Afrique francophone : psychologie des dirigeants de 1960 à nos jours

Afrique francophone : psychologie des dirigeants de 1960 à nos jours

Comment ont évolué les mentalités des dirigeants africains de 1960 à nos jours? Retour sur un poste qui a su s'ajuster aux avancées des technologies, mais aussi des mentalités sur le continent noir.

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En Afrique, on retrouve toutes sortes de dirigeants. Depuis les indépendances à nos jours, les populations africaines ont dû faire face à différentes personnalités à la tête de leurs états. Des plus patriotiques, aux plus cruels, tout a été testé sur les africains. Nous verrons dans ce bref article, les principaux types de dirigeants qu’a connus le continent noir. 

Juste après les indépendances, dans les années 60 : les intellectuels

C’est la période qui a vu naître le plus grand nombre de panafricanistes du continent. Juste après les indépendances, les dirigeants africains étaient des intellectuels sensibilisés à la cause des noirs et du développement du continent. Malheureusement, la plupart de ces dirigeants furent assassinés, ou renversés par les anciens colons qui n’avaient pas intérêt à voir le continent bien géré. Au nombre de ces hommes, on pouvait compter le charismatique Patrice Lumumba du Congo. D’autres comme Kwame Nkrumah, n’ont pas non plus eu la vie facile.

Face à ces dirigeants, d’autres tout aussi intellectuels ont bien voulu croire en la possibilité de coopération respectueuse. Au nombre de ceux-ci, on pouvait citer l’ancien président ivoirien, Félix Houphouet Boigny. Ce dernier a longtemps manœuvré contre ceux qui étaient jugés trop communistes sur le continent noir usant de son influence pour les déstabiliser.

Les années 70, période des militaires

Face à des intellectuels jugés trop “intelligents”, les européens ont voulu imposer des militaires formés par eux pour la plupart et plus aptes à appliquer la politique qu’ils souhaitent. Ainsi vinrent au pouvoir, de nombreux militaires parmi lesquels on peut citer le maréchal Mobutu du Zaïre (Congo), Gnassingbé Eyadéma du Togo, ou encore Albert Bongo devenu Omar Bongo au Gabon. Et ce fut un ticket gagnant pour la France et les autres pays européens impliqués. Car ces derniers dirigeants ont fait de leurs pays très riches, des pays pauvres et ont pu remplir leurs comptes bancaires comme nulle part ailleurs à l’époque.

Au-delà de ces militaires placés par la France, d’autres ont pris le pouvoir par la force, pour appliquer une doctrine anti-colonialiste très prisée également à l’époque. La quasi-totalité de ces non-alignés ont choisi la doctrine du communisme, comme ce fut le cas au Dahomey devenu Bénin plus tard avec le général Mathieu Kérékou. Mais tout comme les militaires placés par les occidentaux, ces derniers échouèrent parce qu’ils avaient franchi la limite entre accompagner leurs pays à se développer et torturer la quasi-totalité de leurs administrés.

Les années 80-90 : les derniers panafricanistes

Ces années-là, les africains ont pu faire la connaissance de réelles personnalités impliquées pour le bien de leurs pays. Le plus emblématique reste Thomas Sankara du Burkina Faso. Malheureusement, pour que sa doctrine marche, il a fallu qu’il prenne des décisions impopulaires à l’époque. Peu soutenu vers la fin des années 80, il fut lâchement assassiné sans le soutien qu’il aurait fallu de la population burkinabè. Seule exception, celle de Jerry Rawlings qui a tenu son pays d’une main de fer (sans se remplir les poches) et qui a su transformer durablement le Ghana. Une transformation qui profite au pays jusqu’à nos jours. D’autres, à une moindre échelle, comme Nicéphore Soglo au Bénin ont pu accomplir des changements, mais furent stoppés par le processus démocratique.

