Bénin : Les leçons de démocratie des députés de la minorité parlementaire au BMP

Bénin : Les leçons de démocratie des députés de la minorité parlementaire au BMP

A peine la sixième session extraordinaire du parlement ouverte que les députés du bloc de la minorité, par la voix de leur porte-parole l’honorable Justin Adjovi, ont fait à la tribune de l’hémicycle une déclaration incendiaire, telle un coup de massue au bloc de la majorité parlementaire (BMP).

Bénin – BMP : Le pacte de l’aliénation

Autrement dit, une leçon de démocratie au bloc soutenant les actions du chef de l’Etat à l’Assemblée nationale. En effet, le bloc des députés de la minorité parlementaire n’y est pas allé hier de main morte.

(Lire la déclaration des députés ici) Ne voulant pas se faire complices du BMP, les députés dits de la minorité parlementaire ont dénoncé certaines pratiques et comportements jugés peu orthodoxes et non démocratiques au sommet de l’Etat, et dans l’escarcelle parlementaire. Des limogeages arbitraires, un Etat qui ne respecte pas les décisions de la justice, les conflits au sommet de l’Etat, les achats de domaine de l’Etat non mis en vente, le monopole sur le Coton et l’anacarde, les marchés de gré à gré, les attributions fantaisistes d’agréments, la liste est longue.

Lire ci-dessous l’intégralité de leur déclaration

DECLARATION DE LA MINORITE PARLEMENTAIRE

Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, Chers membres du Bureau de l’Assemblée Nationale, Honorables députés, Chers collègues,

Depuis février 1990, soit plus de 27 ans déjà, notre pays, la République du Bénin, s’est résolument engagé sur la voie de la démocratie, démocratie dont il est d’ailleurs le berceau en Afrique. Mais depuis peu, il est dans des incertitudes,  et les élus du peuple que nous sommes, avons l’obligation de dénoncer cet état de chose, quoi qu’il nous en coûte, au risque d’être complice devant l’histoire.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

L’histoire de notre pays, de notre peuple, est jalonnée de lutte, une histoire, qui comme, celle de beaucoup d’autres peuples qui refusent de subir n’est pas un long fleuve au cours tranquille. Nous devons y puiser les valeurs,  qui nous permettent d’être en phase avec cette phrase de notre hymne national « Enfants du Bénin  débout »

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, qui d’entre nous n’a pas applaudi le Président de la République lorsqu’alors candidat, il a donné à notre peuple l’espoir de l’avènement d’une justice libre, espoir résumé par cette phrase «  un Etat qui ne respecte pas les décisions de justice est un Etat voyou »

Qui n’a pas rêvé d’un Bénin plus démocratique en entendant le candidat Patrice TALON dénoncer les supers pouvoirs d’un Président de la République trop puissant, pouvoirs qu’il avait donné l’assurance de ramener à leurs justes contenus s’il était élu ?

Qui n’a pas vu venir l’éclosion de notre économie lorsque le candidat Patrice TALON, en tandem avec un des plus grands opérateurs économiques du pays lors de la campagne  pour le 2ème tour de l’élection présidentielle a déclaré que ce dernier serait son principal allié s’il devenait Président de la République ?

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, les interrogations sont nombreuses et il serait fastidieux de vouloir les énumérer.

Mais voilà le candidat Patrice TALON désormais président de la République pour que naissent d’autres interrogations.

Notre peuple vit avec angoisse

Les conflits d’intérêts au sommet de l’Etat dont les plus grandes manifestations sont le fameux PVI à histoire, les achats de domaine de l’Etat non mis en vente, le monopole sur le Coton et l’anacarde, les marchés gré à gré, les attributions fantaisistes d’agréments, et la liste est longue

Le limogeage et la traque des responsables syndicaux et de la société civile qui s’opposent aux actes illicites.

L’acharnement politique contre Maires, Députés, anciens Directeurs Généraux, anciens Ministres, opérateurs économiques et menaces sur certains responsables d’institutions qui refusent de croire au prétendu nouveau départ.

L’organisation de concours frauduleux, notamment au niveau de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale et de la justice alors que le Président avait fait de l’un de ses thèmes de campagne, la lutte contre la fraude

Les redressements fiscaux sélectifs à travers la mise en exécution d’un plan de destruction des opérateurs économiques nationaux. Sinon, comment comprendre qu’un harcèlement fiscal de plus de 165 milliards de francs CFA  soit adressé à un seul opérateur économique pendant que le PVI est exonéré de toutes taxes et droits douaniers.

