A quelque chose malheur est bon

A quelque chose malheur est bon

La question est sur les lèvres de toutes les jeunes démocraties. Mais aucune d'elles ne s'engage franchement à la formuler à haute et intelligible voix : l'espace politique est-il un champ de bataille ou un laboratoire de recherche ?

L’Ecole pour refonder le Bénin

Le champ de bataille s’anime du pouvoir d’Etat qui, comme on le sait, bruit du fracas des empoignades, du choc des intérêts contraires. C’est l’espace de la politique politicienne. Le laboratoire ouvre et offre un espace de recherche. Cela appelle à l’humilité, à la patience, à la rigueur, au questionnement. C’est l’espace du développement durable.

Tenons, un instant, notre pays pour un laboratoire de recherche. Au-delà de nos querelles familières. Par-dessus nos contradictions de toujours. Toutes les questions qui fâchent, mais qui ne concernent pas moins notre avenir commun, changeraient de tonalité. Nous cesserions de nous accuser les uns les autres, de nous opposer les uns aux autres. Chacun se ferait fort de réfléchir sur ces questions. Chacun se déterminerait à y apporter des solutions. Eloignons-nous donc du champ de bataille pour nous rapprocher du laboratoire de recherche. Offrons-nous une belle occasion de poser et de nous poser, aussi franchement que calmement, les questions qui conditionnent notre présent et déterminent notre futur. Trois questions pour conduire cet exercice.

1 – Est-il juste et sain que le Port autonome de Cotonou soit confié à l’expertise et au contrôle d’un groupe étranger ? La haute autorité, comme qui dirait, estime que la compétence et l’efficacité n’ont pas de couleur. Aussi nous invite-t-elle à nous débarrasser de tout complexe pour aller chercher ces denrées rares partout où elles seraient disponibles. Juste le temps de prendre de la graine et de nous faire la main pour que, à notre tour, nous épousions, pour le meilleur, le geste auguste du semeur.

Dans une approche de recherche, on rétorquerait que le Port autonome de Cotonou est un espace de souveraineté. Rien de comparable avec une équipe nationale de football, pour laquelle on pourrait se montrer peu regardant quant à la nationalité de son coach. Pour un port, poumon de l’économie d’un pays, frontière et cordon douanier, il en va tout autrement. C’est un impératif d’Etat, au nom de la souveraineté et de la sécurité, de trouver pour sa gestion l’oiseau rare local. Ceci, au terme d’un appel à candidature en règle, à la suite d’une enquête de moralité systématique, sous l’aiguillon d’un contrôle et d’un suivi-évaluation rigoureux. Parodions le fabuliste : “Ne bradez point votre patrimoine. Un trésor est caché dedans”.

2 – La libération des espaces publics, à Cotonou notamment, a-t-elle été conduite sans bavure et dans les règles de l’art ? Qui occupe l’espace public sans y être autorisé s’arroge de prérogatives indues. Puisqu’il n’a rien à y faire, il peut être dégagé toutes affaires cessantes. Voilà pour le principe. Il est clair et il ne souffre la moindre ambigüité. Et quand c’est le Chef de l’Etat qui vient en appui, il y rajoute le poids de son autorité. Les principes sont nécessaires pour gérer la cité. Mais le terrain a ses raisons que la raison ne connaît pas. Et que dit précisément le terrain ? “Libération des espaces publics d’accord, mais l’homme d’abord !” Pourquoi ?

Sous ce chapitre précis, la gouvernance du Président Patrice Talon, s’en est tenue au principe. Mais elle a fermé les yeux sur la denrée première constitutive de tout projet de développement : l’homme. Six mois de préavis ? Oui, mais sans contenu précis en termes de consultation, de communication, de concertation, de compromis dynamiques. Dans l’oubli de faire adosser à ce temps de préavis cette idée forte : “Tout ce qui est fait pour vous, mais sans vous est fait contre vous”. La dimension humaine de l’opération aura été ignorée : une opération sans un accompagnement minimal ; une opération qui a détruit en partie le tissu économique primaire de la ville ; une opération frappée au coin de l’impréparation, les espaces libérés de leurs occupants attendant toujours d’être libérés du vide et du néant.

3- Pourquoi ne disons-nous pas ce que nous faisons, et ne faisons-nous pas ce que nous disons ? N’épiloguons pas sur ce que chacun sait. Le Chef de l’Etat commence par rectifier le tir. Qu’on y croit ou non, la communication est l’atout-maître de celui qui ambitionne de gagner. Point barre !

Commentaires

Commentaires du site 4
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    OLLA OUMAR Il y a 6 mois

    Belle analyse doyen Carlos , avec des formules choc , dont devrait s’imprégner talon et son gouvernement, mais hélas , étant des amateurs , arrogants , méprisants , suffisants , pensant détenir la science infuse , ils en auront rien à foutre de vos observations ; mais ils seront surpris , leur fin est proche , le peuple est en ébullition, leurs simagrées ne passeront plus , ils sont dénudés, et seront dégagés 

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    GbetoMagnon Il y a 6 mois

    La Politique, champs de bataille ou laboratoire ? Les 2 mon général. Seules valent les règles qui limitent les effets des empoignades politiciennes. Les ambitions personnelles et les animosités ne doivent pas s’exercer au détriment de la finalité que représente l’intérêt général.
    Sur la concession du port à une entreprise étrangère, pourquoi pas à condition qu’il existe une volonté et des moyens de contrôler que qu’il n’y a pas de dindon de la farce à l’arrivée. Les pays-bas ont une meilleure tradition de transparence que d’autres pays européens… Hum.
    Quelles dispositions contractuelles pour des transferts de compétences à des nationaux ? Avec un terme et des critères qui convergent vers la fin de la concession ?
    Libéralisation des espaces publics ? TOut a été dit sur la méthode. En terme de bilan: le visage de Cotonou en est-il changé ? Les personnes ont-elles été indemnisées de leurs biens détruits lors des casses ? Des places de substitution leur ont elles été fournies ?
    Pour ce qui est de la communication, le Président devrait exiger des services à la hauteur de ce qu’il fait payer à ses collaborateurs par le bénin.

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    Une analyse qui en vaut vraiment le prix

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    ALLOMANN Il y a 6 mois

    Cher Professeur, au Bénin, l’autorité a toujours été complaisante sur toutes les violations de la règle de droit et des principes républicains que vous venez d’énoncer…Pas sanctions..donc on recommence toujours et toujours avec les demandes de pardons et de règlements à l’amiable au nom de je ne sais quel consensus… Résultats, la pagaille s’est sédimentée dans nos comportements au détriment du développement de notre pays…….
    Observez les routes déjà très mal dimensionnées dans notre pays… Elles sont disputées par les voitures, les camions, les tricycles, les motos de particuliers, les zémidjans qui libèrent d’énormes volutes de fumées cancérigènes….les vendeurs ambulants…Plus d’espaces pour les piétons car sur le reste des trottoirs sont érigées des cantines et autres boutiques de friperies et autres cancans…. Et dans ce capharnaüm, vous voulez qu’on discute de quoi pour libérer l’espace public….Ahaaa le béninois… on dirait que nous ne sommes jamais sortis de ce foutu pays…pour voir ce qui se passe juste à côté…le Togo pou ne pas le citer…