonce sa volonté de faire rentrer au Bénin ses biens culturels emportés en France. Légitime et important retour pour son programme de réforme et de la promotion culturelle et touristique.

Il s’agit notamment des trésors royaux pillés en 1982 par l’armée français, conduite par le colonel Alfred Dodds lors de la conquête du royaume du Danhomey, et dont la plupart se trouve actuellement au musée du Quai Branly à Paris. C’est depuis ce conseil des ministres, l’un des sujets de débat dans le secteur des arts et de la culture, -non seulement au Bénin mais aussi dans le monde-, qu’on ne saurait occulter dans le bilan des douze premiers mois de gestion du président Talon.

«Ce que le Bénin a fait, c’est un acte de souveraineté, un acte politique fort.» a reconnu l’historien d’art, le professeur Joseph Adandé pour qui, c’est également l’expression de l’attachement du Béninois à sa culture, seulement, ceci n’est pas suffisant.

La piste trop facile

Un mois après l’annonce, précisément le 26 août 2016, le ministre béninois des Affaires Etrangères et de la Coopération Aurélien Agbénonci, envoie un courrier à son homologue français pour demander la restitution desdits biens. C’est le premier acte de ce dossier.

«Pour arriver à contester la possession française, il faut des armes énormes. Je ne pense pas qu’une simple lettre de bonne volonté suffise. Ce n’est pas dans un courrier que des situations du genre se règlent.», confiait la présidente de la Fondation Zinsou Marie-Cécile Zinsou, à La Nouvelle Tribune.

Ce fut un mauvais départ ou du moins une démarche à la légère, quand on se réfère aux différents cas de demande de restitution encore infructueux depuis des années. Pour ne pas allez chercher l’exemple loin, celui du pays voisin au Bénin, le Nigéria qui réclame depuis plusieurs années, le retour des bronzes pillés par l’armée britannique en février 1897, en est un. Il s’agit d’un dossier très sérieux et complexe qu’un gouvernement ne saurait prendre à la légère par un simple courrier. Plus encore, le Bénin à son niveau, n’avait encore rien fait notamment en termes de textes, ou même d’inventaire, sur un tel patrimoine, afin d’avoir une idée précise de ce qu’il demande, etc. Beaucoup de voix se sont levées en son temps pour rappeler, en vain, les préalables au gouvernement.

En réponse, la France aussi emprunte le chemin d’une lettre signée de son ministre des Affaires Etrangères, Jean-Marc Ayrault, datée du 12 décembre 2016, pour affirmer sans ambages son opposition, avec pour seule ouverture, des coopérations muséales comme l’expérience de 2006. Quoi de plus normal, à en croire Marie-Cécile Zinsou. «On leur a envoyé une lettre et ils nous ont aussi renvoyé une lettre qui dit non.»

«Elle –la France ndrl- est attachée aux principes et valeurs universels de l’Unesco et a ratifié la convention de 1970, concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites de biens culturels. Cette convention est entrée en vigueur en 1997, et n’a pas de portée rétroactive. Les biens que vous évoquez ont été intégrés de longue date, parfois depuis plus d’un siècle, au domaine public mobilier de l’Etat français. Conformément à la législation en vigueur, ils sont soumis au principe d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. En conséquence, leur restitution n’est donc pas possible.», a écrit le patron de la diplomatie française. Puis, silence plateau chez le demandeur.

Enfin à la quête d’une piste d’espoir

Il a fallu l’alerte de la présidente de la Fondation Zinsou sur les réseaux sociaux le 7 mars, reprise dans la presse nationale et internationale, pour que le gouvernement béninois lors du conseil des ministres le lendemain, entreprenne de rencontrer les autorités françaises. En attendant l’effectivité de cette nouvelle option qui devrait être une des premières, des organisations dont le Conseil représentatif des associations noires (Cran), et des activistes web ont lancé une pétition déjà signées par des députés et d’autres personnalités, tant béninoises que françaises, pour exiger de la France cette restitution au Bénin.

Seulement jusque là, des questions se posent sur les potentiels impacts d’une telle action sur ce sujet. La rencontre entre le ministre Aurélien Agbénonci et Jean-Marc Ayrault, a finalement eu lieu en fin de semaine dernière. Dans son compte rendu à la presse lundi 3 avril 2017, le ministre béninois semble banaliser les arguments qui ont motivé le refus de la France.

«Je pense que ce sont des arguments qui normalement ne résistent pas à l’analyse qui est la nôtre».

Pourtant, la mise au pas quand aux lois et conventions de l’Unesco, fait partie des mesures que le Bénin doit prendre. Pour l’instant, on peut croire à travers les propos du ministre, que le gouvernement béninois va finalement prendre la mesure réelle du dossier, et sortir de ses effets d’annonce.

«Je suis assez optimiste quant à l’aboutissement de notre démarche, mais cela nécessite du travail, de la sérénité, de la confiance mutuelle» confie l’autorité.

Elle informe que le 12 décembre, lors d’une rencontre entre les présidents Talon et Hollande à laquelle il a participé, le chef d’Etat français a proposé la mise en place d’une commission mixte pour discuter des modalités de mise en œuvre de cette revendication. Que fait alors le Bénin de cette proposition ?

«Le problème, c’est que les avis techniques ne sont jamais suivis au Bénin.» selon Professeur Joseph Adandé

Commentaires

Commentaires du site 1
  • Avatar commentaire
    Obaguidi 2 mois

    Une erreur sur la date:”Il s’agit notamment des trésors royaux pillés en 1982 par l’armée français, conduite par le colonel Alfred Dodds lors de la conquête du royaume du Danhomey,”