Bénin : La fête du vodoun. Et après ?

Bénin : La fête du vodoun. Et après ?

Le 10 janvier : fête du vodun et des religions endogènes au Bénin. Il s'agit d'une initiative de haute portée politique, dans un pays, pour ainsi dire, longtemps mis sous embargo culturel.

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En effet, les Béninois, comme bien d’autres Africains, à un moment de leur histoire, furent contraints et forcés de renier leur identité, de tourner le dos à leurs valeurs de vie, de s’aliéner et de se dépersonnaliser.

Dans ces conditions, remettre le vodun et les religions endogènes au centre et à l’honneur, c’est marquer une franche volonté politique. Cela vaut réappropriation de soi par soi. C’est la différence affirmée. C’est la diversité célébrée. Et ce n’est pas banal dans un monde qui se globalise : uniformisation et standardisation des manières d’être, de penser, de se comporter. Si ce n’est pas une révolution, cela y ressemble.

Mais une fois le 10 janvier honoré et célébré, que faisons-nous, que devons-nous faire ? S’arrêter aux contours festifs de l’événement ? Se contenter de l’emballage pittoresque et folklorique d’une célébration ? Il faut rendre au Vodun ce qui est au Vodun et à César ce qui est à César.  Autour du 10 janvier, au Bénin, trois devoirs fondamentaux sont à notre tableau de bord.

Un devoir de mémoire et d’hommage. Il faut considérer le 10 janvier comme l’aboutissement heureux d’un combat. Lequel a consumé les jours et les nuits, sinon la vie de nombre d’entre nous. Certains de nos valeureux combattants ont disparu. Ils méritent, au nom de la mémoire, l’hommage dû au soldat inconnu. Certains autres sont nos contemporains. Citons-en quelques uns pour rendre le plus vibrant des hommages à tous les autres. Nous pensons au Dr Basile Adjou-Moumouni. Les quatre tomes de son ouvrage monumental, “Le code de vie du primitif,” condensent les valeurs éthiques de Ifa. Respect et reconnaissance au professeur Honorat Aguessy. L’Institut de développement et d’échanges endogènes (IDEE) porte sa marque distinctive. Il contribue, de fort belle manière, à fouetter nos consciences pour une réappropriation responsable de nos valeurs endogènes. Citons pêle-mêle les professeurs Joseph Olabiyi Yaï, Paulin Hountondji, Félix Iroko, Nouréini Tidjani-Serpos, Kapko Mahougnon, Pierre Adjotin, les chercheurs indépendants comme David Coffi Aza, Gratien Ahouanmènou, Dotou Sègla…Comment oublier nos intellectuels communautaires ? Ils ne sont jamais cités dans nos mémoires et thèses. Pourtant,   ils sont et restent des artisans majeurs sur le chantier du temple de nos savoirs et valeurs endogènes. De ce point de vue, le 10 janvier doit être une journée d’hommage et de reconnaissance, une journée de distinction des meilleurs d’entre nous.

Un devoir d’appropriation et d’approfondissement de nos savoirs endogènes. Il n’aurait pas été nécessaire de consacrer, au Bénin, le 10 janvier si rien de fort et de significatif ne devait sous-tendre une telle initiative. Nos savoirs endogènes ne figurent pas encore aux programmes de nos écoles. Impardonnable lacune ! Quel type de Béninois formons-nous avec un déficit aussi notoire ? Nos savoirs endogènes ne viennent que d’arriver à l’Université avec la création du Laboratoire d’études africaines et de recherche sur le FA (LAREFA). Combien sommes-nous à connaître cette institution ? De quels moyens, de quelles ressources l’avons-nous doté quand on sait que la recherche, c’est encore le parent pauvre de nos programmes d’investissement ? De ce point de vue, le 10 janvier doit être une journée de bilan et de plaidoyer pour des perspectives toujours plus ambitieuses par le questionnement et l’interpellation.

Un devoir de partage de l’esprit du 10 janvier avec d’autres frères africains. Il ne serait pas juste, en référence au 10 janvier, de tenir le Bénin, dans le vaste ensemble africain, pour un îlot de conscience afrocentriste. Rien ne l’autoriserait. Rien ne le justifierait.  Il reste que le Bénin doit “vendre” à d’autres le 10 janvier. Avec ce qu’il recèle de sens et de signification. Quand nous nous réunissons à Abuja ou à Addis- Abeba pour parler développement sur quelle base le faisons-nous ? L’alternative est claire. Soit sur la base des intérêts des autres. Et nous sommes perdants à tous les coups.  Soit sur la base de ce qui nous unit, nous réunit, nous identifie, à savoir nos cultures. Voilà le référentiel pour savoir qui nous sommes, la boussole pour savoir où nous allons. La culture, c’est l’alpha et l’oméga. Elle est au début et à la fin de tout vrai développement.

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