Sculpture-Mode: Prince Toffa, admirateur d’un fou devenu créateur atypique

Sculpture-Mode: Prince Toffa, admirateur d’un fou devenu créateur atypique

Sous la magie de son art, les ‘’ordures’’ deviennent des objets de grande valeur accessibles seulement à ceux qui ont vraiment les moyens de les remettre dans des conditions « formidables »

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Dans le monde des arts plastiques, notamment de la sculpture en couture, il s’identifie par son style original résultant de plusieurs aventures parfois au risque de sa vie. Retour sur la longue conception de l’identité stylistique d’un artiste béninois qui a connu l’art auprès d’un ‘’fou’’. Prince Toffa.

Cotonou, au quartier Jèbou-Fidjrossè non loin du Bar Détinsa, vit et travaille Toffa, beaucoup plus appelé Prince Toffa pour, dit l’artiste, éviter la confusion avec le roi Toffa de Porto-Novo, sa cité natale. Prince Boris Abbas Toffa est son nom à l’état civil. Le Ayinonvi né à Tokpadomey dans la commune de Kpomassè au Bénin, évolue depuis 2013 après quelques années de peintures sur toile, dans la sculpture en couture, avec un style atypique qui allie mode, arts plastiques, assainissement de l’environnement, valorisation de la culture africaine et transmission de l’histoire du Bénin. L’assemblage de canettes de boisson, sachets divers dont ceux d’eau « pure water », gobelets en plastique, papiers de journaux, sacs de provende, cuillères jetables, etc. qu’il ramasse sur les plages et ailleurs, lui sert de tissu dans lequel il coupe et coud des costumes royaux et ordinaires, et des robes.

Il les fait porter à des mannequins ou s’en pare lui-même dans ses performances, pour raconter l’histoire de sa culture, et notamment celle des gouns dans la capitale béninoise. Pour lui, rien n’est jetable en Afrique. Sous la magie de son art, les ‘’ordures’’ deviennent des objets de grande valeur accessibles seulement à ceux qui ont vraiment les moyens de les remettre dans des conditions « formidables », comme cette européenne, raconte l’artiste, qui a consacré une chambre à l’une de ses œuvres, et ce, avec de la climatisation à plein temps. Pourtant, ce n’est que le fruit de la manipulation artistique de ‘’déchets’’ par le créateur.

«Certes, c’est du matériel utilisé et déjà jeté au dépotoir, mais qui n’a pas encore dit son dernier mot. Je le récupère et lui redonne vie. Ceux qui ont de belles maisons, galeries ou autres cadres appropriés, le rachètent pour embellir leur local.» confie Prince Toffa.

Un prince devenu first loubar à Joncquet…

Dans sa cuisine de création, sur le toit d’un immeuble à deux niveaux où il nous reçoit en début d’après-midi de ce lundi 3 avril 2017, le prince nous décrit le chemin de vie au bout duquel il est arrivé à concevoir ce style. La genèse qu’il nous raconte sans indication exacte de date, prend départ au décès de son père. Un an après, alors qu’il avait 14 ans, le jeune Abbas abandonne les cours en classe de 3ème des cours secondaires, pour prendre quartier général à Joncquet (Cotonou), non loin du domicile de ses parents à Scoa-Gbéto.

«Nous étions 5 à la charge de maman. C’était difficile pour moi de ‘’faire le V’’ –manger dans son jargon-», relate l’artiste qui à l’époque s’est trouvé un job de démarcheur entre les belles dames de nuit et des militaires belges qui fréquentaient ce célèbre marché de sexe de la ville capitale économique du Bénin, notamment.

Dans cette aventure, il rentrait chaque jour vers 5 heures du matin avec environ 5000 F Cfa après près de 10 heures de travail. «Mais il y a des jours où je rentrais bredouille, et où je ne faisais que de la bagarre, parce c’était aussi de la concurrence» souligne-t-il. Vers la vingtaine d’âge, son statut a changé dans ce marché. Boris est devenu loubar, une sorte d’agent de sécurité pour les travailleuses de sexe (Ts).

«Je gardais deux à trois par jour. C’est 1.500 F par pute. Là, j’ai appris à vraiment me bagarrer au point où je suis devenu un first loubar à Joncquet à l’époque, pendant un bon moment. J’ai beaucoup risqué ma vie ; je n’avais pas un protecteur» se rappelle-t-il.

C’est à ce prix, qu’il a pu payer le premier acompte pour démarrer sa formation en haute couture chez Frédéric Aloukpé dans son quartier à Scoa-Gbéto. La motivation du choix de métier est simple nous dit-t-il. «J’aimais bien m’habiller. Je faisais des commandes aux apprentis de Fred Couture. Je me suis dit pourquoi ne pas apprendre ce métier.»

Très tôt, le jeune voyou de Joncquet sur le chemin de la reconversion a saisi la main de son patron. En moins d’un an, il commence par prendre des commandes de chemises et de pantalons au quartier. Mais le jeune couturier n’a pas encore oublié ses amies de nuits. Il fait d’elles désormais, son marché d’écoulement de mini jupes et robes qu’il confectionnait. Malheureusement, l’envahissement de Cotonou par les collants venus du Nigéria lui fait perdre ce circuit.

