Afrique : telle économie, tel football

Afrique : telle économie, tel football

La question mérite d'être posée : le niveau de développement économique d'un pays détermine-t-il le niveau d'évolution de son football ? Ce n'est pas encore vrai partout dans le monde.

S’inventer ou réinventer la roue

Il en va tout autrement en Afrique et pour l’Afrique. On peut le dire sur tous les tons et le conjuguer à tous les temps, le football africain est à l’image des économies africaines.

Commençons par reconnaître un fait contemporain massif : le football, sorti de ses langes d’amateur, libéré des parures d’un sport de dimanche, est une industrie. C’est du gros business. Comme tel, il met en mouvement des milliards d’acteurs à divers titres. Il mobilise des milliards et des milliards de nos francs. Il contribue à la richesse, à l’enrichissement des pays, des entreprises, des individus. Il pèse d’un poids respectable dans les produits intérieurs bruts. Il a la cote sur les grandes places boursières de la planète.

Ce statut enviable du football de haute compétition répond à une implacable logique : à pays développé, pourrait-t-on dire, football développé ; à pays sous développé, football sous-développé. Le standing économique d’un pays semble aller de pair avec le niveau de son football. Le Brésil, nation de football s’il en fut, a fini par se laisser distancé par les nations plus développées d’Europe occidentale notamment. La Chine amorce sa rentrée dans le cercle des grands. Elle se prépare à gravir des échelons. Elle tente de hisser son football au niveau de ses performances économiques.

Et l’Afrique ? Le football qui se développe sur notre contient épouse, jusqu’à la caricature, les contours de nos économies encore sous-développées. Les économies des pays africains ont trois caractéristiques majeures. Des caractéristiques que reproduisent fidèlement le football de chacun de ces pays.
Première caractéristique : produire ce qu’on ne consomme pas. Tous les jeunes talents du football africain, formés en Afrique, ont leur avenir professionnel hors d’Afrique. Nous les faisons grandir sur nos installations. Nous les faisons mûrir à la sueur de nos fronts. Exactement comme nous faisons dans nos champs avec notre café, notre cacao ou notre coton. Destination finale : l’extérieur. Nos jeunes talents, ces perles sorties de nos entrailles, sont vendus à vil prix. Ils vont faire les beaux jours de Manchester United, de Barcelone, du Paris Saint Germain ou du Milan FC. Même image, même destin avec nos matières premières agricoles. Elles sont transformées en produits finis loin de la terre où elles ont été produites. Tout comme les jeunes talents africains sont métamorphosés en stars sur les gazons d’Europe, loin du berceau qui les a vus grandir. L’Afrique produit de la bonne nourriture. Mais elle ne la consomme pas. Tout se passe comme si elle était dressée pour consommer ce qu’elle ne produit pas.
Deuxième caractéristique : consommer ce qu’on ne produit pas. Constatez-le vous-mêmes : tout ce qui sert le football en Afrique, en dehors du “bô”, des scarifications et autres préparations magiques, nous vient de l’extérieur. Le ballon, le sifflet et la montre de l’arbitre, les équipements divers, du maillot au flottant, des filets de goal au gazon synthétique, et très souvent l’entraîneur sont des produits d’importation. Ici comme ailleurs, c’est la même destination et le même destin avec tous les produits de consommation courante dont nous nous gavons : farine de blé, vin, beurre, liqueurs diverses, sans oublier nos véhicules, nos climatiseurs, nos portables, nos ordinateurs…Nous sommes environnés de choses et d’autres dont résonne notre quotidien. Nous ne les produisons pas. Nous n’en connaissons pas souvent l’origine. Mais nous les consommons en désordre, dans l’inconscience la plus totale.

-Troisième caractéristique : enrichir les autres en continuant de chérir sa pauvreté. Nos matières premières enrichissent les pays développés qui, soit dit en passant, en fixent le prix, dans un système inique d’échange inégal. Nos jeunes talents de football, bradés à vil prix, ne cessent d’alourdir la bourse des grands clubs européens. Le “mercato” européen ruisselle de milliards de nos francs. Dans le même temps, nos produits de consommation nous reviennent de plus en plus chers. Plus grave : ils font de nous des importateurs nets de nouvelles maladies : tension artérielle, diabète, surcharge pondérale et autres désordres cardio-vasculaires. Quand on est ainsi accablé, on est loin du but. Et qui est loin du but ne risque pas de gagner. A la vérité, il ne gagne jamais.

Commentaires

Commentaires du site 1
  • Avatar commentaire
    Tchité Il y a 5 mois

    Encore une très belle analyse et un excellent parallélisme.