,

(ENQUETE) Ouaké : Le paradoxe du marché Kassoua

Vue du marché Kassoua les jours où il n'est pas animé. Photo : LNT

Il existe et s’anime depuis plus de 50 ans. Le marché international de Kassoua, commune de Ouaké, département de la Donga au nord du Bénin,  brasse aujourd’hui des milliards de FCFA en terme de chiffres d’affaires au grand bonheur des commerçants des pays frontaliers, dont le Togo, le Niger, le Nigeria et le Burkina-Faso. Mais il demeure très précaire dans l’ensemble de ses installations avec ses multiples  hangars de fortune faits de bois et de tôles usagers.  Un gros taudis qui sert à faire de bonnes affaires aux commerçants d’Afrique au grand dam de la commune qui l’abrite.

Célèbre marché  dans le nord du Bénin, il draine également du monde au delà des frontières nationales. Il est à près de 450 km de Cotonou, à 35 km de Djougou et à 1 km à peine du territoire togolais. Étendu sur 5 hectares environ, cet ancien site de rencontre des commerçants Yoruba, vendeurs de cola, qui y marquent une escale avant de poursuivre la route vers d’autres régions du nord Bénin, abrite depuis plusieurs décennies, un marché international, classé parmi les cinq premiers du Bénin pour le grand monde qui le fréquente. Ils viennent du Togo pour la plupart, précisément des villes comme Atakpamé, Sokodè, Kara; mais également du Niger, du Burkina Faso et du Ghana. Parakou, Malanville, Nikki, Kouandé, Natitingou, Wassa Pehunko, Bantè, Savè, Bohicon, Cotonou...presque que toutes les villes du Bénin y accourent aussi, à la recherche des articles et produits à bon prix.

Publicité

Dame Mayaba Mariam, native de Ouaké et aujourd’hui grande revendeuse  de tissus  dans ce marché la fréquente  depuis 1970. Élève en classe de CE2 aux cours primaires, à l’époque, comme elle le raconte, elle venait y vendre  de l’eau à boire. Septuagénaire aujourd’hui, elle se dit très déçue de constater que ce marché n’a véritablement connu aucune amélioration du point de vue infrastructurel depuis qu’elle le fréquente.  » Tout est resté précaire. Les hangars de fortune sont toujours dans le marché. Les femmes souffrent trop ici. Surtout en saison de pluie. Il faut venir pour voir. Cela fait trop pitié » se lamente-t-elle. Présidente du groupement des femmes vendeuses de Kassoua, elle avoue que tous ceux qui entendent parler de la célébrité de ce marché sont déçus quand ils le découvrent pour la première fois.

Et pourtant, il ne désemplit jamais

Rare marché au Bénin et dans la sous-région à s’animer une seule fois dans la semaine et précisément chaque  mardi,  Kassoua grouille déjà du monde à partir de 3h du matin toutes les nuits du lundi. Des commerçantes grossistes venues massivement du Togo voisin préfèrent le rallier la veille, à bord de plusieurs véhicules taxi.  » Moi je viens toujours le lundi autour de 19h avec mes marchandises, et après les formalités douanières au poste frontalier qui jouxte le marché, je m’installe sous mon hangar vers 3 heures où des clients ne tardent pas à venir » confie Afiavi Kuadji, une togolaise spécialisée dans la vente en gros des pattes alimentaires et des ustensiles de cuisines.  » C’est vrai, on souffre beaucoup ici, parce que nos hangars sont étroits et nous n’avons pas assez de magasins sur place pour le stockage de nos marchandises, mais ça va. On vend bien. Et c’est le plus important » se contente-t-elle. À  l’en croire, elles sont plusieurs centaines de commerçantes grossistes  togolaises et burkinabè qui viennent vendre  des articles de tous  genres dans le  marché : les pagnes, les glacières, les sceaux en plastique, les huiles importées, les pâtes alimentaires, etc. 

On y trouve aussi des hommes de ces pays et autres proposant des appareils électro ménagers de toutes sortes, des téléphones portables de toutes marques, des matériaux de construction et même des motos neuves … Tout ceci sous ces mêmes hangars de fortune aux  allées kilométriques. Un véritable méli-mélo et un four tout où tout se vend dans un désordre unique en son genre au Bénin, et même en Afrique. La production locale n’est pas si prisée dans ce marché.  » Les produits que les  commerçants togolais amènent ici pour la vente  sont très importants par rapport à ceux qu’ils  payent surplace et  ramènent chez eux. A peine quelques savons traditionnels, des vivres comme le sorgho, l’arachide ou le maïs. Bref, ils viennent faire du bon business, plus que nos vendeurs locaux » regrette Moukaila Abdel Aziz, un jeune diplômé de l’Université d’Abomey Calavi, originaire de Ouaké, qui s’y est retourné après les études dans l’attente d’un emploi. Il s’étonne également de constater que ce marché est resté dans  le même état précaire depuis qu’il s’y rendait tout petit quand il passait ses études primaires dans la commune. «  A part quelques hangars construits  en dur par la mairie, tout est si ancien et si vieux dans ce marché qu’on se croirait encore à l’époque de la préhistoire » s’indigne-t-il.

