Déclarations de Talon aux syndicats : Le Pag apparaît comme un véritable dol

Déclarations de Talon aux syndicats : Le Pag apparaît comme un véritable dol

Dans son entretien  avec les syndicalistes pour discuter de leurs revendications, le président Talon a offert au peuple béninois sa vision de la démocratie.  

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Dans son entretien avec  le clergé catholique, il reviendra indirectement sur la question, en indiquant que personne ne devrait être surpris des actions qu’il mène aujourd’hui, puisqu’il les avait annoncées avant et  au cours de la campagne électorale. Mais l’examen comparatif du programme du candidat Talon et les actions menées en moins de deux ans par son gouvernement met à nu le pot aux roses : le Pag est un véritable dol.

Dans son exposé, le président suggère une division du travail entre les citoyens et leur représentation. Le président rappelle que, les citoyens élisent les députes comme leur représentants et leur donnent le pouvoir de faire des lois, conformément à la constitution.  Dans le même ordre d’idées, le président suggère que les actions menées par l’exécutif ne sont susceptibles d’aucun recours, en dehors de la future échéance électorale.

Les lois votées par le parlement ne peuvent être contestées ?

Dans ces conditions, les lois votées par le parlement ne devraient pas être contestées par les citoyens. Il ajoute même que dans certains pays (démocratiques ?) –que nous ne connaissons pas- il est interdit de contester les lois votées par le parlement. Le président confond peut être lois et décisions de justice…Pouvons-nous rappeler au président qu’en 1984, en France,  le gouvernement Mauroy fut contraint à la démission après le mouvement de l’école libre animé par la hiérarchie catholique en opposition au projet de réforme d’Alain Savary pourtant soutenu par la majorité du parlement. Rappelons que le projet Savary ne faisait que mettre en œuvre la promesse publique contenue dans le programme du candidat Mitterrand démocratiquement élu trois ans auparavant en Mai 1981.  Ce qui est légitime pour la hiérarchie catholique ne le serait-il pas pour les syndicats et autres organisations politiques chez nous ?

La réalité est que nous avons au parlement béninois des députes qui sont élus sans aucun programme politique et qui sembleraient –si l’on en croit les propos de la doyenne d’âge Rosine Soglo- se mettre au service du plus offrant. A-t-on vu la suppression du droit de grève à certaines catégories dans le programme des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale ? Cette mesure qui transforme radicalement les modalités d’exercice des libertés syndicales fait-elle partie des 18 propositions du « nouveau départ » base de l’élection du candidat Talon ?

Quel sérieux accorder à des députés qui votent des lois sans organiser en commission des débats permettant d’écouter les experts, les partenaires sociaux et autres, se contentant d’écouter les instructions à peine déguisées du gouvernement ?

A quel  titre les Béninois qui se sentent avoir été l’objet d’un dol par le candidat Talon et les députés du bloc dit de la majorité présidentielle, doivent ils  déférence à des gens qui les ont trompés sur leurs intentions et leur programme ?

La légitimité des représentants élus est basée sur leur capacité à refléter fidèlement les sentiments et  les intérêts de la majorité du peuple. Il est certes difficile de mesurer ces sentiments, mais à l’évidence les manifestations des syndicats et autres organisations n’est pas un signe de soutien au gouvernement et aux députés de sa soi-disant majorité.

On ne peut demander aux citoyens de se croiser les bras une fois qu’ils ont éludes députés ou un président et d’applaudir aveuglement toutes les actions de ceux-ci au prétexte que des élections ont eu lieu. Il ne s’agit pas d’abréger le terme des élus –sauf faute graves-, mais d’exercer la veille citoyenne, le contrôle citoyen sur l’action publique afin de s’assurer que les élus s’en tiennent à leurs engagements et ne déstructurent pas la société. Faire et défaire tous les cinq ou dix ans, un gouvernement comme semble le suggérer Talon n’est sûrement pas une recette de progrès social.

Programme de gouvernement et contrat social

Le président Houngbédji aurait déclaré « les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les écoutent ».  Ces propos –s’ils étaient avérés-révèleraient un cynisme et un mépris profond des électeurs qui enlèverait toute légitimité aux élus. Certes on peut comprendre que des circonstances particulières, imprévues, retardent l’application intégrale des programmes des candidats. Mais le programme annoncé par un candidat est la base sur laquelle les électeurs le choisissent. Il constitue en quelque sorte le contrat entre l’élu et ses sélecteurs. Toute déviation significative de ce programme constitue un dol (tromperie lors la signature d’un contrat) pouvant légitimer la rupture du contrat, la défiance, le rejet des décisions et actions de l’élu par les électeurs, même si notre constitution proscrit des mandats  impératifs.

« Mes actions ne doivent surprendre personne » dixit le président Talon

Le président Talon lors de sa rencontre avec le clergé a déclaré avoir promis des réformes et que dès lors, ses actions ne devraient surprendre personne. A ceci près que les réformes exécutées jusque-là soit ne figuraient nulle part dans le programme du candidat Talon, soit sont à l’opposé des proclamations du programme du candidat Talon. Citons pèle mêle :

