Secteur du tourisme et de la culture: Regard croisé des acteurs culturels

Secteur du tourisme et de la culture: Regard croisé des acteurs culturels

Au moment du bilan des douze premiers mois de Talon à la tête du Bénin, la majorité des acteurs du secteur des arts et de la culture déplore une mauva

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Au moment du bilan des douze premiers mois de Talon à la tête du Bénin, la majorité des acteurs du secteur des arts et de la culture déplore une mauvaise gestion du ministre du tourisme et de la culture, Ange N’Koué, qui pour eux n’a pas été à la hauteur de la situation de crise dont il a hérité.

Au contraire, il a plutôt, selon eux, participé à la division et à un blocage du secteur avec des réformes chantées mais non réelles. Gaston Eguédji, administrateur au Fonds des arts et de la culture, secrétaire général de la Fédération nationale du théâtre (Fenat) du Bénin, et chargé de projets à la Confédération béninoise des acteurs des arts et de la culture (Cbaac), épouse cette opinion.

Dans le même temps, il y a une minorité qui pense totalement le contraire et soutient qu’en un an, Talon a pu donner au secteur de la culture plus qu’il n’en n’a eu depuis 1960. C’est aussi la position d’Euloge Béo Aguiar, acteur culturel et plus proche du ministère. Nous vous proposons un regard croisé de ces deux acteurs. 

Gaston Eguédji : «Aucune des réformes que le ministère a engagées n’a abouti»

La Nouvelle Tribune : Le régime Talon est en place depuis un an. Quel regard portez-vous sur la politique culturelle de ce gouvernement?

Gaston Eguédji : Je voudrais vous remercier pour la démarche et vous dire d’entrée de jeu, peut-être que je vais vous décourager, que le bilan est globalement négatif. Depuis que le ministre est là, on n’a rien eu de positif. La seule chose que nous avons eue comme bilan, c’est la désunion des acteurs culturels, la volonté de supprimer le Fonds d’aide à la culture. C’est aussi de faire les choses en ne respectant pas les textes de la République.

A la date d’aujourd’hui, aucune activité culturelle n’a été organisée en dehors de ceux qui ont leurs propres moyens et qui prennent des initiatives. Tout est mort. C’est pour vous dire que depuis que le ministre est là, on n’a aucun résultat au fonds d’aide. Puis ce que lui-même en changeant le nom du fonds d’aide, n’a pas pu sortir son Aof (Attribution, organisation et fonctionnement).

Le mandat des administrateurs est à terme, ça n’a pas été renouvelé. Aucune des réformes que le ministère a engagées n’a abouti. On a installé des comités sans prendre un arrêté ministériel pour les mandater et leur donner un cahier de charges. Nous sommes dans un vide juridique au fonds d’aide, nous sommes sans boussole. Tout le monde est devenu spectateur et on attend de voir ce que demain sera.

Dans ses déclarations, le ministre pointe souvent d’un doigt accusateur les acteurs culturels eux-mêmes. N’êtes vous pas votre propre malheur ?

Quand il le dit, il n’a jamais dit en quoi les acteurs culturels l’ont empêché de travailler. Est-ce que l’autorité a donné la feuille de route ? Est-ce que le ministre a soumis les réformes aux acteurs culturels avant d’en parler en conseil des ministres ? Au contraire, c’est une destruction tous les jours.

Un exemple concret ?

Je suis un administrateur sortant du fonds d’aide. Nous avons voté un budget, mais le ministre n’a pas tenu compte de cela. Il a concocté une clé de répartition dont j’ai copie. Ça veut dire que, même les textes actuels du fonds n’ont pas été respectés. Nous pouvons dire que le ministre est venu sur un pied de guerre, peut-être, parce qu’il a appris des choses. Avec les choses qui lui ont été racontées, il n’a pas cherché à rencontrer certains acteurs du milieu. Et c’est cela qui crée les problèmes aujourd’hui, c’est ça  qui crée le blocage à son niveau et l’empêche d’avancer.

Que faut-il faire pour que ça bouge réellement dans le secteur culturel ?

Pour être sincère, le ministre ne connait pas la maison. Et comme j’ai l’habitude de le dire, le ministre Ange N’koué est compétent ailleurs. Donc c’est une façon de dire au Chef de l’Etat de changer d’orientation à notre ministre pour qu’il aille là où il a plus d’expériences. En tout cas, tout démontre à la date d’aujourd’hui que monsieur Ange N’koué n’a pas les compétences requises pour diriger le ministère de la culture. Donc nous voulons un autre homme pour que les choses aillent. Si la philosophie du ministre Ange N’koué demeure, ça veut dire que dans le domaine des arts et de la culture, rien ne bougera.

Euloge Béo Aguiar : « C’est la première fois que ça arrive et c’est à saluer »

Lnt : Déjà douze mois que le président Patrice Talon est à la tête de la nation béninoise. Quel bilan faites-vous au plan culturel ?

Euloge Beo Aguiar : Au plan culturel, il faut reconnaître que notre pays a fait des avancements majeurs. Depuis 1960, on note pour la première fois qu’un président de la République décide donc de faire du tourisme et de la culture des pôles de priorité dans notre pays. Le président dans son Programme d’action du gouvernement (Pag), a annoncé un montant de 759 milliard de francs. Ce n’est pas des chiffres qui sont annoncés en l’air parce que sur ces chiffres là il y a une bonne partie qui est déjà mobilisée. C’est la première fois que ça arrive et c’est à saluer.