Son atout majeur est sa proximité avec la frontière togolaise et aussi pour être très proche, à peine 5 km d’un autre grand marché au Togo, Kétao qui s’anime, tous les mercredis, 24h après Kassoua.  Le jeune universitaire de Ouaké en appelle vivement à la valorisation de ce marché qui « fait moins le bonheur des fils de Ouaké que celui des  milliers d’étrangers qui le fréquentent« .
Les conducteurs de taxi sont également très nombreux à convoyer chaque mardi des commerçantes et marchandises dans ce marché.  » Il y a au minimum 500 taxis qui arrivent ici, en provenance du Bénin et de la sous- région » informe Souleymane Alidou, Président de la section locale de l’Union des conducteurs taxi interurbain du Bénin. Ceux qui font le trafic sur les trajets plus courts, comme Djougou-Ouaké, atteignent parfois quatre parcours dans la seule journée du mardi où le marché s’anime, à ses dires.  Il est aussi malheureux de voir que ce marché reste si précaire et si mal en point  pour répondre aux réelles attentes des populations et de ses usagers.  » Si ce n’est pas l’argent que les gens gagnent ici dans la vente, il y a très longtemps qu’ils auraient abandonné ce marché » fait-il savoir.

Publicité

Le seul marché fermé au Bénin au fort de la Covid-19

Tellement, il était impossible de faire respecter les gestes barrières  dans la moindre mesure qu’il n’en fallait pas mieux que de le fermer systématiquement. Le  16 avril 2020, au  fort de la crise du Coronavirus, pour laquelle, le gouvernement Béninois avait pris des décisions importantes, le préfet du département de la Donga, Iliassou Ainin Biao  a carrément fait fermer ce marché par mesure de riposte à la propagation de cette pandémie. Les risques étaient élevés dans ce marché fréquenté par des ressortissants du Burkina-Faso, du Niger, du Togo et autres pays à taux d’infection relativement importants dans le temps. En plus de ce que cette même pandémie a occasionné la fermeture de plusieurs frontières dans la même période, réduisant nettement le monde qui afflue vers ce marché. Sa réouverture il y a quelques semaines a encore ravivé sa fréquentation sans que les conditions internes ne soient améliorées.

Les peines et les espoirs de la mairie de Ouaké  » Nous avons dès le début de notre mandat mené des actions dans le marché de Kassoua qui est un grand grenier pour nous dans le cadre de la mobilisation des ressources propres, parce qu’il y a toujours d’énormes difficultés à les capitaliser » se préoccupe le maire de Ouaké, Ouolou Dramane. Ces difficultés avaient pour noms: évasion des recettes fiscales, détournement et escroquerie.  » Avant l’installation de la nouvelle mandature, il y avait un vaste réseau d’escroqueries  au sein de la mairie, mais nous avons réussi à le démanteler,  ce qui a permis de dédoubler les recettes » dévoile-t-il.
Le système de recouvrement alors mis en place par l’administration communale précédente ne serait pas des plus transparentes.

 » L’on versait difficilement 250.000fcfa  de taxes et frais divers en provenance du marché tous les mardis par animation. Aujourd’hui, avec la nouvelle équipe, nous sommes au minimum à 600.000Fcfa  et c’est parce que nous n’avons pas encore mis tout le système qu’il faut en place, si non nous pourrons aller jusqu’à 1 à 2 millions, voire 3 à 4 millions chaque mardi » espère l’autorité communale qui informe qu’en matière de recettes, le marché Kassoua seul fait mobiliser les 2/3 du budget Communal. Mais il regrette que seuls ceux qui viennent de l’extérieur profitent suffisamment de ce marché malgré son état actuel et non les autochtones encore moins,  la commune de Ouaké. Ce marché demeuré international, malgré tout,  dépasse les seules capacités de la mairie pour connaître un jour un visage prestigieux.  » Nous ne pouvons pas nous mêmes et seuls, réaliser les ambitions que nous avons pour ce marché. Ce que nous avons pu  faire, c’est  solliciter l’Agence nationale d’aménagement du territoire qui réalise déjà des études de faisabilité pour sa reconstruction éventuelle d’ici à là. Toute la commune de Ouaké ne demande que ça aujourd’hui, furieuse d’avoir constaté que Kassoua ne figure  pas parmi les 22 marchés potentiels retenus au plan national,  par le gouvernement Talon pour une modernisation absolue dont les travaux,  pour  certains sont presque achevés en ce moment.

Erickson Assouan Partenariat OSIWA-LNT

Une réponse

  1. Avatar de sultan aziz
    sultan aziz

    je me permets…de rectifier..certains propos…de cet article….qui est essai tres pertinent

    1…les yoruba n’ont jamais vendu de la cola..nulle part

    2…kassoua…comme kitao…comme wangara à djougou…sont des lieux d’échanges. de transit de repos..commerciales entre…la region du lac tchad et l’actuell ghana….et ceci….tres longtemps

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité