Macron à Ouaga : Toujours paternaliste… toujours ses intérêts !

Macron à Ouaga : Toujours paternaliste… toujours ses intérêts !

De Sarkozy (Dakar, 2007) à Macron (Ouaga, 2017), le ton a évolué, de la fruste arrogance (Sarkozy) à la fine délicatesse (Macron); Mais ne vous y trompez pas, les paradigmes demeurent les mêmes, et c'est logique.

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Le discours de ce jeune homme, bientôt quadra, n’a rien perdu des rides épaisses de l’histoire, rides qui ponctuent les menus gestes, la tenue, bref la posture inhérente à la terrible fonction de Président de la République Française, la France des Droits de l’homme, la Grande France! Rides de la ruse, des subterfuges, des circonlocutions sophistiquées.

Ce discours se résume en trois points essentiels : la sécurité africaine (le terrorisme au sahel) dont se préoccupe la France; le développement de l’Afrique que la France entend accompagner, avec plus de pragmatisme que naguère ; et enfin la culture, une culture communautaire (africaine et française mêlées) que porte si généreusement la langue française, langue de rayonnement international (Potentielle première langue du monde), avec en arrière-plan, son attirail institutionnel (Académie Française et Francophonie).

Ce discours rappelle bien De Gaulle parlant de la communauté en 1958… En ceci qu’il commence par nous rappeler à quel point les communautés, les ethnies, les langues africaines sont facteurs de différences insurmontables entre les différents pays du continent, pour nous asséner plus loin la très grande proximité entre nos pays et la France, au motif que nous avons en commun la langue française (comme s’il n’y avait pas de langues africaines de cohésion internationale)… Ce disant, il crache à sa façon sur l’immortel Cheikh Anta Diop que dix ans plus tôt Sarkozy est allé narguer… car un tour dans l’œuvre de ce brillant, de ce lumineux Esprit guérirait de l’affreuse ignorance sur laquelle surfent ces incultures incarnées, incapables de réfléchir autrement pour affranchir leur pays du réflexe cleptomane.

Sur le premier point, Macron croit tromper…Mais il est évident que les terroristes qui se propagent en Afrique n’y viennent pas d’abord contre les Africains, qui en vérité ne sont que des victimes collatérales d’une guerre multi séculaire Occident (chrétien)/ Orient (musulman), une guerre aggravée par la colonisation… Et c’est le lieu de citer l’un des illustres académiciens Amin Maalouf (Les identités meurtrières) pour qui, des tomes de traités islamiques n’éclairent pas autant, sur le péril terroriste,  que quelques dizaines de pages sur l’histoire de la colonisation française en Algérie, par exemple.

Donc, c’est d’abord pour elle-même que la France établit ses bases militaires en Afrique, tout comme les Américains et autres le font pour leurs intérêts économiques et géostratégiques. Mieux, le désastre auquel le sahel est confronté aujourd’hui et que la France dit aider l’Afrique à résoudre n’est que la conséquence logique du réflexe cleptomane suraigu  d’un pays littéralement anéanti par les concurrences anglo-saxonne et chinoise notamment: l’assassinat de Kadhafi et la désintégration organisée de l’État libyen; Kadhafi dont le péché est de donner la preuve qu’on peut se passer du commerce contre-productif avec la France, ce commerce qui nous lie si longtemps à ce peuple de bavards impénitents, un peuple qui n’a, en vérité, pas inventé grand chose.

Au deuxième point, toujours, dans la logique du paternalisme injurieux, Macron enchaîne ses pacotilles de propositions en faisant mine de se détourner des gouvernants africains mis à l’index. Lui traitera, via les sociétés françaises, les PME notamment, directement avec la jeunesse africaine à qui il entend offrir de meilleures conditions de formation, etc…Qu’est-ce-qu’il peut être aveugle, sourd, ce jeune homme ! Les béquilles de formation importées sont de moins en moins opérantes ! La France gagnerait à se construire de l’intérieur, au lieu de croire que l’Afrique, la vache à lait est toujours là… Il y a longtemps qu’elle s’est faite prédateur ! Félin ! Avec sa nouvelle génération définitivement décomplexée !