Ce qui m’intéresse plus particulièrement est qu’en 2016, les besoins du ministère de la culture étaient d’environ 11 milliards, et là nous en sommes à 37 milliards de francs. Par exemple, par le passé, les communes ne bénéficiaient pas d’un financement de la part du ministère de la culture. Quand nous prenons le Pag, nous avons une rubrique importante qui s’appelle « construction des théâtres de verdure, aménagement des sites touristiques, et numérisation des bibliothèques nationales ». C’est un projet destiné à accroître les flux touristiques et aussi la couverture nationale en matière d’infrastructures. Pour l’instant, nous glanons dans les Instituts français et c’est triste pour notre pays.

On a une autre rubrique qu’on appelle « Préservation et mise en valeur du patrimoine culturel et du patrimoine naturel à caractère culturel. ». Il y a un autre fond destiné aux promoteurs culturels, ceux qui veulent faire de gros investissement dans le secteur, ce n’est pas pour les petits festivals mais pour ceux qui veulent créer des maisons d’éditions, des industries pour la fabrication de disque, etc. Le quatrième point le plus important pour nous c’est la promotion des talents et le renforcement des capacités des acteurs culturels.

Si vous voyez des acteurs culturels, des artistes aujourd’hui dont les productions sont  de qualité médiocre, c’est justement parce qu’ils n’ont pas été suffisamment formés. Cela impacte directement la qualité des productions. A ce niveau, c’est un travail colossal qui se fait depuis quelques mois. Voilà ce que Talon nous propose en douze mois, et que le ministère de la culture compte mettre en place à travers des réformes.

Ce n’est que là des annonces ou des prévisions. De façon concrète, est ce qu’il y a quelque chose qui impacte déjà le milieu culturel ?

Avec les anciens représentants des artistes, ça n’a pas toujours été rose et vous avez entendu les polémiques à ce niveau. Il y a eu beaucoup de cafouillage et nous essayons de taire ces querelles là, tout en proposant des réformes pour que ce ne soit plus le cas et que les choses passent forcément par des textes, par des dispositions. Mais ça passe également par le Pta –plan de travail annuel- qui découle donc du Pag. Pour l’instant à la date du 04 avril, les Pta du ministère de la culture ne sont pas encore validés au niveau de la présidence de la République. Vous êtes d’accord que le ministère ne peut rien mettre en marche tant que ces Pta-là ne sont pas validés.

Qu’est-ce qui bloque ?

Vous savez la crise que traverse notre pays depuis un certain moment, elle est peut-être politique mais sociale aussi. L’argent ne peut pas être fabriqué et débloqué de quelque part sauf si, le terrain est favorable. Comment faire pour que demain les générations futures soient fières des outils qu’on leur aurait laissé, et ces outils-là passent par des réformes importantes. On ne peut pas régler ces questions dans l’empressement.

Un agenda culturel est en cours, des gens ont déposé des titres de projets, des commissions de gestion ont été désignées, il y a un travail conséquent qui va suivre. Tous les porteurs de projets seront bientôt appelés, les festivals vont être exécutés. La preuve, la question de renforcements de capacités a commencé, il y a une équipe qui est déjà allée sur le terrain.

Il y a le travail de détection de talents qui a également commencé, et je voudrais rappeler qu’au plan institutionnel, les grandes décisions que Talon a prises dans notre secteur sont à saluer. Le fond d’aide à la culture n’existe plus, maintenant c’est le fond des arts et de la culture. On passe donc à un fond d’investissement sérieux.

Deuxièmement, l’ancienne Direction de la promotion artistique et culturelle (Dpac), a changé de dénomination. C’est devenu la Direction des arts et du livre. L’ancienne direction du cinéma cède sa place au Centre béninois des images animées et du cinéma. Ce centre-là à la capacité d’aller chercher le financement à l’extérieur, ce n’est pas comme l’autre direction qui était bloquée qui n’attendait que le financement de l’Etat, c’est des innovations majeures que je cite pour dire qu’on a de l’espoir.

Le reste, c’est aux techniciens du ministère d’accompagner, c’est également aux acteurs culturels d’accueillir ça assez favorablement et de l’accompagner.

Dans la mise en œuvre de tout ceci, quelle appréciation faites-vous de la gestion du ministre du tourisme et de la culture ?

Ma réponse sera simple. L’actuel ministre de la culture est exactement comme un médecin qui se présente devant des enfants à qui il veut faire une piqure. Sur le coup, il sort sa seringue et il est détesté. Les enfants vont crier et faire du bruit jusqu’au moment où il va quand même leur faire l’injection, mais quand ces enfants seront guéris, ils viendront remercier le docteur. Aucun ministre en charge des questions de réformes ne peut être aimé nulle part, parce qu’il vient bousculer les habitudes. C’est aux acteurs culturels de comprendre qu’on a changé de régime. Il y en a qui pense encore qu’on est dans l’ancien régime et que les choses doivent continuer comme avant.

Commentaires

Commentaires du site 1
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    GbetoMagnon 2 semaines

    ALEDJI en pense quoi ?