Faisons tout à partir du chiendent : Plaidoyer pour une économie de la demande et de l’offre

Faisons tout à partir du chiendent : Plaidoyer pour une économie de la demande et de l’offre

Je me rappelle très distinctement ce titre apparemment paradoxal du livre du Professeur Albert Tévoédjré publié dans les années 1970 avec le titre suivant: "Pauvreté,richesse des peuples".

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Tout au début de ce merveilleux livre,l’auteur nous exhorte à faire comme les Chinois en construisant notre développement à partir de ce que la nature a mis à notre disposition en disant :“les Chinois ont tout fait à partir du bambou; nous aussi, faisons tout à partir du chiendent” Le titre et cette exhortation pourraient sembler étranges à première vue mais quand on y réfléchit une seconde,on y découvre une sagesse qui nous éblouit par sa simplicité toute Confucéenne.

Ce titre peut être un écho à “La richesse des nations” de Adam Smith qui a peut-être marqué la tragédie de l’humanité lancée dans la recherche frénétique de la richesse et de l’argent en leur sacrifiant tout ce qu’il y a d’essentiel en l’homme. En effet quand la pauvreté n’est pas le dénuement total qui vous paralyse mais le refus du superflu et de l’abondance,on a les moyens d’agir sur son environnement pour en tirer ce dont on a besoin pour une vie décente où on ne manque pas de l’essentiel que l’auteur appelle pauvreté. Pauvreté et non Misère répétons-le. Il semble que le Chef de l’Etat aurait dit aux autorités religieuses islamiques que l’on peut vivre deux jours sur 600fcfa,soit 9000f par mois. Aucun Chef d’État ne devrait tenir ces propos car cela mettrait les hommes et les femmes qu’il dirige très loin au-dessous du seuil de pauvreté, ce qu’on appelle en anglais “under the breadline”, même en-dessous du prix du pain.Il faut avoir de sérieux problèmes mentaux pour prendre le seuil de pauvreté comme référence pour son peuple.

Il n’y a guère longtemps, nous parlions des stratégies de réduction de la pauvreté.Il ne s’agissait pas d’une mode qui passerait comme toute mode mais de la réalité et d’une exigence pour tirer l’humanité vers le haut et la sortir de l’infrahumain.

Sans le dire aussi explicitement le”Faisons tout à partir du chiendent” du Professeur Albert Tévoédjré appelle à une économie à la fois de la demande et de l’offre.

Une économie de la demande

A quoi correspondrait une économie de la demande dans notre cas en ce moment? Nos besoins sont immenses et couvrent tous les aspects de notre vie.On ne peut se développer et atteindre l’autosuffisance dans tous les domaines en laissant des pans entiers de notre vie à la merci de nos importations dans tous les domaines.Le mal de l’Afrique,comme disent les experts c’est de produire ce que nous ne consommons pas et de consommer ce que nous ne produisons pas.Cet écartèlement de l’Africain est la source même de sa dépendance vis-à-vis du monde extérieur, laquelle dépendance entretient notre sous-développement et notre retard par rapport aux autres continents. Ce retard dans notre développement met nos populations dans une vulnérabilité telle qu’elles sont perçues comme une race congénitalement inférieure .Les derniers événements de Libye qui ont révolté la conscience du monde entier trouve son explication dans ce sous-développement auto-entretenu dans laquelle nous semblons nous complaire.

Le Négro-africain est-il incapable de l’effort que font les autres peuples ou est -il frappé d’une malédiction qui le poursuit depuis les temps bibliques où Noé aurait maudit son fils Cham en le vouant au destin “d’esclave des esclaves de ses frères”?Quelle que soit la raison de cette situation de servitude ,des solutions de sortie de la fatalité existent et c’est bien Hegel qui nous suggère que l’esclave finit par devenir le maître de son ancien maître dans sa fameuse dialectique du maitre et de l’esclave .En termes clairs,à force de faire et d’apprendre en faisant,l’esclave finit par mieux maitriser la situation que le maître et inverser les positions.

Pour nous au Bénin comment pouvons-nous le mieux traduire cette dialectique dans les faits? Avons-nous l’intelligence et la volonté nécessaires pour entreprendre la longue marche vers la sortie du tunnel et vers la lumière ?

