Bénin : La symbolique de la ceinture

Bénin : La symbolique de la ceinture

C'était à l'aube de son quinquennat. Patrice Talon annonçait les couleurs. "Vous devez vous résoudre à vous serrer la ceinture. Vos sacrifices d'aujourd'hui justifieront la moisson de demain".

Leçons d’Asie

La locution française “se serrer la ceinture” signifie “se priver de nourriture, se passer de quelque chose”. Voilà ce à quoi le Chef de l’Etat invitait ses compatriotes. Ceux-ci l’ont certainement entendu. Mais ceux-ci l’ont-ils compris ? Ceux-ci ont-ils accédé, adhéré aux vérités contenues dans cette locution ? Ceux-ci ont-ils fait ou sont-ils prêts à faire le chemin allant du mot à la chose ?

Se serrer la ceinture“, c’est refuser de manger son maïs en herbe. C’est s’engager à payer avant consommation. C’est se soumettre aux contraintes des semailles pour s’ouvrir à la joie des moissons. Nul ne doit attendre que les alouettes lui tombent toutes rôties. Personne ne doit s’asseoir tranquillement, dans l’attente passive que Dieu viendra le pousser vers les verts pâturages du bonheur et de la félicité. L’enseignement divin, de ce point de vue, est catégorique : “Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front.” Comme on le voit, il n’y a pas et il n’y aura pas de miracle. Mais l’espoir est permis : “fais ce que tu dois et tu auras ce que tu mérites”.

“Se serrer la ceinture”, dans le cas et dans le cadre de notre pays, peut se décliner en plusieurs questions.

Qui doit se serrer la ceinture ? En principe, c’est tout le monde sans exception, toutes catégories sociales confondues. Si un seul, pour une raison ou pour une autre, venait à se soustraire à cette contrainte, il y aurait maldonne.

Pourquoi se serrer la ceinture ? Parce que c’est la seule façon de respecter l’ordre sacré de la nature. Il faut donner pour recevoir. Il faut semer pour récolter. On ne récolte point là où on n’a pas semé. La main qui reste fermée ne reçoit rien.

Comment se serrer la ceinture ? De la manière la plus intelligente qui soit. Il n’est demandé à personne de se laisser mourir au bout de l’épreuve. Et personne n’a le droit de tromper les autres en faisant semblant de se serrer la ceinture.

Pour quels résultats ? Pour que le changement rêvé soit au rendez-vous, imprègne durablement la vie de chacun et de tous. Une moisson abondante pour compenser la peine des semailles. Une vie meilleure pour répondre aux sacrifices consentis par tous.

Mais suffit-il d’annoncer la nécessité de “se serrer la ceinture” pour que le peuple, comme un seul homme, entende l’appel, y adhère corps et âme ? Les êtres humains ne sont pas des robots. Ce sont des êtres de chair et de sang. Ils ont un cerveau pour réfléchir. Ils ont un cœur pour gérer leurs sentiments et leurs émotions. Il faut se garder de les surprendre par une idée aussi brillante soit-elle. Le succès, ici, passe par une bonne préparation, une politique explicite, une pédagogie formelle.

Le “se serrer la ceinture”, en sa philosophie profonde, exige que la volonté de celui qui le propose rencontre l’adhésion de ceux à qui il est proposé. Dans le cadre d’une décentralisation aboutie, le ” se serrer la ceinture” aurait imprégné la vie quotidienne d’une majorité de Béninois. Préfets, maires, conseillers communaux, chefs d’arrondissement, chefs de quartiers et de villages…en auraient été les vecteurs actifs sur le terrain. Ils l’auraient porté partout où besoin est ou besoin sera. Ils l’auraient traduit en actes avec, à la commande, les populations intéressées. Lancé par le premier d’entre nous, le Chef de l’Etat, depuis Cotonou, le “se serrer la ceinture” n’est qu’une locution, ne reste qu’une locution. Mais quand cette locution est déployée sur nos différents terroirs, accrochée à la vie quotidienne de nos compatriotes, elle devient un mot d’ordre. Un mot d’ordre mobilisateur. Un mot d’ordre engagé et engageant. On le vit comme un appel. On s’y accroche comme à une planche de salut, dans l’attente têtue des bons résultats escomptés. Voilà la force et la puissance de l’espoir qu’on dit être la matière première du succès.

S’il s’avérait que nous avions manqué de prendre cette voie, serait-il trop tard pour changer de cap ? Nous savons que “Mieux vaut tard que jamais.” Les Latins, quant à eux, disaient : “Errare humanum est. Perseverare diabolicum” L’erreur est humaine. Persévérer dans l’erreur est diabolique

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