L’accentuation de la pauvreté au lieu de sa réduction

Les déguerpissements sauvages de nos mères, épouses, sœurs et frères du site d’exercice de leurs activités économiques

Le licenciement en masse, les recrutements ou nominations de parents et amis du cercle restreint du pouvoir au mépris de toute déontologie

Le mépris des lois, notamment celles sur le RAMU et le Cos-lépi et l’application de lois rejetées par la Cour Constitutionnelle

La démobilisation hasardeuse des militaires, livrant à la rue des citoyens qui n’ont appris que le métier des armes, ouvrant ainsi la porte à l’insécurité

La vassalisation de l’Assemblée Nationale qui se manifeste entre autre par la mise entre parenthèse de son règlement intérieur qui se traduit notamment par les nombreux ateliers d’imprégnation des députés sur instigation du gouvernement, sur des textes qui ne sont pas introduits à l’Assemblée Nationale

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

La révision du Code électoral qui se prépare en catimini par certains de nos collègues est le prochain complot contre notre peuple. Il se susurre que la CENA est dans le viseur des complotistes. Il nous plait de rappeler ici que la CENA est une expérience heureuse, copiée par les Etats d’Afrique et qu’elle nous a évité les crises post-électorales. Nous voudrions attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur la gravité exceptionnelle du risque de disparition ou de défiguration de la CENA ; la Paix post-électorale dans notre pays dépend de ce fleuron de notre démocratie.

Les Béninoises et les Béninois ont encore en mémoire la très vive tension qu’il y avait eu entre le Président de la République et son prédécesseur. Si l’élection présidentielle de 2016 avait été organisée par le Ministère de l’Intérieur, nous sommes tous conscients du risque de trouble que cela aurait engendré.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Depuis l’historique vote du 04 avril 2017, l’Assemblée Nationale est comme coupée en deux hémisphères : La majorité parlementaire et la minorité parlementaire.

La minorité parlementaire, signataire de la présente déclaration se félicite de l’issue de ce vote qui a été précédé par une montée inquiétante de la tension dans notre pays par des manifestations çà et là, notamment devant le parlement. Certains naïfs pensaient que détenteur de la force publique, le gouvernement aurait maitrîsé la situation ; erreur. Il y avait plus fort au Burkina-Faso voisin ; même le redoutable Shah d’Iran qui avait une sécurité des plus redoutables dans la région Asie a dû son salut à la fuite pour aller finir en exil.

Nous avons la conscience claire sur notre vote de ce 04 avril 2017 et nous recommencerions si cela était à refaire.

Nous voulons ici également saluer nos collègues qui n’ont pas eu la même vision que nous ce 04 avril 2017. Ils ont voté en leur âme et conscience, et c’est cela aussi la démocratie. C’est pourquoi nous exigeons qu’il nous soit reconnu aussi ce droit à la liberté et à la différence, que certains ont du mal à accepter.

La dernière manifestation de cette incurie a été l’attitude du préfet du plateau qui, à l’occasion des manifestations du 1er août 2017, a invité les populations à lyncher un de nos collègues pour avoir émis son vote contre la révision de la Constitution.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Nous nous insurgeons et élevons la plus vive protestation contre le comportement de ce préfet inculte et anti-démocrate et exigeons que l’Assemblée Nationale se saisisse du dossier afin que de pareils comportements ne se répètent à l’avenir.

Notre vote du 04 avril 2017, Monsieur le Président, a permis au Gouvernement de lancer la vulgarisation de son PAG. Ne serait-ce que pour cela, le Gouvernement devrait nous en être reconnaissant. Notre pays est résolument et irréversiblement engagé sur la voie de la démocratie ; il ne reculera pas quelles que soient les intimidations ; qu’on se le tienne pour dit. C’est en raison de cet engagement que du haut de cette tribune, nous appelons notre peuple à la vigilance…

Vive la Démocratie
Vive le Bénin
Je vous remercie.
Ont signé les Députés de la minorité parlementaire

Commentaires

Commentaires du site 11
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    Amaury 3 semaines

    Je n’ai pas lu @jean @Tundé et autres complices des fossoyeurs de notre démocratie et de notre économie.

    Qui dit mieux ? Courage à cette minorité. Je pense que le peuple se mobilisera avec vous dès que le pas sera franchi pour la suppression de la CENA.
    Qu’il aura déçu ce monsieur. Tchicoyi !!!!

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    Vinny 3 semaines

    C’est une belle page d’histoire que vous, députés de la minorité parlementaire venez d’écrire. Vous êtes certes minoritaire au parlement mais la majorité de la population vous soutien dans cette belle oeuvre que vous venez d’accomplir.
    je salue votre détermination et votre courage. Vous êtes minorité parlementaire mais majorité populaire. Tous debout contre la mal-gouvernance du pouvoir.

