Migrants africains: ne pas renoncer à notre responsabilité de solidarité

Migrants africains: ne pas renoncer à notre responsabilité de solidarité

Si la vive interpellation de l’Algérie sur la question des migrants par le ministre nigérien de la sécurité venait à fâcher Alger, puissance régionale incontournable dans la neutralisation des groupes djihadistes,

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alors la guerre du Sahel serait bien loin d’être gagnée. Mais, là, ne sera pas axé mon propos. Car, le fonds de la pensée de l’officiel nigérien révèle une situation continentale bien plus préoccupante.

J’ai écouté le ministre nigérien de l’intérieur, Mohamed Bazoum, sur la question des migrants ouest-africains bloqués en Afrique du Nord, mercredi dernier sur les antennes de Radio France internationale (RFI) et j’ai été choqué tant par le ton et la forme du message que par le fond de sa pensée. « Nous avons eu de longues discussions avec les autorités algériennes à plusieurs reprises, à l’occasion desquelles nous leur avons demandé de ne plus nous renvoyer des jeunes du Mali, de Guinée et d’autres pays. Nous sommes prêts à accueillir tous les Nigériens que les Algériens ne souhaiteraient plus voir sur leur territoire. Par contre, nous avons dit aux autorités algériennes de cesser de nous envoyer des jeunes Africains », a déclaré Mohamed Bazoum. Et de rappeler que«le Niger n’est pas un dépotoir où on déverse des ressortissants ouest-africains à sa frontière ». Voici les propos du ministre nigérien, tels que rapportés par RFI.

Sans vouloir donner de leçon de diplomatie à personne parce que nous n’en avons pas qualité, il convient, toutefois de noter que le cadre choisi par l’officiel nigérien pour lancer cette interpellation aux autorités algériennes est assez rare dans les rapports entre pays. D’autant que rien ne laissait jusque-là entrevoir des nuages dans les relations entre les deux pays partageant plus de 900 km de frontière. Au-delà de la forme, la réaction du ministre nigérien est, dans le fond, à la fois grave et en contradiction avec la volonté d’intégration africaine. Je m’en explique.

En s’exprimant comme il l’a fait, le ministre nigérien de la sécurité confirme le manque de volonté des chefs d’Etats africains et la médiocre collaboration entre pays africains dans la gestion de la question des migrants. On se rend bien compte qu’après la dernière réunion de l’Union africaine, des pays ont annoncé des initiatives personnelles et c’est tout. Résultat : plusieurs centaines jeunes africains sont encore entassés dans des camps en Afrique du nord et la vie continue. Ils clament à longueur de journée que la jeunesse dans les pays africain est un atout, mais ils se comportent comme si elle est un problème dont ils cherchent à se débarrasser.

Plus grave encore, les propos de Mohamed Bazoum montrent clairement que la solidarité, valeur africaine par essence, est en train de foutre le camp sur la crise des migrants. Qu’un officiel africain parle de dépotoir en faisant allusion à ces «jeunes frères», c’est ahurissant, indigne et effrayant. Et, le dire, ce n’est pas qu’exprimer une émotion. C’est aussi rappeler aux autorités africaines et aux citoyens africains leurs devoirs de respecter les engagements auxquels les Etats ont souscrit au nom des peuples que nous sommes tous. L’acte fondateur de l’Union Africaine, adopté le 11 juillet 2000 à Lomé dans la capitale togolaise, prescrit, en son article 3 relatif aux objectifs ce qui suit :«réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et entre les peuples d’Afrique ».

C’est donc un devoir pour le Niger de recevoir les migrants refoulés par l’Algérie quitte à les acheminer dans leurs pays respectifs en collaboration avec les Etats concernés et les Ongs internationales. J’ai coutume de dire qu’il faut copier ce qui est bon. Aujourd’hui, ce type de collaboration intelligente est très  bien huilée au sein des pays occidentaux. On peut comprendre que chaque pays a ses propres contingences financières, mais, on parle ici d’êtres humains de jeunes africains, avenirs du continent. Les pays africains sont en retard sur l’industrialisation et le rendez-vous avec les Technologies de l’information et de la communication (TIC).

Si les pays africains, renoncent à investir dans l’humain, alors tous ces rendez-vous importants ne seront plus jamais envisageables. Que restera-t-il à ce continent si la jeunesse, ou l’humain tout simplement n’est plus au cœur de ses préoccupations. Si les efforts d’intégration africaine peinent jusqu’à présent à aboutir à des résultats concrets, c’est parce que la conduite des réflexions et la prise des décisions sur le sujet se font d’abord et avant à un niveau trop élitiste. L’Afrique s’en sortira par l’intégration à la base qui, elle-même, passe par plus de solidarité. Solidarité des Etats envers leurs ressortissants et solidarité entre les Africains sans distinction aucune.

C’est un devoir auquel aucun pays ou aucun citoyen africain ne doit se soustraire sous aucun prétexte.

Commentaires

Commentaires du site 4
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    GbetoMagnon Il y a 9 mois

    “…notre responsabilité de solidarité”.. Et de contrôle des trafiquants qui recrutent et opèrent à partir des pays de la CEDEAO

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    Jojolabanane Il y a 9 mois

    Pourquoi réaliser  une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et entre les peuples d’Afrique exclurait l’Algérie des fondammentaux ? L’algerie n’est elle pas membre de l’union africaine ?

    Pourquoi l’algerie n’aurait pas pour d’ acheminer directement de son sol et à ses coûts en solidarité africaine ces  migrants dans leurs pays respectifs en collaboration avec les Etats concernés et les Ongs internationale au lieu de les transiter par le Niger pour échapper aux coûts detransfert ?

    L Algerie renvoit en gros le problème noirs aux noirs, se faisant ainsi étranger de l union africaine.

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      Agadjavidjidji Il y a 9 mois

      La verité est que ces gens ne se sont jamais identifiés au Continent Noir! Leur presence dans les instances continentales relevent pour certains de simple formalité et pour d’autres une simple fenetre d’acces au marché du continent(Cas du Maroc et de la Tunisie).

      Faut pas se voiler la face. Les Arabes ne sont pas faits pour cohabiter avec d’autres peuples. C’est incompatible avec leur identité propre.

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    No comment.