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(ENQUETE) Gestion des déchets ménagers : A Comè, le droit à un environnement sain reste une chimère

La gestion des déchets ménagers a pris une place prépondérante dans le débat public ces deux dernières décennies au Bénin. Dans l’arrondissement central de Comè dans le département du Mono, ceci s’est traduit par l’élaboration de nouveaux dispositifs réglementaires et l’implication croissante du secteur privé dans la gestion  des déchets. Mais, dans un conteste de décentralisation la gestion des déchets, malgré le système mis en place, rencontre encore beaucoup de difficultés surtout avec la paupérisation grandissante. 

L’un des problèmes majeurs dans les villes des pays africains demeure la gestion des déchets ménagers. Dans sa thèse sur la question de la gestion des déchets ménagers dans la ville de Cotonou, Roch Gbinlo écrit que «urbanisation, augmentation des besoins alimentaires et déchets ménagers vont de pair dans les pays en développement et en particulier au Bénin ». La ville de Comè n’échappe pas à cela. Mieux, la grande quantité des déchets générés dans la ville est rejetée dans les décharges sauvages sans aucun aménagement ou infrastructures de base permettant de protéger la santé des populations avoisinantes et l’environnement. Dans cette ville du sud-ouest du Bénin à environ 60 Km de Cotonou, il n’est donc par rare, lors d’une promenade, de voir des dépotoirs sauvages çà et là comme devant la direction générale de la douane. Dans le marché comme dans les quartiers de la ville, des dépotoirs sauvages pullulent. «Moi, je vais jeter mes ordures sur un tas d’ordures derrières la maison », confie dame Gisèle rencontrée dans le quartier Mon Berger. Amanvi Kouassi indique qu’elle jette ses ordures non loin de sa concession et qu’elle ne voit pas en quoi cela gêne. Pour lui, même si ces ordures dégagent des odeurs nauséabondes, les habitants doivent s’y accommoder. Car, leurs parents ont toujours procédé ainsi. Certains même préfèrent brûler leurs ordures.«Quand les ordures deviennent importantes, nous les brûlons », informe Dame Françoise rencontrée non loin du CEG de Comè au quartier Hôtel de Ville. D’autres encore ont fait l’option de s’abonner aux pré-collecteurs d’ordures. 

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Une gestion basée sur la mutualisation des efforts

Comme dans la plupart des villes du Bénin, Comè a un système de gestion des déchets ménagers. L’approche ici est plus collective. Il s’agit d’une mutualisation des efforts pour la gestion des déchets ménagers. Ainsi, les six communes du département du Mono que sont Comè, Grand-Popo, Lokossa, Athiémè, Houéyogbé et Bopa se sont mises ensemble pour mettre en place le 25 mai 2008 le Groupement intercommunal du Mono (GI-Mono) dont le siège est à Comè. L’idée est à l’origine que ces différentes communes aient une décharge finale commune de 23 hectares à Oumako, un des arrondissements de Comè. Mais, les populations de cet arrondissement ont opposé un refus malgré les différentes démarches menées par les autorités à divers niveau. De sorte que le GI-Mono ait décidé, selon le responsable chargé des déchets et de l’environnement de ce regroupement Gietche Alex Sagbo, d’avoir au niveau des communes de mini-décharges appelées Centres de déchets contrôlés (CDC). Un CDC est installé à Comè pour Comè et Grand-Popo, un à Athiémè pour Athiémè et Lokossa et un à Bopa pour Bopa et Houéyogbé.

A en croire Gietche Alex Sagbo, au niveau de ces CDC, on procède à la valorisation des déchets afin de réduire la quantité de déchets qui vont venir sur les sites. Le temps de réfléchir pour trouver une décharge finale nommée «Lieu d’enfouissement sanitaire»pour les déchets ultimes. Gi-Mono a identifié 17 points de regroupement des ordures dont trois à Comè. Il précise que «la gestion des déchets (dans ce département, NDLR) a pris en compte les centres urbains de chaque commune». Au niveau de chaque commune, Gi-Mono a réalisé le zonage et recruté des ONG. Ces ONG bénéficient des tricycles mais doivent payer 25 000 FCFA par mois comme frais d’amortissement par tricycle. La filière de la gestion des déchets ménagers dans la ville de Comè est segmentée en trois étapes : la pré-collecte, la collecte/transport et le Centre de déchets contrôlé. La ville est subdivisée en huit zones gérées par huit ONG recrutées et formées. Ces ONG se chargent de la pré-collecte et acheminent les déchets vers les points de regroupement. Selon leur zone, certaines préfèrent convoyer directement les déchets vers le CDC. Il y a un animateur dans chaque commune qui travaille avec les ONG. «Chaque fin de mois, il y a une réunion qui se fait avec ces animateurs et ils nous font le point de l’évolution des activités sur le terrain », a précisé le responsable chargé des déchets et de l’environnement de Gi-Mono.C’est le Gi-Mono qui se charge du transport des déchets du point de regroupement vers le CDC. Et là, les déchets sont triés et valorisés. Les déchets ultimes sont compactés sur le site qui est une ancienne carrière de trois hectares en attendant de trouver une décharge finale.  

