Vito Cistulli sur la Sécurité alimentaire dans le sahel et en Afrique de l’Ouest

Vito Cistulli sur la Sécurité alimentaire dans le sahel et en Afrique de l’Ouest

Le rideau est tombé sur la 33e rencontre du Réseau de prévention des crises alimentaires (Rpca), avec des recommandations pertinentes pour en venir à bout de la faim dans le sahel et en Afrique de l’Ouest, ces parties d’Afrique qui ont de beaux jours devant elles.

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Pour mieux appréhender ces recommandations, le spécialiste en alimentation Vito Cistulli, du Fonds mondial pour l’alimentation (Fao), a accordé une interview à notre rédaction. Selon ses explications, avec l’approche territoriale, la faim dans ces deux parties de l’Afrique sera jugulée.

Lnt : En parlant de sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, vous avez évoqué les approches innovantes et territoriales. Que peut-on en retenir fondamentalement ?   

Vito Cistulli : Ce qu’on veut dire avec les approches territoriales est que tous les territoires sont caractérisés par ce qu’on appelle les capitaux territoriaux. Premièrement, c’est évidemment l’environnement, c’est les ressources naturelles des zones agricoles et des zones peu productives. Il y a un capital humain, c’est-à-dire une connaissance, un savoir-faire. Il y a des infrastructures, certains territoires sont bien liés avec le marché et d’autres en sont complètement déconnectés. Alors, selon les territoires le développement prendra des orientations différentes. Par exemple, dans une zone qui n’est pas agricole et très productive, il faudra bien penser à développer d’autres activités. Quelles sont ces activités ? Ça c’est un peu l’approche territoriale. Comment partir en commençant par les capitaux et en essayant de connaitre les potentiels à partir des capitaux existants. J’ai travaillé dans plusieurs pays et on peut voir que par exemple il y a des zones où le capital humain est très avancé, avec un niveau d’instruction très élevé, donc ils peuvent s’engager dans des activités qui demandent une main d’œuvre de plus haute qualité. Nécessairement et au-delà de l’agriculture très souvent, parce que l’agriculture ne rapporte pas beaucoup dans les pays en développement. Et ils peuvent aller trouver un travail dans les services plutôt que dans l’industrie. Mais pour que ceci soit faisable, il faut qu’il y ait industrie, il faut qu’il ait un secteur de service qui marche. Le problème de certains pays, c’est qu’il n’y a pas une diversification économique suffisante pour absorber la main-d’œuvre.

Est-ce qu’il n’y a que l’agriculture pour résoudre les problèmes de faim dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest ?

L’agriculture reste un secteur stratégique important, pour la simple et bonne raison qu’il y a un potentiel de croissance de production agricole énorme dans les pays. Evidemment on a des défis croissants par exemple la question du changement climatique qui pose énormément de problèmes. Notre action doit être dans la direction de comprendre comment les changements climatiques vont attaquer l’agriculture, tout en sachant quand même que le domaine agricole ne sera pas affecté de la même façon que les autres… Une raison de plus pour avoir cette approche territoriale et comprendre l’impact du changement climatique. Mais ceci dit, le secteur agricole ne peut pas absorber la croissance de main d’œuvre à laquelle on s’attend dans les 20 ou 30 ans qui suivent. Il y aura 18millions de nouveaux jeunes en Afrique chaque année. Et la capacité d’absorption des économies africaines est de 3 millions. Alors qu’est-ce qu’on peut faire pour absorber les 15 millions qui restent ? C’est la question. L’agriculture en sera-t-elle capable ? Non. Il faut diversifier l’économie. Même dans les zones rurales il y a du potentiel pour diversifier l’économie. Il y a ce qu’on appelle un potentiel caché pour l’instant. Parce qu’on pense que l’agriculture se fait dans les zones rurales et que dans les zones rurales on ne fait que l’agriculture. Ce n’est pas vrai. Certains pays ont montré qu’en diversifiant l’économie dans les zones rurales, on peut créer des opportunités de croissance. Ça c’est donc la question du secteur agricole et de son importance stratégique. Mais à lui tout seul il ne peut pas résoudre les problèmes de sécurité qui sont fortement liés à la capacité des gens de pouvoir acheter leurs aliments.

Depuis 20 à 30 ans, le problème de la faim était lié à l’insuffisance de la production et les gens n’arrivaient pas à manger. Aujourd’hui, la production est là mais il y a encore des gens qui n’ont pas à manger. Comment expliquez-vous cette situation ?

La production est là, c’est vrai. Dans le passé on parlait d’autosuffisance alimentaire. On pensait qu’en augmentant la production dans les pays on aurait pu résoudre le problème de sécurité alimentaire. Aujourd’hui, on est bien conscient qu’un problème important est l’accès. Et l’accès peut se faire au niveau de la production locale et au niveau des produits importés. L’important c’est de donner les éléments, les facteurs et les conditions aux ménages, pour qu’ils puissent acheter leurs aliments. Et donc permettre aux agriculteurs du pays de vendre, mais aussi acheter là où le produit est disponible. Ce changement d’accent de la production à l’accès a quand même évolué, et beaucoup de pays notamment ceux qui sont présents ont élaboré des stratégies de sécurité alimentaire qui prennent en considération toutes les dimensions, pas seulement les dimensions de la production.

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