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(ENQUETE) Transport des étudiants de l’UAC : la démission lente et programmée de l’État

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Patrice Talon, l’investissement de l’État dans l’amélioration des conditions de vie et de travail des étudiants s’amenuise. Le transport des étudiants est l’un des secteurs les plus touchés. Les investigations menées ont montré que plusieurs lignes (circuits de transport) sont réduites à six contrairement à ce qui se passait sous les régimes précédents. Faute de moyens financiers, l’État n’assure que le service minimum à la communauté universitaire.

Six bus pour 86.694 étudiants régulièrement inscrits à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). Pour beaucoup d’acteurs universitaires, ce chiffre rend compte du retrait en douce du gouvernement des services des œuvres universitaires.  Ce qui complique davantage l’existence aux apprenants sans moyens. Dans les coulisses du rectorat de ladite université, on avoue clairement l’échec de l’État central dans la prise en charge du transport des apprenants en raison des difficultés économiques du pays.

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Pour Léopold Ganhoumèdé, Chef service hébergement et transport des étudiants par intérim du Centre des œuvres universitaires et sociales, «  Dans la sous-région, il n’y a plus de transport d’étudiants par l’État. On s’abonne aux compagnies de transport pour le faire. L’enseignement supérieur aujourd’hui est une affaire de moyens. Le transport d’étudiants par l’État est du passé…. ». Il indique que l’État béninois fait déjà trop avec les six bus pour les lignes actuellement fonctionnels. «  Depuis des années, les lignes sont réduites à six. Je ne peux que saluer le gouvernement pour avoir servi les six lignes. Il n’y a pas péril en la demeure… », a ajouté Léopold Ganhoumèdé tout en reconnaissant que le nombre de bus est très peu pour ce nombre impressionnant d’étudiants.

« Depuis 2016, ils n’ont rien fait pour nous … » 

L’insuffisance criarde de bus crée la tension chez les étudiants qui ne savent plus à quel saint se vouer. Sur le sujet, le président de la Fédération nationale des étudiants du Bénin ( Fneb),  Wenscelas Edo Akpakpo, n’a pas fait de cadeau au gouvernement. «  Nous demandons au chef de l’État de nous payer les bus. Allez au garage de l’Uac, vous verrez des bus en panne. Il n’y a pas de bus pour le centre universitaire d’Adjarra qui a plus de 1000 étudiants. Des camarades quittent Avrankou, d’autres parcourent plus de 30 kilomètres pour aller à cette université. A l’université de Parakou, il y a un seul bus. A Abomey-Calavi, il n’y a que six bus. Il urge que le pouvoir en place puisse véritablement penser aux étudiants, parce que, depuis 2016 à ce jour, ils n’ont pratiquement rien fait. Aucun amphithéâtre n’est construit, ni de salles informatique. Ils n’ont rien fait à l’Université. Ce que le régime a fait, ce sont des réformes hostiles pour rendre la vie difficile aux étudiants. Nous voyons qu’il est temps pour nous de dire non à ces pratiques-là…. », s’est indigné le président de la Fédération nationale des étudiants du Bénin.

Solution palliative

Face à la démission de l’État béninois dans leur transport, l’achat de motos personnelles s’est révélé comme une solution palliative à plusieurs étudiants. «  Mes parents m’ont acheté une moto pour me rendre au campus d’Abomey-Calavi. Je ne sais même plus s’il y a encore de bus qui transportent les étudiants… », a fait savoir Jocelyne, étudiante en deuxième année de sociologie au campus universitaire d’Abomey-Calavi. Grâce aux soutiens des parents ou aux bourses et secours universitaires perçus, beaucoup d’étudiants ont acquis des motos pour leurs déplacements. Cette situation a favorisé les vols fréquents de motos sur le campus.  Pour remédier à ce problème, plusieurs points de garde-motos ont été créés sur le campus. Ce système de sécurité est garanti par le Bureau d’union d’entité (Bue) de chaque faculté. C’est ce qu’a expliqué, Casimir Renée Edo, premier vice-président du Bue/Fast ( Faculté des sciences et techniques), dans un entretien sur les problèmes de transport d’étudiants.

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« Dans un passé récent, il n’y avait pas de garde-motos sur le campus. Mais, le besoin s’est fait sentir pour sécuriser les motos des étudiants. Qui veut aujourd’hui avec un peu de diligence, peut avoir une moto. Si tous les étudiants doivent garer leurs motos devant leur amphithéâtre, voyez l’image que cela peut donner. Pour pallier ce phénomène et permettre à l’étudiant qui est en train de suivre son cours de savoir que sa moto est en lieu sûr, chaque Bureau d’union d’entité (Bue) a pris des dispositions pour qu’il y ait au moins un garde-velos devant leur faculté. Ces garde-velos ne sont pas chers. C’est 50 francs pour déposer sa moto du matin au soir…. », a déclaré le responsable d’étudiants. Toutefois, il soutient que la lutte pour l’acquisition de bus pour le transport d’étudiants reste entière.

«  Chaque fois que l’occasion se présente, nous demandons aux autorités compétentes de mettre à la disposition des étudiants des bus pour faciliter leur transport. Aujourd’hui, pour ce que je sais, on a six lignes sur le campus. En principe, on devrait en avoir plus. A l’université d’Abomey-Calavi, c’est presque tous les étudiants du Bénin. Ils quittent Porto-Novo, Ouidah, Glo, un peu partout pour venir étudier ici. Même si l’on pouvait avoir deux ou trois véhicules par ligne, cela va nous alléger la tâche. Actuellement, pour ce que je sais, il n’y a qu’ au maximum six bus mis à notre disposition. Vous voyez que c’est compliqué. C’est un chiffre à la hausse que je donne. Si vous venez, vous verrez que c’est à peine quatre qui sont opérationnels. Peut-être que ce n’est pas encore une priorité de l’État pour l’instant. Récemment, il y a eu une grève à l’université d’Abomey-Calavi. Chaque fois qu’il y a grève, lorsque vous prenez les revendications, on verra qu’il y a toujours ce problème lié à l’augmentation du nombre de bus pour faciliter le déplacement des étudiants…. », a précisé Casimir Edo.

 Pour l’heure, seuls six bus fonctionnent pour des milliers d’étudiants. Ceux qui ont les motos s’en sortent, pendant que la grande majorité des étudiants vivent le calvaire pour leurs transports sur le campus. A l’allure où vont les choses, selon plusieurs témoignages dans les coulisses, le transport d’étudiants par l’État sera conjugué au passé pour défaut de moyens financiers à cause de l’augmentation à un rythme exponentiel du nombre d’apprenants, chaque année.

George Akpo, Partenariat LNT / OSIWA

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