Murat Cetinkaya n’est plus le gouverneur de la Banque Centrale Turque. L’économiste turc a été relevé de ses fonctions samedi par le président Erdogan. Si aucune raison officielle n’est donnée pour justifier son limogeage, les bruits d’un désaccord avec le chef de l’exécutif couraient depuis un moment. Le président Erdogan accuserait le désormais ex-gouverneur de maintenir des taux trop élevés.

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Alors qu’il est à la tête de la première institution financière du pays depuis 2016, Murat Cetinkaya n’ira donc pas au terme de son mandat qui courait jusqu’en 2020. Il est remplacé par son gouverneur adjoint Murat Uysal. Le président Erdogan était en désaccord total avec l’ex-gouverneur sur sa politique monétaire relative au taux directeur élevé que maintenait la Banque Centrale.

Un taux jugé « inacceptable » par Erdogan

Ce taux avait atteint les 24% après que le gouverneur ait décidé de le remonter de 625 points de base. Ce que Recep Tayyip Erdogan avait jugé « inacceptable », surtout que dans la même période, le président américain Donald Trump faisait pression sur la Fed pour faire baisser les taux du dollar de 2,5% à peu près. Ceci pourrait donc être la principale raison du limogeage du gouverneur.

La Banque Centrale pas « indépendante » ?

Le nouveau gouverneur de la Banque Centrale Murat Uysal à travers un communiqué de l’institution assure que la Banque travaillerait « de manière indépendante » dans la perspective de maintenir une certaine « stabilité des prix ». Mais l’économiste Ugur Gurses estime que le président turc, en évinçant le gouverneur, va à l’encontre de la loi qui régit la Banque Centrale et qu’un décret fut-il présidentiel ne saurait se substituer à la loi.

Aussi l’opposition turque reste-t-elle convaincue de ce que M. Erdogan essaie de contrôler la Banque Centrale pour reprendre la main sur l’économie du pays après l’effondrement de la livre turque face au dollar en 2018, ce qui avait occasionné une récession dans le pays. Sur Twitter, Faik Oztrak, un opposant membre du parti kémaliste CHP, estime que « la Banque Centrale turque est l’otage du palais » et que le pays perd sa crédibilité du fait de cette éviction du gouverneur de la Banque Centrale.

La cinglante réplique des marchés financiers

Les marchés financiers ont automatiquement réagi à cette décision du président turc. Dimanche dernier, la livre turque s’est à nouveau effrondrée de 3% par rapport au dollar. Alors qu’elle avait commencé à se relever ces trois derniers mois. Cette réponse sans appel des marchés vient donner raison aux opposants qui se plaignaient de l’interventionnisme de l’exécutif turc dans le secteur monétaire turc et du peu d’indépendance de la Banque Centrale. Les marchés supportent mal la trop grande implication du président Erdogan dans les affaires monétaires de son pays.

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