  • Où est ce que le programme du candidat Talon prévoit la non-exécution des décisions de la cour constitutionnelle comme celle cassant les restrictions apportées à la liberté d’association des étudiants de l’UAC ?
  • Où dans le programme du candidat Talon est-il prévu de faire du CSM un appendice des pouvoirs législatifs et exécutif en y introduisant ministres et représentants de l’assemblée, alors que son programme stipule « restructurer le CSM de façon à ce que le pouvoir exécutif n’y joue plus un rôle prépondérant » (page 6 du programme du candidat Talon – Nouveau Départ »?
  • Où dans le programme du candidat Talon est-il prévu de détruire habitations et commerces de fortune des petites gens en vue d’ »embellir les villes »
  • Dans son programme relatif à la diplomatie, il est écrit « identifier les personnes les plus compétentes, quelles que soient leur couleurs politiques pour assurer les fonctions diplomatiques dans le nouveau contexte de la Diplomatie de Développement » (p10).  En quoi les ambassadeurs au Vatican (géographe), au Maroc (avocat), au Brésil (journaliste), tous parents directs du président Talon correspondent-ils à ce profil ?
  • Dans la partie relative à l’administration, le candidat Talon écrivait « Pourvoir les hautes fonctions de l’administration par appel à candidature… » (p8). On serait à la peine de trouver un seul appel public à candidature pour le recrutement des nombreux cadres nommés dans la haute administration par le gouvernement Talon.
  • Au cœur du mouvement social actuel il y a les revendications des agents de santé auxquels le programme du candidat Talon promettait « entreprendre immédiatement (souligné par nous) une négociation sociale avec les personnels de santé en vue de satisfaire aux mieux les revendications (p 40).
  • Au titre de l’Ecole, la seule promesse du candidat Talon qui ait connu un début d’exécution est celle de la rationalisation de la carte par la fermeture des universités anarchiquement créés dans les hameaux de village par le pouvoir précèdent.
  • Au niveau de la décentralisation, si les chefs-lieux de département ont été effectivement désignés, mettant fin à des décennies d’atermoiements. « Le transfert des compétences de l’Etat vers les communes », loin d’être accéléré comme le promettait le candidat Talon (p25), connaît un recul manifeste avec les destitutions orchestrées d’élus locaux, l’intervention illégale de la préfecture et du ministère de l’intérieur à la mairie de Cotonou pour cause de vendetta présidentielle.
  • Au plan économique, au lieu de faire comme le stipule son programme « mettre en œuvre un plan d’investissement massif faisant du secteur agricole le principal levier de développement économique, et de création de richesses et d’emplois » (p28), c’est le tourisme qui reçoit l’essentiel des investissements et de l’attention gouvernementale à travers le PAG.
  • Au lieu de remédier « au harcèlement par les services de contrôle fiscal » (p33) comme promis, ce à quoi on assiste, ce sont les contrôles ciblés contre les opposants réels ou potentiels, avec des violations flagrantes des protocoles existants… ( Ajavon, Sale etc…)
  • Au lieu « d’ouvrir les négociations entre l’Etat, les partenaires sociaux et le patronat pour relever significativement le SMIG » (p37), on assiste à un blocage du dialogue social.

On pourrait continuer, tant la liste est longue ! Au total le programme « Nouveau Départ » du candidat Talon apparait comme une vaste tromperie du peuple, un dol.

Dans ces conditions, ils surprenant d’entendre le président Talon dire que ses actions ne doivent surprendre personne. Il est dès lors tout à fait légitime que les populations, les travailleurs perdent toute confiance dans le gouvernement et sa capacité à prendre en compte de lui-même leurs intérêts.

Jean F. Houessou
Atlanta Usa

Commentaires

Commentaires du site 7
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    Gombo offline Il y a 2 mois

    Lire fruit de notre travail

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    Cathie Il y a 2 mois

    Nous devons revoir notre constitution car le Président de la République élu et les députés n’ont aucun lien politique. Une fois élu, le président de la république va à la pêche aux députés qui eux-mêmes n’ont aucune conviction et ligne politique.

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    Voici un PR qui fait sa confession devant les évêques et ment encore. Double péchés oui. Heureusement qu’il y a encore des historiens du présent dans ce pays comme vous, M. Jean F. Houessou, pour apporter la contradictions aux mensomges au sommet de l’Etat, Courage à vous et pensez à divulger cela en d’autres langues du apys pour meiux éclairer la peuple.

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    Patriote Il y a 2 mois

    C est ca la democratie. Le president dit vrai. Dans le cas contraire c est l anarchie.

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      qu’appelez vous anarchie ?
      que les citoyens exercent leur droit de veille et de controle ?
      que les travailleurs rappellent au president que c’est eux et non lui qui a construit la democratie sur laquelle il vient gloser de facon maladroite ?
      voila un aventurier elu president par defaut qui veut que nous abdiquions notre responsabilite de construire notre avenir, de veiller a la perneeite de notre societe, et que nous lui donnions carte blanche pendant 5 ans pour depecer l’economie , embastiller ses fils, detruire ses outils de production ? NON

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        Dr Noël ADANNOU ZONON Il y a 2 mois

        A vous entendre on dirait qu’on est pas dans le même monde. Dans ce monde cette jungle où les plus forts dévorent les plus faibles vous ne parlez jamais de travail mais de liberté. Les pauvres veulent juste un peu plus de justice et d’équité.

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          Gombo offline Il y a 2 mois

          Ou se trouvent la justice et l’equite quand le clan talon donne sans appel d’offres des contrats a ses fils, promeut parents, brade le patrimoine public a l’etranger ( le port etant le dernier en date) !
          Vous parlez de travail comme si les gens refusaient de travailler sans raison !
          La greve est le dernier recours des travailleurs , auquel ils n’ont recours qu’en desepoir de cause !
          Voulez vous nous dire que depuis 60 ans on ne travaille pas au Benin ?
          Et pourtant on continue de s’appauvrir parce que le fruit de notre est accapare par l’etranger, les politiciens locaux et leur sbires soit par des detournements, des vo-ls et escroqueries – le president en tete -, le pillage et les transfert de nos richesses a l’etranger…
          On aura beau travailler 100h par semaine, tant que ce systeme de vo-l par les etrangers et les politiciens regnera on continuera d’etre pauvres et miserable