Si nous consommons ce que nous ne produisons pas,quand allons-nous commencer à produire et à consommer ce que nous produisons? Il n’y a pas bien longtemps nos pères formaient les nations du Tiers-Monde avec les Chinois,les Coréens,les Malaisiens et les peuples d’Asie du Sud-Est que nous appelons les quatre Dragons? Hong-Kong,Taiwan, la Corée du Sud et Singapour.Ce dernier pays a l’un des taux de revenu par tête d’habitant les plus élevés et la Corée du Sud est la 8e puissance économique mondiale .De tous les pays qui étaient à la Conférence Bandoung en avril 1955,les pays africains sont les seuls encore à la traîne. Même le Vietnam qui n’a connu que la guerre de 1954 à 1973 est en passe de devenir un géant économique pendant que les États africains continuent de se chercher ou même de s’amuser à des futilités au lieu de chercher à gagner des parts du marché mondial .Même les pays de l’Afrique maghrébine deviennent des donneurs d’aide à l’instar du Maroc.

S’il y a un secret pour le développement et le progrès social,cela a-t-il été caché aux Négro-africains pour qu’ils ne le découvrent pas eux aussi?

Les pays d’Asie du Sud-Est ont certainement bénéficié des circonstances historiques de la guerre froide et de l’endiguement du Communisme de la doctrine d’Einsenhower qui a fait converger vers eux des quantités énormes de capitaux pour éviter qu’ils ne sombrent dans le Communisme.Pour la Corée du Sud par exemple,après la guerre de Corée,les apports en capitaux américains dans l’essor économique de ce pays représentaient 8% du PNB en aide financière et 64% des investissements, mais les capitaux seuls n’expliquent pas l’émergence économique de ce pays. Au nombre des facteurs de développement il faut bien retenir l’homme, la technologie, l’énergie la terre et les ressources naturelles.

Une économie mercantiliste stérile

De ces facteurs de développement lesquels manquent à l’Afrique noire? La Guinée-Conakry, la République Démocratique du Congo sont des scandales géologiques avec leurs fabuleuses ressources naturelles et un climat absolument favorable au développement de l’agriculture ; pourtant ils sont dans le peloton de queue en matière de développement. Le Bénin est dans ce même peloton de queue. C’est donc qu’il y a quelque chose qui les empêche d’accéder au peloton de tête comme les pays du Sud-Est asiatique.

Nous sommes partis de la thèse selon laquelle les pays africains consomment ce qu’ils ne produisent pas et produisent ce qu’ils ne consomment pas.Les données de l’équation étant connues,l’équation est simple et facile à résoudre. Il suffirait d’arrêter une stratégie de développement comme dans toutes guerres.Nous produisons des denrées que nous exportons sans valeur ajoutée comme le coton qui est notre premier produit d’exportation.Avec une bonne politique de développement et le transfert des technologies appropriées,il n’y a aucune raison de penser que le Bénin ne serait pas à la fois un gros producteur de coton et exportateur de tissus Made in Benin.

Depuis que notre pays est dans le coton Patrice Talon qui est fier de se nommer le roi ou le magnat du coton,le il n’a jamais pensé qu’il pouvait placer notre pays sur la scène internationale dans ce domaine. Depuis les années ou la Cfdt faisait la promotion du coton chez-nous sous les attaques anti-impérialistes et anticolonialistes de la jeunesse estudiantine de notre pays,nous nous sommes enfermés dans une économie mercantiliste stérile de type colonial qui n’a jamais développé nos campagnes ni renfloué les caisses de l’Etat pour des investissements conséquents dans d’autres secteurs.Le Burkina Faso vient de nous administrer une bonne leçon d’intelligence économique en signant avec la Turquie cet accord au terme duquel le coton burkinabé sera transformé sur place,créant autour de onze mille emplois.C’est cela faire du développement sans pour autant s’appeler compétiteur-né.

Quand on considère le miracle Sud-Coréen ,il faut savoir ou se rappeler que ce pays était parti de l’industrie textile qui représentait 76,8%,contre 60,7% d’industries alimentaires et 63,7 d’autres industries de transformation alors que la Corée du Nord communiste consacrait 92,7% à l’industrie lourde et 39,3% aux industries alimentaires.On en a aujourd’hui les résultats dans le développement de l’armement et le nucléaire Nord-Coréen avec un sérieux retard dans la production des biens de consommation qui pénalise le niveau de vie des Nord-Coréens

Si la Corée du Sud a consacré beaucoup d’efforts aux industries de substitution,elle a dû amorcer une réorientation stratégique en mettant l’accent sur les exportations avec le général Park Chung Hee dès 1961.Il n’y a pas de mystère dans la politique de développement et ce n’est certainement pas en distrayant les ressources financières existantes dans des opérations inutiles comme le Ravip qu’on arrivera a satisfaire les besoins en développement.

