Le traditionalisme, la cause première de notre affaissement systémique (suite)

Le traditionalisme, la cause première  de notre affaissement systémique (suite)

Beaucoup de concitoyens demeurent sceptiques quant à la capacité du régime du Bénin Révélé à parvenir à tenir le juste milieu entre l’exigence de la dictature du droit et des obligations du développement ...

L’intégriste Aho et le réformateur Alley

J’adore le film Le bon, la brute et le truand, célèbre western de Quentin Tarantino avec sa rengaine non moins célèbre : « Le monde est divisé en deux catégories… » Elle devient dans cette chronique : « le monde est divisé en deux catégories ; il y a les traditionalistes conservateurs et les modernistes progressistes ».

En effet, s’accrocher aux valeurs-refuge (Frantz Fanon) ou valeurs-momifiées (Albert Memmi) du passé tient d’une psychopathologie de la colonisation (O. Manonni) qui cimente chez tout dominé d’ailleurs un complexe d’accrochage névrotique à des prétendues valeurs qui seraient les nôtres ; alors qu’elles sont depuis déjà dépassées.

Dans le contexte de la domination postcoloniale libérale, la résurgence des symboles soi-disant de la tradition obéit en tant que « survivances traditionnelles » à une logique actuelle bien loin du passé précolonial, comme l’a si bien montré l’économiste égyptien Samir Amin. Aussi, les chefs et rois traditionnels qui veulent mettre en œuvre un plaidoyer auprès des autorités étatiques pour pouvoir capter une rente de situation, se comportent-ils comme des agents actuels qui réveillent au contraire un statut «traditionnel» brandi dans un contexte postcolonial pour en tirer des avantages.

Démarche de mendiant qui n’a rien de traditionnel, qui ne sert pas le développement mais au contraire s’annonce comme une démarche clairement réactionnaire. En général, la plupart des intellectuels se démarquent de cette logique ; sauf quelques-uns qui escomptent en tant que « ministres » de ces chefs et rois de maigres pitances ou des bénéfices secondaires d’ordre souvent politique que d’ailleurs leur mentalité néo-féodale agrandit indument.

Le problème est sérieux car ces nostalgiques sont omniprésents dans tout débat national et arrivent souvent à instiller insidieusement leurs positions dans le corps social. Le régime du Président Nicéphore Soglo avait certes  résisté au départ à toutes ces sirènes « traditionnelles » qui crurent leur heure venue après la Conférence Nationale pour se faire remarquer ; mais il avait manqué au premier Président de la République du Renouveau démocratique une fuite en avant bonapartiste bien que son régime fût celui qui alla loin dans la modernisation économique et institutionnelle.

Objectivement, le retour du Général Mathieu Kérékou fut une régression sans fard au despotisme césariste ; itou pour celui du régime de Boni Yayi. A se demander si nos concitoyens du « Septentrion » ne semblent pas plus sensibles aux « survivances traditionnelles ». Or, le regard vers le « passé » rend pesant notre envol vers les reformes modernisatrices. Aussi la classe politique plombée par le virus « conservateur » s’enferme-t-elle dans la superstructure « traditionnelle » dont l’un des effets pervers est le culte du soi-disant consensus national, l’impossibilité de vrais débats diversifiés avec des points de vue contradictoires.

Elle en fut incapable ; d’où le triomphe de Patrice Athanase Guillaume Talon dans ce désert politique. Mon père me disait souvent qu’on ne peut pas tomber plus bas que le sol ; nous sommes tombés si bas dans la régression sociopolitique que les esprits les plus conscients ont vu tout de suite la nécessité de reformes modernisatrices de notre système politique (Constitution et partis politiques). Pour sûr ; il faut privilégier à ce niveau le débat national et non ce fumeux « consensus national, principe à valeur constitutionnelle ». Car nous ne sommes pas sortis de la Conférence Nationale avec l’adoption de la démocratie libérale à l’occidentale avec la primauté de la seule règle de droit.

Le Rapport Général est parti plus loin en se faisant le porte-parole d’une république participative et d’une démocratie consensuelle pour certains grands sujets intéressant la nation toute entière ; comme précisément notre Constitution, le Programme d’action gouvernementale, l’idéologie politique nationale, et donc la nécessité d’un dialogue national périodique. Beaucoup de concitoyens demeurent sceptiques quant à la capacité du régime du Bénin Révélé à parvenir à tenir le juste milieu entre l’exigence de la dictature du droit et des obligations du développement avec l’obligation des concertations consensuelles.

Par exemple, à la sortie de la Conférence Nationale, il eût fallu une équipe gouvernementale issue d’un large consensus national, dépassant la coterie des Fons de Ouidah et d’Abomey. Faute de ce faire, tomba très tôt sur Nicéphore Soglo la critique d’un enfermement « clanique et familial » ; car malentendu dès le départ : des ténors comme Albert Tévoédjrê et Moïse Mensah prévus par l’ancienne classe politique du retour d’exil (le groupe d’Avrankou regroupé en majorité dans le RND)) pour être respectivement Ministre des Affaires Etrangères et Ministre des Finances, n’eurent pas grâce aux yeux du Premier Ministre de la Transition qui dès lors comme le dit l’agronome français René Dumont était mal parti !

Le même dilemme cornélien attend l’actuel Président de la République dans sa volonté farouche de modernisation des structures économiques et institutionnelles du Bénin.

Dénis Amoussou-Yéyé, psychosociologue

Commentaires

Commentaires du site 4
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    Alexjosel 5 mois

    Bonne analyse!!!

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    aziz 5 mois

    le japon a prouvé..qu’à coté de la tradition..séculaire..peut cohabiter..pour le bonheur d’un peuple..toutes les formes de modernités..

    Moi j’aime bien voir…les princes d’abomez..dans ce qu’ils ont de culture,de fierté…

    Moi j’aime bien voir…les princes bariba..venus de kouandé,de pehunco,de boué,de guené,de kandi,du togo,du nigeria..et d’ailleurs venir s’incliner…devant l’empereur de nikki…sur leur chevaux

    Idem…pour porto novo..

    est ce..qu’il faut le constitutionnaliser…je dis oui..à condition..qu’on fasse le tri..

    Sinon..le sultan aziz…peut bien s’autoproclammer chef peulh…avec les privilèges…qui vont avec…

    Un harem,une 4/4,des esclaves…pourquoi pas…

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    GbetoMagnon 5 mois

    Article intéressant qui adresse l’un des problèmes de fond dont je suis persuadé qu’ils engendrent les conséquences des errements actuels et passés.

    Cependant, la dernière phrase me laisse pantois: “…dilemme cornélien attend l’actuel Président…sa volonté farouche de modernisation des structures économiques et institutionnelles…”

    Cette chute voudrait donc suggérer, que les objectifs du locataire de la Marina, sont de quelque manière, orientés vers la modernisation de quoi que ce soit ?

    Tout ce qui précède dans l’article a donc pour objet de nous faire avaler ça ?

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      SEGNI 5 mois

      Un peuple qui refuse la modernité ne va jamais connaître l’émergence. Ce conservatisme amène aujourd’hui la jeunesse japonaise à ne plus travailler! Et le Japon s’est stagné.