Lettre ouverte au Ministre de la Culture

Lettre ouverte au Ministre de la Culture

Monsieur le ministre, Vous êtes en faveur auprès de la nature.

Cela n’arrive pas qu’aux autres

Il a plu, en effet, au Chef de l’Etat de vous confier le département ministériel le plus important et le plus représentatif entre tous : la Culture. C’est le père et la mère de tous les ministères. Au motif qu’un gouvernement aurait pu se limiter à la seule personne du ministre de la Culture. Tout est culturel. Tout baigne dans la culture. Tout en porte le sceau distinctif. Les autres départements ministériels ne répondent qu’au souci d’opérer une division pratique du travail gouvernemental. Sans plus !

Commençons par proposer, Monsieur le ministre, que la Culture soit soustraite au fourre-tout où elle végète et s’étouffe, contrainte et forcée de faire bon ménage avec la Jeunesse, les Sports, les Loisirs et le Tourisme. Pour ce que nous tenons pour le baromètre de l’action gouvernementale, l’autonomie doit être la règle et de règle.

Continuons par l’objet même de cette lettre ouverte. Celui de vous voir poser, tout prochainement, les premières pierres sur quelques chantiers majeurs. Les coups de pioches que vous donnerez à l’occasion résonneront comme le “la” du musicien. Cette toute première note qui libère toutes les autres, telle une pluie bienfaisante sur des terres longtemps assoiffées. Ces coups de pioche seront également vus comme le clap du cinéaste dans un pays qui a décrété la mort du cinéma. Vous avez mission de faire sortir de terre de majestueuses colonnes, celles qui porteront le dôme non moins majestueux de notre Maison de la Culture. Pensez, Monsieur le ministre, à ce temple vivant qui aura pour nous une égale tonalité symbolique et référentielle que le Taj Mahal ou Angkor Vat. Nous dédierons ce temple à l’esprit créateur béninois.

Voici venu le temps de dévoiler vos prochains engagements au service de la Culture. Leur heureuse conclusion changera le visage de notre pays.

1 – Le chantier de l’histoire générale du Bénin. Il y a des histoires sur le Bénin. L’Histoire du Bénin est encore à écrire. Une approche globale dans la perspective de la nation à construire. Elle doit être le fruit des élaborations de nos historiens et chercheurs. Sachez-le, ils sont disponibles pour conduire à bien une telle entreprise. Des documents – mémoires et thèses – abandonnés à la poussière de nos bibliothèques n’attendent que d’être exploités au mieux.

2 – Le chantier pour un renouveau architectural. Le temps du copier-coller est terminé. En architecture, nous n’avons été que trop longtemps à l’école des autres. Incitez nos architectes à donner libre cours à leur génie créateur. Nos maisons, les édifices dans lesquels nous travaillons, nos villes doivent refléter notre être culturel et s’accorder avec notre environnement naturel. Les uns et les autres doivent projeter, en la révélant, notre vision esthétique. Au fait, que faisons-nous, en termes de restauration, des maisons et demeures afro-brésiliennes qui témoignent des pans entiers de notre histoire ?

3 – Le chantier de la renaissance du cinéma béninois. Ici, l’éclipse a été longue et totale. Nous avons enterré tous les pères historiques de notre cinéma. Pendant que, d’un festival à l’autre, Sénégalais, Burkinabé, Ivoiriens et autres Maliens flamboyaient. Le Nigeria nous enseigne désormais, avec Nollywood, une autre manière de faire et de vivre le cinéma. A nos caméras donc. Silence, on tourne !

4 – Le chantier du label Bénin pour la couture et le stylisme. Nos couturiers et nos stylistes n’ont pas attendu qu’on leur tende la perche avant de porter haut leur ambition de créer, d’innover. Ils ne demandent qu’à être accompagnés pour mieux vendre à l’extérieur le label Bénin. Ne dites plus “l’habit ne fait pas le moine”. Reconnaissez que l’habit aide le moine à rentrer en son abbaye et à se faire accepter tel. Que tout Béninois se reconnaisse et se fasse reconnaître par son habit !

5 – Le chantier de la réhabilitation des “Trésors humains vivants” (THV). L’expression est de l’UNESCO. Elle sert à désigner nos sages, détenteurs des savoirs endogènes. Pour les besoins de nos thèses, nous les consultons. Mais, c’est nous qui récoltons mentions, titres et chaires. Nos THV disparaissent dans l’anonymat, laissant derrière eux un vide abyssal. Combien de temps encore cette hémorragie ?

Monsieur le ministre, notre lettre s’arrête ici. Nous vous en souhaitons bonne réception. Lisez-la. Vous n’êtes pas obligé d’y faire suite. Mais de grâce, ne la jetez point dans la corbeille à papier. Remerciements anticipés

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