La politique de transformation de nos produits locaux peut seule nous préparer à entrer dans l’ère industrielle quand les autres sont déjà dans l’ère postindustrielle et la cybernétique. Une bonne politique économique de la demande nous assurera la préservation des ressources financières qui allaient jusque-là aux importations qui enrichissaient au contraire les pays exportateurs.Tous les étudiants des sériés économiques s’aventurant qu’il vaut mieux avoir une balance des paiements excédentaire plutôt que déficitaire; la traduction en termes concrets signifie que les exportations doivent dépasser les importations pour qu’un pays commence à s’enrichir de ses activités industrielles et commerciales.Nos étudiants savent cela mais pas nos hommes et femmes au pouvoir.Cela explique que nous en soyons toujours au même point, à faire du surplace depuis l’indépendance.

Il y a un moyen simple qu’il faut avoir la fermeté d’imposer dans nos échanges en commerce extérieur : le contingentement de nos importations,c’est-à-dire que nos échanges avec chaque pays, doit être équilibré pour un commerce extérieur gagnant-gagnant, où pour X dollars d’importations d’un pays A nous ayons des exportations de la même valeur X dollars pour une balance des paiements impérativement équilibrée.

Que dire de l’économie de l’offre?

Un ami en mission en Belgique,a trouvé le lait de coco en canette dans un supermarché de Bruxelles. Qui a eu la brillante idée de proposer aux Belges un produit qu’ils n’ont pas chez eux mais que nous avons à profusion ? L’économie de l’offre remonte au XIXe siècle français et a été proposé par l’abbé Say en 1802. En anglais ce type d’économie s’appelle “Supplysideeconomics” dont la thèse est qu’il faut juste produire sans attendre une demande car le corollaire de la supplysideeconomics est que tout produit trouve toujours sa propre clientèle sur le marché.Le Président Ronald Reagan l’a appliquée avec succès avant pour créer la prospérité économique aux Etats-Unis.

Cette théorie économique a l’autre avantage de créer des emplois et d’entretenir une économie toujours en mouvement etc… en expansion. Prenons l’exemple des agrumes qui doivent pouvoir nous donner toutes sortes de jus et de cocktails qui favoriseraient l’implantation de grands vergers partout dans notre pays en donnant du travail permanent à un nombre incalculable de gens et donneraient à nos campagnes la beauté devant laquelle nous nous extasions dans les autres pays. Quand Israël a fait reverdir le désert du Néguev nous y envoyons nos étudiants pour des stages d’agro-économie dont d’ailleurs rien ne sort jamais.

Voyageant d’Istanbul à Rabat, j’étais en compagnie de jeunes agronomes turcs qui allaient en séminaire sur les oranges au Maroc .Située dans le climat méditerranéen chaud la Turquie avait des agrumes et partageait son savoir-faire avec le Maroc dans une coopération régionale qui enrichit chacun des deux pays.

Les pays d’Afrique forestière peuvent devenir un grenier pour l’Afrique sahélienne qui, elle nous fournirait la viande dans une espèce de communauté des céréales et de la viande.Ce serait l’intégration de nos économies qui attirerait des investissements étrangers car dans une économie globalisée comme celle dans laquelle nous vivons,les capitaux ne cherchent que des marchés porteurs pour peu que l’intelligence soit aux commandes de nos Etats et non l’inexpérience et la bêtise.

“Tu seras l’esclave des esclaves de tes frères” n’est pas une malédiction contre le Négro-Africain mais la preuve de son manque de proactivité car ayant vu la nudité de son père, Cham aurait dû avoir l’intelligence de couvrir sa nudité, c’est-à-dire de faire la chose appropriée quand il le fallait et d’en rendre compte,s’il le veut à ses frères.Mais au lieu de cela, l’amusement aux dépens de la dignité de son père a été plus important pour lui. Quand on ne fait pas les choses qui s’imposent dans le temps qu’il faut et qu’on préfère s’occuper de ce qui n’est pas utile, il ne faut pas s’étonner que les autres peuples avancent et nous Négro-Africains traînons encore à la queue.

Une autre chose que le cas de la Corée du Sud nous a enseignée, ce sont les investissements massifs dans l’enseignement supérieur et la recherche A ce propos, la politique de la Rupture dans le domaine va à contresens du progrès car ce n’est pas en fermant les portes des universités qu’on favorise la formation des ressources humaines en qualité et en quantité pour amorcer le progrès économique et humain.Dans ce domaine,la Corée du Sud a encore de précieuses leçons à nous enseigner. Si toutefois nous sommes disposés à apprendre

Commentaires

Commentaires du site 2
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    Napoléon1 Il y a 5 mois

    un très bon article Avec une Analyse sortie d’une tête savante.

    Malheureusement les Talon-Boys sont loin de tout cela. A voir de près on a la certitude qu’ils ne savent même pas ce que c’est “developpement”.
    ils veulent développer disent-ils en tenant le peuple à l’écart et en affamant les populations. Bande de nullars.

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    Bonne analyse et beaucoup de pertinence.
    Salut l’auteur.
    Un beau jour, on comprendra