Le vrai visage de mon pays: Ma vie au poste de péage

Le vrai visage de mon pays: Ma vie au poste de péage

Lieu de passage des véhicules, guichet de perception des droits pour l’entretien des routes, le poste de péage n’en est pas moins un carrefour.

Que faisons-nous de nos modèles ?

Carrefour de rencontres, espace de confrontations, il est au début et à la convergence des histoires les plus cocasses et les plus dramatiques ; histoires d’hommes et de femmes qui le fréquentent ou le servent ; histoires de citoyens ordinaires prises dans le tourbillon de son quotidien effréné ; histoires de personnalités politiques incapables de se défaire de leurs masques hautains.

Un habitué des lieux, s’appuyant sur son expérience, raconte la vie de cette infrastructure. Il brosse le portrait des Béninois, décrit leurs mentalités, révèle ce qui finalement constitue « le vrai visage » du pays.

A travers anecdotes, scènes  insolites et surréalistes, Nathanaël Koty explique ce qu’est une entreprise d’exploitation d’un poste de péage au Bénin, expose les relations troubles que les employés entretiennent avec l’argent qu’elle génère, puis relate les faits divers qui en rythment le quotidien.

Un témoignage-sensation, illustré de photos et de dessins, le tout livré dans un style spontané entre écriture journalistique et écriture littéraire. C’est un miroir du Bénin tendu au ras du sol sur ce site où se reflète l’image de l’« homo beninus ».

Né en 1979, Dénadjêdji Nathanaël a fait ses études à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion à l’Université d’Abomey-Calavi. Chef de poste au péage et au pesage d’Ahozon, passionné de sport rollers dont il est devenu le Président de la confédération africaine, il œuvre, pour les causes sociales et humanitaires à travers la Fondation AHR.

Quelques extraits du livre:

« A la fin des cérémonies, après le départ des officiels, le personnel attendait patiemment les dernières consignes de travail. Ce fut à cette occasion que je vis des groupes se constituer avec des commentaires grossièrement faits sur moi. Certains s’étonnaient de ma « jeunesse »; d’autres minimisaient ma capacité à diriger une telle structure ; d’autres encore pensaient tout simplement que j’allais, au bout de quelques semaines, renoncer à la charge tant ils allaient me créer des soucis.

D’ailleurs, ces derniers me faisaient entendre carrément cette menace, en parlant à haute et intelligible voix : « pourquoi nous envoie-t-on ce jeunot, iln’a même pas encore fini de grandir ».L’un des commentateurs, un certain Dieudonné s’était même fendu d’unebruyante exclamation : « ce n’est qu’un petit, il ne tiendra pas, on va le faire démissionner » (p.25-p.26)

« Un […] exemple nous est fourni par une ex-première dame. On sait qu’elle dispose d’une résidence secondaire à Ouidah et qu’elle a l’habitude de faire mouvements entre Cotonou et sa ville natale. A l’occasion des élections présidentielles devant reconduire son époux, elle a mobilisé du grand monde. Au cours de cette campagne, elle est arrivée de Cotonou avec une quarantaine de véhicules et voulait passer sans payer le moindre sou. Le motard qui lui ouvrait la voie est tombé sur la barrière et a exigé qu’on lui ouvre. Au refus qui lui a été opposé, il a tempêté et alerté les garde-corps de l’ex-première dame. C’est moi, en personne, qu’ils ont trouvé sur place. Je leur ai fait comprendre que ce convoi n’était pas officiel et qu’il ne faisait pas partie de ceux qui étaient prioritaires. D’abord, du fait qu’ils étaient dans une démarche partisane ; ensuite, du fait qu’ils ne s’étaient pas annoncés. D’ailleurs, il fallait qu’ils soient traités de la même façon que les autres convois de campagne qui passent.Non contents de cette réponse, ils m’ont demandé de m’adresser à la première dame. Celle-ci, à bord de la voiture située au milieu du convoi, me fit cette remarque dès que je m’approchai d’elle:

    -Vous savez que c’est très facile de vous enlever de là si vous me manquez, Monsieur…

    -Je ne vous ai pas manqué, Madame, ni à votre délégation, lui rétorquai-je.

