Comment faut-il réagir à des paroles outrageantes ? Par la colère ? On recadre l’offenseur en lui faisant ravaler, vite fait, bien fait, son injure. Par l’indifférence ?

Avec l’idée qu’il ne sert à rien de répondre au coup de pied de l’âne. « Les chiens aboient, la caravane passe ». Par recul calculé ? Histoire de donner du temps au temps pour être en capacité de frapper fort. La vengeance, en effet, est un plat qui se mange froid. Un dicton populaire tient l’insulteur pour un ignorant. Il serait à l’image de l’arroseur arrosé. « Celui qui t’insulte, dit ce dicton, n’insulte que l’idée qu’il se fait de toi, donc il n’insulte finalement que lui-même. »

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L’Afrique est et reste, aux yeux de nombre de nos contemporains, occidentaux notamment, la personnification de la sauvagerie. Et l’Africain, le produit humain de ce continent, un sauvage. Ce sont là des clichés durablement enracinés dans l’imaginaire de plus d’un. Ces clichés ont fait l’objet d’études, de recherches, de doctrines, d’idéologies. Ils ont alimenté bien des fantasmes, influencé bien de systèmes sociopolitiques. Voici un échantillon d’insultes faites à l’Afrique et aux Africains. Elles portent la griffe de quelques « grands » de ce monde. C’est à dédouaner, du coup, les petits racistes d’ici et d’ailleurs. De doux agneaux à qui on donnerait le bon Dieu sans confession.

Retenons ces trois gros cailloux jetés dans le jardin ou plus précisément dans la forêt africaine, dans la brousse de l’Afrique.

  • « La démocratie est un luxe pour l’Afrique ».
  • « L’Africain n’est pas rentré dans l’histoire »
  • « Des pays de merde » parlant de nos pays, des pays africains notamment.

Les préjugés sur l’Afrique et les Africains ont été à l’origine de bien de dérives dans l’histoire de l’humanité. Pensons à ces négriers. Ils faisaient le long périple des Amériques ou de l’Europe à l’Afrique à la recherche de « bois d’ébène » comme on disait alors. Le besoin de main d’œuvre pour leurs plantations des Amériques avait servi à justifier ce vil et détestable commerce. La traite négrière allait vider l’Afrique de millions de ses fils et de ses filles.

Le système colonial prit le relais de la traite négrière. Sans que fussent changés les paradigmes de la domination Sans qu’on bougeât d’un iota les fondamentaux de l’exploitation humaine. Des hommes continuaient de chosifier d’autres hommes. L’esclave disparut derrière le colonisé. Le négrier trouva son clone en la personne du maître colon.

Nous devons reconnaitre, à la vérité, que l’Afrique et l’Africain n’ont pas l’exclusivité de ce mépris et de cette exclusion. Chaque fois que les intérêts aveuglent ou que le profit pousse à tordre le cou à la raison, l’homme devient un loup pour l’homme (Homo homini lupus). Pensons aux peuples amérindiens. Ils furent systématiquement exterminés. Ce fut un génocide en règle. Il fallait faire place nette aux nouveaux conquérants, aux nouveaux occupants. Pensons aux aborigènes de l’Australie. Pensons aux masses humaines d’Asie alors minées par la faim. On a pu parler, à cet égard, de « péril jaune ». Pensons à la plupart des peuples arabes. Ils furent longtemps tenus pour de « pauvres bédouins », perdus dans le désert.

Les cas des peuples d’Asie et des peuples arabes, portent un enseignement : il n’y a pas de racisme absolu ou dans l’absolu. C’est l’image que l’on donne de soi qui influence le logiciel mental de l’autre. C’est ce qui l’autorise à nous voir ou à nous peindre en blanc ou en noir. Depuis l’émergence des « Dragons d’Asie » et l’affirmation du leadership mondial du Japon et de la Chine, on ne parle plus de « Péril jaune ». Le pétrole a tiré le « bédouin » de sa tente. Le paria d’hier est aujourd’hui fréquentable. On le recherche. On le courtise. Il s’impose comme un partenaire incontournable. Il pèse des milliards de dollars. Et l’argent, comme on le sait, n’a pas d’odeur.

Face à quoi, nous Africains, que nous reste-t-il à faire ? Reprogrammer notre logiciel mental. Nous mettre résolument au travail. Briser le cercle infernal de la misère. Refuser l’humiliation. Nous réapproprier notre image et notre destin. Et le reste nous sera donné de surcroît.

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