Les années 2000 : les fils de…

Au début des années 2000, quelques pays ont pu voir prendre le pouvoir les fils de… Ces nouveaux dirigeants, toujours au pouvoir, veulent se prévaloir d’une image différente de celles de leurs parents. Reste le fait que les pays qu’ils dirigent sont toujours pauvres et l’opposition demeure réprimée.

Nos jours

Ce qui marque les dirigeants contemporains, c’est le fait qu’ils ont compris que la force brute des années 70 ne pouvait plus marcher telle quelle en 2010. Ils ont donc opté pour un semblant de panafricanisme qui arrange leurs affaires quand ils ont besoin de se faire soutenir, et opte pour la corruption de leurs opposants plutôt que l’option de l’assassinat. Les pays ont toujours les mêmes problèmes  : infrastructures manquantes, maladies toujours non contrôlées, pauvreté, manque d’emplois etc… Mais ils sont prompts à défendre des taux de croissance mirobolants qui ne se traduit presque jamais dans la vie réelle des populations. RDV dans dix ans pour le bilan.

L’exception de l’Afrique centrale et de la Guinée

Dans tous les cas de figure cités ci-dessus, les dirigeants d’Afrique centrale francophone font l’exception. La plupart des pays ont toujours à leur tête des dirigeants très âgés, qui ont donc survécu aux chamboulements des années 90. La Centrafrique quant à elle a sombré dans une situation chaotique bien que des élections y sont tenues. En Guinée, depuis la mort de Sékou Touré, le pays n’a connu que des coups d’état avec des présidents engagés pour leurs propres intérêts. Il est encore trop tôt pour faire le procès du seul président élu démocratiquement Alpha Condé. Rendez-vous est donc pris!

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Commentaires

Commentaires du site 7
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    GbetoMagnon Il y a 3 mois

    L’oeuvre de ROUSSEAU (“Du Contrat Social”) devrait être inclus aux programmes de l’Education Nationale béninoise dès les collège/lycée, voire le primaire (dictée)

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    GbetoMagnon Il y a 3 mois

    Le point commun de tous, y compris ceux qui ont été éliminés par le pouvoir colonial (les britanniques en Afrique n’étaient pas mauvais non plus: Ouganda, Rhodésie, etc…), c’est que les cadres bien souvent experts, ont été formés à être des commis d’Etat ou d’administration, sans jamais semble t-il à se préoccuper du “pourquoi” et le tenir pour boussole.

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      GbetoMagnon Il y a 3 mois

      C’est ce qui fait les discutions à l’envi y compris ici: des dizaines d’experts “spécialistes”, s’égarent en analyses (“le comment”), en rendant l’essentiel confus (“le pourquoi”).

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    GbetoMagnon Il y a 3 mois

    Le point commun de tous, y compris ceux qui ont été éliminés par le pouvoir colonial (les britanniques en Afrique n’étaient pas mauvais non plus: Ouganda, Rhodésie, etc…), c’est que les cadres y compris “intellectuels” ont été formés – au Bénin bien souvent experts, à être des commis d’Etat ou d’administration, sans jamais semble t-il se préoccuper du “pourquoi” et le tenir pour boussole. 

    C’est ce qu’il me semble discerner dans les discutions à l’envi quand les débats y compris ici, en viennent au juridique ou au financier: des dizaines d’experts “spécialistes” qui s’égarent en analyses (“le comment”), en rendant l’essentiel confus (“le pourquoi”).

    Sur la République ses valeurs et son principe, je crois que l’Education Nationale béninoise gagnerait à rendre obligatoire au primaire (dictée), au Collège (rédaction/résumé), au Lycée (philo), le livre (“Du contrat social ou Principes du droit politique”) de JJ ROUSSEAU.

    Je crois même que nombre des députés, ministres et personnel politique béninois y gagneraient… Dans l’intérêt du Bénin.

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    Mama hambali Il y a 3 mois

    Alors pourquoi vous avez envoyé ?