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(ENQUETE) Cantines scolaires dans le Borgou : les difficultés d’un programme salutaire

A l’instar des écoles d’autres localités du Bénin, elles sont nombreuses celles des 8 communes du département du Borgou à être également pris en compte par le Programme national d’alimentation scolaire intégré (PNASI), communément appelé cantines scolaires. L’objectif poursuivi est l’amélioration de la qualité de l’éducation et le maintien des enfants à l’école. Mais, un peu plus de trois ans après, la mise en œuvre diligente et efficiente du programme n’est pas sans rencontrer quelques difficultés.

Initié par le gouvernement de la Rupture, le programme des cantines scolaires au Bénin est mise en œuvre par la direction pays du Programme alimentaire mondial (PAM) depuis 2017. D’un coût de 27 milliards de F CFA, il offre l’opportunité aux enfants d’avoir droit, tous les jours à l’école, à un repas chaud. L’objectif visé par ce programme prévu pour une durée 53 mois, soit de 2017 à 2021, est de contribuer à l’amélioration de la qualité de l’éducation par la mise à disposition de cantines scolaires, en s’appuyant aussi bien sur la production locale et l’implication des communautés à la base. Toutefois, dans la mise en œuvre de ce programme, tout n’est pas pour autant rose. En témoigne le constat effectué dans certaines écoles qui en sont bénéficiaires, au cours d’une descente.  

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Le constat sur le terrain

Ecole primaire publique de Gomboko, ce jeudi 11 février 2021, il est 8 h 30 mn. Située à 5km environ des logements sociaux de la ville de Parakou, dans le premier arrondissement, elle a été créée en 2010. Elle n’a que des appatams construits en matériaux précaires qui lui servent de salles de classe. Collecte Gbayé, une de ses enseignantes, confirme qu’elle est bénéficiaire d’une cantine scolaire. « La provision que le gouvernement envoie est insuffisante et tous les parents ne payent pas la souscription de 100 F CFA par écolier et par semaine, destinée à acheter les condiments pour préparer les repas », a-t-elle confié. « Ce qui est bizarre, aucune autorité municipale ne vient en aide à l’école, pour la construction de ses infrastructures, encore moins pour sa cantine scolaire », a également déploré l’enseignante. L’autre difficulté, poursuit-elle, est relative au retard qu’accusent très souvent les dames retenues, pour préparer les repas aux enfants. « Il arrive que les enfants déjeunent à 14 heures, au lieu de midi », regrette Collecte Gbayé qui reconnait, tout de même, que la cantine permet de les maintenir à l’école.  

« Malgré la disponibilité des vivres, l’accès à la cantine n’est pas permanent à cause du non-paiement des souscriptions de 25 F CFA par jour et par écolier. Les cuisinières ne sont toujours pas disponibles pour des raisons liées à leurs préoccupations personnelles, surtout au  moment fort des travaux champêtres », fera observer quant à lui B. Jean, directeur de l’EPP Wobékou Gah, un établissement situé dans la zone pédagogique n°2 de la Circonscription scolaire de Parakou 1. Il évoquait également les difficultés rencontrées dans la gestion des cantines scolaires, sans oublier l’absence de magasin de stockage des vivres mis à disposition et la perte de temps. « Ce qui m’a obligé à transformer mon bureau en magasin, pour stocker les vivres. Il a été envahi par les rongeurs devenus une grave menace pour les documents pédagogiques de l’école », a-t-il déploré. 

D’autres sources renseignent avoir fait presque le même constat au niveau des écoles bénéficiaires du programme des cantines scolaires dans les communes de Tchaourou, N’Dali, Sinendé et Nikki, même si par endroit, il est à noter un accompagnement de l’Association des parents d’élèves. Pour appuyer les subventions en vivre du gouvernement, certains ont fait des champs ou jardins. Ce que confirmera d’ailleurs Jimon Jacob Toudonou, directeur départemental des enseignements maternel et primaire (DDEMP) du Borgou lors d’une communication sur la gestion des cantines scolaires dans le département du Borgou à une session du Conseil départemental de concertation et de coordination du Borgou (CDCC). 

« Le département du Borgou compte 483 écoles primaires publiques qui bénéficient des cantines scolaires, sur l’ensemble de ses huit communes », a précisé le directeur départemental, le 12 octobre 2020, à l’occasion du Conseil départemental de concertation et de coordination du Borgou. Risque d’insécurité alimentaire et faible taux de fréquentation scolaire sont entre autres critères qui ont milité en faveur du choix des établissements scolaires bénéficiaires du programme, a-t-il expliqué. Pour le compte de la rentrée scolaire 2020-2021 en cours, renseigne-t-il, 65.183 écoliers sont nourris au repas chaud à cette date du 12 octobre 2020, dans les 483 écoles concernées. Mais, le programme connait quelques difficultés qui méritent d’être levées afin de permettre l’atteinte des objectifs. 

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Les difficultés

Les difficultés pour accéder aux points d’eau dans certaines localités, la détérioration de certains vivres par les charançons, l’absence de magasins de stockage dans certaines écoles et l’acquisition difficile du bois de chauffe sont autant d’écueils qui ne favorisent pas une bonne mise en œuvre des cantines scolaires dans les huit communes du département. A tout cela s’ajoute, selon Jimon Jacob Toudonou, l’absence ou la faible implication des élus locaux et des têtes couronnées. 

Les mêmes difficultés relatives à la gestion des cantines scolaires évoquées par le directeur départemental sont reconnues par Jean G. Satchi, l’assistant programme du PAM. Ce dernier, dans une interview accordée à Radio Urban Fm de Parakou, a ajouté le cambriolage de certains magasins de stockage de vivres. « Le programme des cantines scolaires permet d’attirer et de maintenir les enfants à l’école. Il permet également de lutter contre les problèmes de malnutrition », a-t-il également déclaré.

Des solutions de sortie…

Par rapport aux problèmes qui entravent la gestion des cantines scolaires dans le Borgou, Jimon Jacob Toudonou a fait un plaidoyer à l’endroit des élus locaux du département. « Les maires doivent mobiliser les acteurs locaux de développement et partenaires financiers autour des cantines scolaires des écoles de leur commune et créer une ligne budgétaire pour soutenir le fonctionnement de ces cantines », a-t-il préconisé. Car, soutient-il, « les cantines scolaires contribuent non seulement à améliorer la scolarisation, l’assiduité, le maintien des apprenants à l’école, mais aussi à assurer une bonne alimentation aux enfants ». Jean Satchi exhorte quant à lui, les uns et les autres à accompagner le programme des cantines scolaires qui contribue au développement du capital humain. Trésorier adjoint de l’Association des parents d’élèves de Gomboko, Edmond Vitouley, invite l’Etat à tenir compte des difficultés du programme et à y apporter les solutions, avant de transférer sa gestion complète aux établissements à la fin de la phase pilote. 

Cui

Une cuisinière de l’EPP Gomboko en pleine préparation du repas de midi

3 réponses

  1. Avatar de (@_@)
    (@_@)

    Merci « Alexandre Zinsou ». C’est là l’une des composantes de « la richesse » que devrait abonder les emprunts. L’essentiel est là. L’avenir du Bénin aussi.
    \\\\ ///
    (@_@)

    1. Avatar de (@_@)
      (@_@)

      « que devraient »

  2. Avatar de Otis p

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