    -Et pourquoi vous ne me laissez pas passer ?

    -Parce que vous n’en remplissez pas les conditions.

    -Vous osez me dire ça ?

    -Je ne fais que mon travail et je m’attache à bien le faire sans discrimination. Je voudrais que vous me rendiez la tâche facile en respectant ce que je fais » (p.81-p.83)

« Il y a aussi l’histoire de cette apparition étrange, cette femme grande, belle, d’apparence métisse avec des cheveux lisses attachés en chignon. Sur une période d’un an, on la voyait dès la nuit, parfois juste après le déclin du soleil, apparaître dans la forêt, dans un halo de lumière, marchant interminablement. Pendant que le site n’était pas encore fonctionnel, elle traversait en largeur le péage, allait de l’autre côté, puis revenait, mais toujours enrobée de cette lueur qui lui donnait l’impression de flotter dans l’air. Quand on faisait mouvement vers elle, on avait le sentiment qu’on ne pouvait jamais l’atteindre. […] la notion de distance, avec elle, disparaissait, ne laissant qu’une impression. Mais un soir, je m’étais risqué continuellement vers elle, tentant de l’approcher au plus près. A un moment donné, elle a disparu, puis a réapparu sur une autre partie du site, s’investissant dans le même manège avec cette auréole blanchâtre, cette bulle étrange dans laquelle elle marchait. Pour beaucoup de gens témoins de cette apparition, il s’agissait d’une âme en errance et en peine, victime d’un acte violent ayant conduit à sa mort. Car, cette femme n’appartenait pas au même monde que nous C’est ainsi qu’on a appris plus tard qu’il s’agit d’une métisse, la quarantaine, portée disparue un an plus tôt. Sa famille l’avait recherchée par mont et par vaux et même, avait fait une déclaration à la police. En réalité, elle aurait été tuée par une bande de criminels et son corps aurait été jeté dans la forêt d’Ahouicodji (p89-p.90)

Nathanaël Koty (Contribution)

Commentaires

Commentaires du site 5
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    houenagnon 2 mois

    Je peux me tromper. Mais il faut vérifier votre fameux “homo beninus”

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    Totchénagnon 2 mois

    L’extrait a retenu mon attention et je brûle déjà d’envie d’acquérir ce joyau pour encourager le jeune KOTY. Qu’il nous indique même sous anonymat où le procurer.

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    aziz 2 mois

    Naturellement si ce livre sort à la fnac…je l’achete

    J’aime l’histoire sociologique du benin…..celà me permettra d’affiner mes posts..

    Quant..à la femme métisse….je ne veux pas blaguer…avec des histoires pareilles…mais qu’elle sache…qu’apres la rupture…du jeune..de ce soir…je vais l’aider…à trouver…les bandits..qui l’ont tuée

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    Tchite' 2 mois

    Ce monde est plein de pe’che’s et de choses tortueuses par dessus tout comme le coeur de l’homme.
    Il est donc imperatif pour tout Homme (homme et femme) a’ tous les niveaux et quel qu’en soit son niveau social, de donner sa vie a’ Christ et de quitter dans son pe’che’ afin d’avoir le Don gratuit de Dieu (Jesus-Christ, le vrai) dans sa vie, et ce avant de quitter ce monde. Car tout comme il y a ds faux billets et des vrais, il y a aussi des faux christs puis le Vrai Christ.

    Pour ceux qui le (le Christ-Jesus) cherchent et qui le cherchent de tout leur coeur, ils le trouvent.

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    GbetoMagnon 2 mois

    Passionnant ! Excellente initiative que de témoigner de ces “tranches de vie au péage” 🙂 Où peut-on se procurer ce livre svp ?

    Félicitations à vous M. Nathanaël Koty