Le dernier Mohican du diplôme à l’ancienne

Le dernier Mohican du diplôme à l’ancienne

Quand on était gamin, il se disait de Gnanssigbé père, qu'il avait réussi son Certificat d'études Primaires dans son bureau de la présidence, avec l'assistance de son répétiteur.

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À la composition du BEPC, un autre souffleur avait été autorisé pour lui prêter main forte tandis qu’au BAC, ses professeurs étaient nombreux à venir lui donner des coups de main, documents à l’appui.

Quand, bien des années plus tard, on lui annonça qu’il allait être décoré du titre de Docteur Honoris Causa de je ne sais quelle université, le Général fut si stomaqué qu’il convoqua d’urgence son aide de camp, un certain Akpo, pour lui demander si c’est lui qui avait fourni aux gens les infos concernant son département d’origine. Pya, le village natal du Général est lové dans le département de la Kozah. Le président croyait qu’ être docteur honoris Causa avait un lien quelconque avec la Kozah.

Les Togolais ne manquent pas d’humour, ni de génie pour mettre en accusation le complexe que cultiverait leur président d’alors par rapport à son cursus scolaire modeste. Lui prêtant l’intention de vouloir se rattraper coûte que coûte en inventant, sur son compte, des histoires à dormir debout, ils le caricaturaient jusqu’à son phrasé, ses tics de langage et même sa façon de vouloir être un homme du monde. « Des cadavres vont mourir » lui prêtait-on quand énervé, il menaçait de sevir contre ses opposants. Des opposants mis aux pas pendant quarante ans, qu’ils soient intellectuels de haut vol, cadres de l’armée ou diplômés Bac plus vingt-cinq.

Au Bénin, ce type de personnage n’existant guère, on avait pensé trouver en Kérékou Mathieu, un prolongement de l’homme de Kara, ou, à tout le moins, sa réplique béninoise. Mais le Caméléon, tout le temps qu’il était resté au pouvoir, avait assumé son statut d’homme du peuple, sans doute peu instruit, mais un homme sans complexe. D’ailleurs, il trouvait pitoyables ses collaborateurs bardés de diplômes et incapables d’être pratiques dans leurs vies de tous les jours. C’était à eux qu’il attribua ce qualificatif désormais passé dans le langage courant « intellectuels tarés » .! C’est dire…

Avec Kérékou, on pensait que ce complexe appartenait à une époque révolue et que même analphabètes comme la queue d’un âne, les hommes politiques béninois s’assumeraient comme tels sans jamais vouloir paraître plus qu’ils ne sont en achetant des diplômes, ou en se compromettant dans les trafics de faux documents. Le cas de Rashidi Gbadamassi, le bouillant député de Parakou, est venu nous en boucher un coin.

On le connaissait déjà comme un homme n’ayant pas réussi sa scolarité. Depuis Kerekou 2 où il est apparu tout feu, tout flamme, ses condisciples qui l’avaient abandonné sur le banc de la classe de CM2, savaient qu’il s’était reconverti comme racoleur à la gare routière de Parakou. Être racoleur n’a rien de salissant, ni d’indigne. Chaque fois qu’un passager arrive au parc auto, il faut se dépêcher de lui trouver une place dans un véhicule en direction du lieu où il compte se rendre. Ce service est tarifé sur le coût du trajet, mais versé par le chauffeur. Cependant, comme partout au Bénin, presque tout le monde est de mauvaise foi, il arrive que les chauffeurs comptabilisent mal le nombre de passagers à l’actif de tel ou de tel racoleur. En fait, les chauffeurs utilisent tous les subterfuges pour raboter, reduire au maximum la somme due à ces braves. De sorte que, ceux d’entre qui ont un peu de caractère, n’aiment pas se laisser rouler dans la farine. C’est comme cela que Rashidi, notre Rashidi national, faisait parler de lui. Avec son gabarit et sa voix rocailleuse, il avait déjà de quoi se faire respecter. Mais est-ce à cause de cela que Ibrahim Idrissou, l’autre énigme de Parakou, président de la Fédération de Pétanque, imitateur de Kérékou par sa voix nasillarde, a osé dire de lui, qu’il avait des accointances avec les milieux criminels ? Est-ce également pour les mêmes raisons que des accusations du genre, assorties d’autres qualificatifs plus mordants, furent jetés sur lui par Mme Vieira Soglo ?