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    Karl 3 semaines

    Oumar, nous dénoncions cela depuis le 06 avril 2016, ou bien? Bon, ce réveil n’est pas tardif mais il doit être désormais permanent, chers parlementaires de la minorité. Soyez sûrs, votre minorité va bientôt s’agrandir pour mettre fin aux velléités totalitaires de ce régime dit de la rupture.

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      OLLA OUMAR 3 semaines

      Karl c’est exact ; et j’ajouterai concernant cette déclaration des intrépides , valeureux deputés qu’ils sont peut-être minoritaires au sein de l’assemblée , mais majoritaires chez les beninoises et beninois qui les soutiennent et sont de leur avis

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    Napoléon1 3 semaines

    Voilà les vrais représentants du peuple qui du haut de leur tribune ont dit clairement à Talon et et sa bande ce que sent le plus grand nombre du peuple.

    L’histoire en temoignera et que même que certains croient pouvoir diviser et manipuler ce peuple du Bénin avec de l’argent du peuple détourné, il y a eu des représentants du peuple qui n’ont pas succombé à cette tentation et ont levé la voix pour sauver la Nation.

    Maintenant tout doit être fait pour barrer la route à cette bande de pilleurs du peuple en attendant de les réduire.

    le peuple du Bénin a maintenant l’obligation et le devoir de chasser Talon du pouvoir comme un vilain persiféré, pour que jamais dans l’histoire du pays quelqu’un n’ose encore venir avec cette audace vo-ler et dépouiller ainsi le peuple de ses maigres ressources.

    Talon a trahi, il doit partir. Il n’y a plus rien à faire.

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    Gont Gont 3 semaines

    Donc le concours de la Justice était frauduleux? Ca alors!!!! Je ne le savais pas.

    Quand on critique, les thuriféraires du régime, les régimistes invétérés disent qu’on est aigri.Et bien j’accepte d’être aigri car l’on ne va pas sous le fallacieux prétexte d’aigreur, se taire sur les dérives faschistes du roi Talon.

    Morceaux choisis:

    “Les conflits d’intérêts au sommet de l’Etat dont les plus grandes manifestations sont le fameux PVI à histoire, les achats de domaine de l’Etat non mis en vente, le monopole sur le Coton et l’anacarde, les marchés gré à gré, les attributions fantaisistes d’agréments, et la liste est longue”

    “Le limogeage et la traque des responsables syndicaux et de la société civile qui s’opposent aux actes illicites.”

    “L’organisation de concours frauduleux, notamment au niveau de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale et de la justice alors que le Président avait fait de l’un de ses thèmes de campagne, la lutte contre la fraude”.
    Les déguerpissements sauvages de nos mères, épouses, sœurs et frères du site d’exercice de leurs activités économiques

    Le licenciement en masse, les recrutements ou nominations de parents et amis du cercle restreint du pouvoir au mépris de toute déontologie

    Le mépris des lois, notamment celles sur le RAMU et le Cos-lépi et l’application de lois rejetées par la Cour Constitutionnelle

    La démobilisation hasardeuse des militaires, livrant à la rue des citoyens qui n’ont appris que le métier des armes, ouvrant ainsi la porte à l’insécurité

    La vassalisation de l’Assemblée Nationale qui se manifeste entre autre par la mise entre parenthèse de son règlement intérieur qui se traduit notamment par les nombreux ateliers d’imprégnation des députés sur instigation du gouvernement, sur des textes qui ne sont pas introduits à l’Assemblée Nationale

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    Antoine 3 semaines

    Enfants du Bénin debout!

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    Très belle allocution courageuse qui résume en quelques phrases claires et des mots bien choisis les innombrables tares de ce régime corrompu, que dis-je, des nombreux crimes, abus, escroqueries, ruses de talon et de ses 45 voyous qui comme j’ai toujours dit ici, n’échapperont ni à la vindicte populaire, ni à la justice divine.
    Là où je me démarque de mon ami Adjovi, c’est que cet individu qui est à la tête de la mafia qui assassine depuis 17 mois la démocratie et pille de façon inhumaine l’économie nationale, ce pauvre type même quand il était candidat, n’a jamais suscité la moindre espérance chez moi.
    Au contraire, j’ai passé des heures à exprimer toutes mes inquiétudes ici même, en affrontant parfois très violemment certains repentis de la 25 ème comme joe-la-tafiole qui quoi qu’ils disent aujourd’hui, ne pourront pas se défendre d’être complices des malheurs qui arrivent à ce peuple sous le règne monarchique de talon qui renvoie hélas à notre mémoire les sombres et macabres souvenirs dès royaumes sanguinaires de danxomè