De la pré-collecte 

Au niveau de chaque commune, il y a un Conseil de communauté chargé de la gestion des déchets. A Comè, ce conseil a signé une convention avec les ONG. Et le prix fixé pour l’abonnement de chaque ménage est de 2000 FCFA. Alors, les ONG recrutent des agents collecteurs qui sont rémunérés. André Fanoukpè, directeur exécutif de l’une des ONG concernées a confié qu’il dispose de trois agents collecteurs qui sont à 40 000 FCFA par mois. A en croire André Fanoukpè, les collecteurs passent deux fois par semaine dans les ménages pour le ramassage des ordures.

C:\Users\USER\AppData\Local\Microsoft\Windows\INetCache\Content.Word\Le résultats du tri des ordures ménagers au Centre de déchets contrôlés de Comè.jpeg

Or, selon Sagbo, les collecteurs font trois passages par semaine. André Fanoukpè informe que pour enrôler les ménages, les agents collecteurs sont mis à contribution. Ils se chargent de sensibiliser les ménages une fois sur le terrain et dès qu’ils arrivent à enrôler un ménage, ils ont des bonus. Il en est de même pour ceux qui sont chargés du recouvrement. Le directeur exécutif Fanoukpè relève que le prix d’abonnement varie. Il y a des ménages qui sont incapables de payer 2000 FCFA. Mais, à côté de ce système, les agents collecteurs se font de l’argent. Selon le chef quartier de Hongodé, Urbain Sessou, sur le terrain, les agents collecteurs ramassent les ordures des ménages non abonnés et en échange, les ménagers payent ce qu’ils ont. 

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De l’abonnement

Selon les prévisions de GI-Mono au départ, il y a 2000 potentiels abonnés au niveau de l’arrondissement central de Comè. Et de 2012 à 2017 il y a eu une augmentation de nombre d’abonnés. Après, le nombre a commencé par chuter. Ce qui a fait qu’il y a eu une réorganisation depuis trois mois. Ce qui a permis d’avoir 1198 ménages abonnés. Sauf que sur le terrain, il y a encore des réticences en ce qui concerne l’abonnement. Selon André Fanoukpè, il y a des gens qui sont délibérément contre le fait de s’abonner pour la pré-collecte de leurs ordures. Selon le chef quartier Mon Berger, Lucien Kanavi, malgré les multiples séances de sensibilisation, il y a des gens qui ne veulent pas s’abonner et qui continuent de brûler leurs ordures ou de les jeter au niveau des dépotoirs sauvages. Il trouve la cause de cet état de chose, le manque de ressources financières. Il explique que dans les maisons où il y a des fonctionnaires, le problème ne se posent pas. Mais, il a des ménages où les gens ne mangent pas deux fois par jour. A cela s’ajoute des gens qui font montre d’incivisme. Le chef quartier de Hongodé, Urbain Sessou fait remarquer que certains dans son quartier le prennent en adversité parce qu’il ne cesse de leur interdire de jeter les ordures sur les dépotoirs et de leur exiger de s’abonner aux collecteurs d’ordures. 

Des contraintes

Une partie de la population de l’arrondissement central de Comè continue de jeter ses ordures sur les dépotoirs sauvages ou de les brûler. Et donc, on note une absence de tri, l’inefficacité de la collecte, le brûlage des déchets. Pourtant, les décharges sauvages sont souvent créées près des habitations avec des risques élevés d’exposition des populations et des eaux souterraines aux polluants des lixiviats et des fumées générées ainsi qu’aux feux liés aux émissions de biogaz. Le risque de contamination est d’autant plus élevé que les déchets dangereux et les déchets biomédicaux sont souvent mélangés aux déchets ménagers. Deux problèmes importants qui sont à l’origine de la mauvaise gestion des déchets ménagers dans la ville sont l’efficacité de l’organisation du système actuel d’élimination des déchets ménagers et de son financement.

L’autre problème essentiel est l’absence de responsabilisation des ménages. En dehors des pouvoirs publics locaux et les acteurs privés, la gestion des déchets ménagers implique les ménages de deux façons. D’une part, les nuisances créées par les déchets produits par les ménages. Ces nuisances ne sont généralement pas évaluées et par conséquent ne sont pas prises en compte dans la politique de gestion des déchets ménagers,d’autre part le prix payé par les ménages pour l’élimination des déchets ne correspond  à Comè semble au-dessus des moyens de certains ménages même si de nombreux cas d’incivisme sont notés. 

Multiplier les efforts

Il apparaît aisément que le revenu influence fortement et négativement la probabilité de demander le service. Et donc, toute politique de mise en œuvre d’une tarification liée au poids doit tenir compte du niveau de vie. Aussi, selon Urbain Sessou, il faut continuer et intensifier la sensibilisation surtout sur les dangers que courent les populations avec les dépotoirs sauvages et le fait de brûler les ordures. Il faut également sensibiliser les populations de Comè surtout les ménages riches afin d’intégrer dans leurs habitudes le réflexe du tri des ordures. Les réflexions pour trouver une décharge finale pour les ordures ultimes doivent amener les autorités à prospecter d’autres horizons. Le GI-Mono doit pousser le contrôle au niveau des ONG pour voir réellement si les termes de la convention sont respectés. Au niveau des agents collecteurs, il faut veiller à leur sécurité car, sur le terrain, ils sont sans masques, sans gants de protections. L’accès aux ménages doit être amélioré. Cela passe par l’aménagement des pistes et voies qui desservent ces ménages. La municipalité doit prospecter d’autres sources de financement afin que le droit à la santé et au bien-être de chaque habitant de Comè à la santé et au bien-être connaisse un début de réalisation.

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