Au troisième et dernier point, Macron s’est, lui aussi, et là encore enlisé dans des rêveries dignes d’Onesime Reclus… Ce géographe français reclus en effet dans le chauvinisme caractéristiques de tout bon patriote, qui rêvait de voir la langue de son pays connaître, via l’impérialisme, le destin des langues ibériques que la conquête du Nouveau Monde fait rayonner dans toute l’Amérique (du Sud jusqu’au Nord et dans quelques coins de l’Afrique). Descendant donc jusqu’à Reclus, le président Macron n’a pu s’empêcher de sombrer dans le nombrilisme traditionnel : la France possède une part importante des cultures des autres peuples, des africains notamment dont elle a sauvé bien des pièces des mains d’autres trafiquants africains…la très honnête France envisage de mettre en place un mécanisme d’étude des modalités de restitution temporaire ou définitive de quelques pièces ! Le maquillage savant du vol orchestré par la France, vol de milliers de pièces, patrimoine d’autres peuples décrétés, de force, frères est le comble du réflexe cleptomane atavique…pourquoi ne pas restituer ici et maintenant les pièces volées, avec les milliards de dollars qu’elles ont rapportés ? Parce que sans ces appuis, la France s’écroulera comme son équipe de football amputée de la horde de tirailleurs africains.

Et pour couronner sa prestation, le jeune président décrète le français, première langue du monde sous peu, suppliant presque la jeunesse africaine de ne pas s’attacher uniquement à l’anglais…La vérité, sur ce dernier point, c’est que le Français, comme le montre si bien le professeur Midiohouan (Du bon usage de la francophonie, “retour de Chine” in  Traces à venir), n’est pas une langue internationale… Et d’ailleurs, il n’y a qu’à voir le niveau de développement des pays francophones pour juger du carcan que constitue cette langue… Ouvrons grandement nos yeux !

Un monde est passé, c’est la vieille Europe, un autre monde s’éveille, c’est la  bouleversante Chine. Un monde nouveau s’amène, c’est l’Afrique ! Les États-Unis d’Afrique !  À nous de jouer.

Dohounkui GBETEY, doctorant Uac

Commentaires

Commentaires du site 4
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    GbetoMagnon 1 semaine

    Exact “Chat”. Je réfléchissais. Dans quelle langue étaient écrits les livres de Cheikh Anta Diop qu’a lus l’auteur de l’article ?
    Dans quelle langue les aura lus un camerounais, un français, un sénégalais ?
    Quelle est la langue qui permet la proximité avec Aimé CESAIRE, d’un africain, d’un canadien, d’un kanak ?
    Et quelle langue a porté le rayonnement mondial d’un SENGHOR ? D’un Sembène Ousmane ?
    Parfois je m’interroge sur l’addiction de certains, à l’ivresse des formules excessives qui pollue les idées et affaiblit la portée de la cause qu’il défendent.

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    Chat 2 semaines

    Encore heureux que l’auteur de cet article s’exprime en Français.

    A part enfiler des perles que propose t’il pour nous sortir des filets de Macron le paternaliste ?

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    GbetoMagnon 2 semaines

    Il y a loin de la coupe – à laquelle rêve tout le monde (les Etats Unis d’Afrique)- aux lèvres..

    En attendant, si considérer que “la France n’a…que des intérêts” (de GAULE), est (enfin) communément admis en Afrique; taxer – la distance culturelle d’un européen (MACRON ) avec des africains (les étudiants) – de paternaliste me semble objectivement faux. “Nous n’avons pas connu l’époque coloniale” a t-il dit. On ne peut être plus clair.

    La langue française “1ère ou 2ème du monde”, une vaste blague (de MACRON) que ne croirait pas un collégien. Il suffit de regarder un globe terrestre ou un planisphère. 
    Tout comme  laisser supposer qu’il y aurait des “…langues africaines de cohésion internationale” (à part l’arabe). ça c’est une blague de l’auteur de l’article.

    Et là patatras !! Il s’enflamme, à la béninoise, dans les superlatifs ou la caricature: “la…proximité entre nos pays et la France…la langue française…il crache…sur…Cheikh Anta Diop”.

    C’était de trop. Dire ça, c’est méconnaître un homme qui se destinait à la littérature et la place sacrée des lettres et de ses plumes, dans la mentalité des français.