Alors, il se contente de ses clients du quartier jusqu’à boucler 4 ans de formation, obtient son parchemin et quitte le patron pour se lancer dans l’importation de grosses motos du Ghana au Bénin. C’était entre 1998 et 2000, il ne se souvient pas de l’année exacte-. En effet, mentionne-t-il, «pendant que j’étais en apprentissage, je suis  allé faire un mois au Ghana pour découvrir le pays et voir s’il y a un business à faire».

Mais ce business qu’il entreprendra au terme de sa formation, connaîtra tôt le même sort que celui des « Ts », suite à l’avènement des motos Djènana. Alors Abbas retourna dans l’atelier de son patron et deviendra par la suite maître des lieux.

…Atteint de la folie

Cet atelier dont hérita Prince Toffa sis dans la maison d’Almeida à Scoa-gbéto, quartier voisin de Zongo à Cotonou, rue en face de la Boa Zongo. Là, travaillait le plasticien béninois Charly d’Almeida. Il y continue d’ailleurs et utilise désormais cet espace de haute couture comme son atelier d’arts plastiques. C’est avec Charly que le jeune couturier a fait sa rencontre avec l’art, mais sans pour autant se rendre compte de ce que c’est à l’époque, selon ces témoignages en ces termes : «Je voyais Charly dessiner des têtes, des pieds, des choses sur des toiles. Sa famille disait ‘’Charly adawato’’, c’est-à-dire ‘’Charly le fou’’ en langue Mina. Je me disais aussi, certainement qu’il est fou parce que, tout comme sa famille, je ne comprenais rien de ce que le monsieur faisait. De plus, quand il dessinait, il jouait de la musique, dansait, exprimait une joie. Personne ne comprenait l’objet de sa joie. Mais un jour, après une pluie, j’ai pris de la craie et je me suis mis à la passer dans des traces de l’eau sur le mur. Quand quelqu’un me demandait ce que je faisais, je répondais, ‘’je fais Charly le fou’’. Chaque fois, je demandais à Jo, le collaborateur de Charly, de me donner des couleurs pour dessiner sur papier. En lieu et place des toiles que je voyais Charly utiliser, moi je m’amusais sur les coupons de jeans que je cousais. C’est là que j’ai connu ce qu’on appelle art plastique

Un capital avec les 90.000 F Cfa de l’ambassadeur

Dans son désir à l’époque d’accrocher une autre corde à son arc, le prince obtient gracieusement un espace à Café Cauris Coquillages à Cotonou. Là, il revend des sculptures qu’il achetait au Centre de promotion artisanal de Cotonou. A côté, il expose ses dessins faits sur des coupons de jeans, sans rêver qu’il pouvait tirer de l’argent avec ces dessins, jusqu’au jour où une étrangère lui en prend trois à 90.000 F Cfa, alors que l’auteur n’en voulait que 10.000 F Cfa/pièce. «C’était comme si j’avais ramassé de l’argent par terre. Je me suis dis qu’on peut donc gagner de l’argent dans ce domaine. Celle-là, l’ex ambassadeur du Danemark près le Bénin, m’a donné le goût de l’art. Je me suis vite procuré mes propres couleurs et ai commencé à travailler des figuratifs, des scarifications africaines», informe-t-il.

Zinkpè et Edwige les nouvelles sources

En ce moment précis, Boris décide d’apprendre ce métier des arts plastiques. En absence de sa première source, Charly d’Almeida qui n’était plus au pays, il se confie à Dominique Zinkpè, qui par la suite l’oriente vers Edwige Akplogan. C’est avec cette dernière que Prince Toffa eut l’idée de sculpture en couture. Il raconte : «Edwige faisait des drapés. Je me suis dit, c’est donc aussi de l’art. J’ai alors cherché comment joindre mon métier de couturier à l’art. Mes recherches au près des ainés au pays dont Méchac Gaba et sur internet, m’ont permis de découvrir des gens qui utilisent des tissus très chers dont je n’ai pas les moyens».

C’est ainsi que dans son inspiration, il opta pour la récupération… Sur des sachets d’eau, des éponges…, il commence alors par appliquer ses coups de ciseaux. Avec des coups de col ou de fil de coton, il obtient des costumes. En quête d’autres couleurs, le désormais couturier-sculpteur a intégré depuis peu, des canettes de boissons et autres matériels recyclés à son travail. Toujours à l’écoute des observations à chacune de ses expositions, performances ou autres occasions, Prince Toffa continue d’ajouter du sel à ce style encore sans pareil dans le domaine.

Commentaires

Commentaires du site 2
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    aziz 4 mois

    Tiens tiens…là je tombe des nues (bien sur mon cache sexe bien noué).

    Ainsi donc..notre fameux prince toffa est donc…un fo.u…à lier

    J’avais des apprehensions….mais là…c’est clair

    • Avatar commentaire
      aziz 4 mois

      Décidemment on dirait que tous nos princes…se sont tous donné rendez vous à fidjrossé..

      Certains…se font rendre des “services..hummmmm”..par des gamines..

      D’autres…sont des picasso…disons..des f ous….

      le benin va toujours étonné..n’est ce pas