Ukraine : le drone russe Geran-4 inquiète Kiev par sa vitesse et sa puissance

Depuis mai 2026, la Russie engage pour la première fois le Geran-4 au combat, un drone d’attaque à réaction développé pour contrer les intercepteurs ukrainiens. Le renseignement militaire ukrainien (HUR) a publié le 25 mai une analyse détaillée du système, accompagnée d’un modèle 3D interactif sur le portail War&Sanctions, identifiant ses composants et sa chaîne d’approvisionnement étrangère.

La guerre en Ukraine a reconfiguré l’usage des drones depuis 2022. Sur le front, 75 à 95 % des destructions terrestres majeures sont désormais réalisées par des drones, tandis que la production ukrainienne de FPV est passée de quelques milliers d’unités en 2022 à trois millions en 2025, ciblant des blindés qui nécessiteraient des obus d’artillerie dix à trente fois plus chers. Pour contourner le brouillage électronique, la Russie a pionné les drones à fibre optique lors de sa campagne dans la région de Koursk, avant d’en généraliser l’usage sur toute la ligne de front en 2025. Les attaques nocturnes russes mobilisant 300 à 500 drones sont devenues monnaie courante depuis le printemps 2025, poussant Kiev à développer ses propres intercepteurs — ceux-là mêmes que le Geran-4 est conçu pour neutraliser.

Un appareil conçu pour échapper aux intercepteurs ukrainiens

Selon les données publiées par le HUR, le Geran-4 conserve les dimensions du Geran-2 — 3,5 mètres de longueur, 3 mètres d’envergure — mais intègre une cellule entièrement redessinée. La structure renforcée lui permet de supporter des charges G élevées et d’effectuer des manœuvres actives entre 300 et 400 km/h, une capacité absente des versions précédentes. Sa vitesse maximale atteint 500 km/h pour un plafond opérationnel de 5 000 mètres.

Les versions antérieures à réaction, notamment le Geran-3, réutilisaient la cellule du Geran-2 à moteur thermique, dont la résistance structurelle s’est avérée insuffisante pour les vols rapides. La nouvelle cellule corrige cette limitation grâce à des ailes intégrées en permanence dans la section centrale et un fuselage allégé, avec un nombre minimal de trappes pour réduire la traînée aérodynamique.

Une charge militaire significative

Deux turboréacteurs d’origine chinoise ont été identifiés sur les exemplaires recensés : le Telefly LX-WP-160 (160 kgf de poussée) et le Telefly TF-TJ2000A (200 kgf), ce dernier déjà observé sur le Geran-5. Selon sa configuration, le drone peut emporter une ogive hautement explosive à fragmentation de 50 kg (OFZBCH-50) ou une ogive thermobarique élargie de 90 kg (TBBCH-90), sur un rayon d’action allant jusqu’à 450 kilomètres. La production en série du Geran-4, conduite par JSC SEZ PPT Alabuga, s’est achevée en janvier 2026. Les premiers tirs d’essais ont été menés depuis le port de drones de Prymorsk, dans l’oblast d’Orlov, et depuis le site de l’ancien aéroport de Donetsk.

La combinaison de ces caractéristiques préoccupe les autorités ukrainiennes. Un drone capable de voler à 500 km/h, d’effectuer des manœuvres évasives à haute vitesse et d’emporter jusqu’à 90 kg de charge thermobarique réduit la fenêtre de réaction des systèmes d’interception. Les intercepteurs ukrainiens, déployés massivement contre les Geran-2 plus lents, ont été conçus pour neutraliser des cibles volant à des vitesses inférieures. Le Geran-4 a été explicitement développé pour exploiter cette limite, selon le HUR. L’Ukraine devra adapter ses défenses en conséquence — une contrainte qui s’ajoute à un rythme d’innovation déjà sous pression permanente.

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