En tout cas, populaire dans la huitième circonscription électorale, devenu homme d’affaires, généreux envers ses compagnons d’infortune, le taureau de Parakou a grandi et gravi les échelons. Maire, puis Député, il se réclame désormais intellectuel. Lors de ses monologues à la radio ou à la télévision, il traite les autres d’ «adolescents politiques », pousse sans rire le bouchon jusqu’à s’autoproclamer « agrégé politique ». Bien qu’il ait progressé en expression orale, qu’il ait des rattrapages à faire en concordance de temps, que des fautes de langue tartinent violemment son phrasé, on se disait grossomodo que son niveau était à peine approximatif pour ses hautes prétentions intellectuelles. C’est oublier qu’il avait un plan d’enfer dans ses projets: devenir coûte que coûte diplômé d’université sans CEP, ni BEPC, ni BAC, sans autre diplôme que son expérience et la validation de ses acquis. On raconte qu’il se serait inscrit non pas en Seconde, ni en Première, ni en Terminale. Mais en Master à l’université de Parakou.

La classe !

En tout cas, on lui conseille une chose, une seule: le bataillon de professeurs pour l’assister et rendre sa copie irréprochable lors de l’examen sur table. Au moins, cette option serait plus crédible et plus conforme à l’image du personnage. Eyadema, décidément, a fait des émules au Bénin. Ce n’était qu’une question de patience.

Florent Couao-Zotti, Ecrivain

Commentaires

Commentaires du site 7
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    Merci d’avoir mis notre doigt, dans la rigolade, sur un drame qui se joue sous nos yeux. Des gens qui veulent tout avoir sans effort et par tricherie.

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    K Thomas Il y a 9 mois

    J’espère que vous n’êtes pas sérieux quand vous parlez  d’efforts… de niveau de la sphère politique que très peu pourront atteindre… et même de félicitations!… 
    Chapeau Florent! L’art de faire passer le message avec humour dans un texte à la fois simple et de très grande qualité! 

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    Tu as oublié qu’il s’est positionné pour la magistrature suprême du pays après celui qui l’exerce actuellement !

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    Prince Toffa 1er Il y a 9 mois

    Mr Florent Coua-zotti, vous avez noirci vos pages juste pour s’attaquer au niveau d’instruction d’un seul homme qui, vous le dites, n’a pas le CEP mais a pourtant pu s’ériger par ses efforts à un niveau de la sphère politique que très peu pourront atteindre. Je croyais qu’il méritait Félicitations !

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      K Thomas Il y a 9 mois

      J’espère que vous n’êtes pas sérieux quand vous parlez  d’efforts… de niveau de la sphère politique que très peu pourront atteindre… et même de félicitations!… 
      Chapeau Florent! L’art de faire passer le message avec humour dans un texte à la fois simple et de très grande qualité! 

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        Prince Toffa 1er Il y a 9 mois

        Vous etes du coté de la raillerie, sous l’angle du sarcasme; donc nous ne voyons pas les faits de la meme façon. Ce qui m’intéresse moi, c’est la comparaison entre le départ miséreux et l’arrivée quelque peu appréciable de ce Monsieur.

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      Paul Ahéhénou Il y a 9 mois

      Ne nous forcez pas à dire la nature des ‘efforts’ qu’il a dû consentir pour devenir ce qu’il est politiquement, le soi-disant “honorable”, qui sous d’autres cieux aurait porté plutôt d’autre qualificatif que je n’ose pas employer par respect pour LNT qui nous oblige au respect de leur charte. Il est ce qu’il est et continue de l’être parce qu’au Bénin le ridicule ne tue pas. Ce n’est pas pour rien qu’il change plus vite la couleur de sa veste que le caméléon, pour se camoufler et éviter tout ennui.
      Merci Florent pour cette belle plume, et l’humour. Je me suis bien marré.