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(ENQUETE) L’Igname à Savalou : Au-delà de la fête, une culture et une histoire

L’igname encore appelée « tévi » est bien connue au Bénin et est l’un des aliments les plus consommés au Bénin. Le tubercule constitue le deuxième produit vivrier après le maïs avec une production de plus de 2.500.000 tonnes. Consommée sous plusieurs formes à savoir pilé, bouilli, frit, grillé, en gâteau ou en ragout, en cossette, l’igname est un symbole cultuel et culturel du pays Mahi. Sa récolte fait l’objet un rituel sacré où elle est bénie, cuisinée et partagée. 

La célébration de l’igname au Bénin connait plusieurs appellations d’une région  à une autre. A Savè, Pobè,  Kétou et même dans le Nord Bénin la première récolte est offerte aux divinités avant que le commun des mortels ne commence par en consommer. Chez les « baribas », les variétés Kinkérégou et Kankérou  sont utilisées comme tests culinaires pour la mariée lors des cérémonies nuptiales. De même, chez les ethnies Gando, l’apparition de la variété locale dénommée Drouba yessirou est annonciateur de malédiction.

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La fête du 15 août à Savalou autour de l’igname est imputable au regretté roi de Savalou, Sa Majesté dada Tossoh Gbaguidi XIII. En effet, le 15 Août est une date propre à la commune de Savalou. L’histoire remonte au 15 août 1952, date de célébration de la fête patronale de Savalou, une réjouissance religieuse, sociale et fraternelle au cours de laquelle tous les fils et filles de la commune se retrouvaient pour échanger et régler les problèmes de la cité. Et c’est en 2006 après son intronisation que dada Tossoh GBAGUIDI XIII a introduit dans cette fête de retrouvailles, un volet cultuel que tout le monde appelle depuis lors la fête de l’igname à Savalou, selon nos fouilles à la documentation de l’agence de développement du tourisme à la Mairie de Savalou.

Mystère…

A la période de récolte de la nouvelle igname, les adeptes des différents couvents de la région Mahi et initiés à cette pratique, s’interdisent de consommer le tubercule parce que ne pouvant distinguer sur le marché l’ancienne récolte de la nouvelle. La crainte est d’en prendre dans les premières moissons de l’année. Un sacrilège d’après le prêtre du Thron Kpéto-Vé du temple Budékéomékpo, Sa Majesté SoffoTen’pa. A Savalou, les collectivités procèdent au sacrifice de l’animal provenant de la récolte de l’année. Pour certains dignitaires, l’igname découpée en morceau et cuite avec la peau est rendue en pâte avant de la servir aux dieux accompagnée d’incantations pour avoir leurs accords et leurs bénédictions. « A la sortie de la nouvelle igname, on fait les consultations de Fâ à la commune et l’on procède aux sacrifices. C’est le signe Fâ du roi qui consomme en premier la nouvelle igname avant que le peuple n’en consomme », fait remarquer Dah Dégbégny, prêtre de Fâ au palais royal de Savalou. Chez le dieu de la terre appelé Sapkata, l’igname est morcelée crue sur le fétiche. L’igname est donc immolée, selon les garants de la tradition. Ces différents rituels sont faits dans un seul objectif, celui de révoquer les mauvais esprits, conjurer le sort, et purifier la cité. Grillé avec certaines feuilles, « il guérit des maladies », nous a confié un notable de la cour royale de Savalou. Pour Dah Danhwègnon Hèdji, l’igname est à l’image d’un homme. Car précise-t-il, à l’opposé des autres tubercules, elle séjourne sous la terre pendant neuf mois comme le nouveau-né. Sa constitution physique ressemblerait à celle d’un être humain avec un tronc et les deux extrémités, ajoute-t-il.

La variété Laboko et ses pratiques culturelles

La variété laboko est la plus prisée des tubercules d’igname en milieu « mahi ». Elle est semée entre les mois de décembre et janvier de l’année. A Savalou, on retrouve d’autres variétés issues du « laboko ». Il s’agit entre autres des ignames appelées « kangni », « gnidou », « klachoué », « mondji ». Ces variétés sont mises sous terre en période d’harmattan afin de garder l’humidité du tubercule, nous apprend Serge Lègba, paysan et natif de Savalou. Le « laboko » s’identifie par la verdure de sa feuille. Les lianes sont touffues et le tubercule est le plus utilisé dans la préparation de l’igname pilée. La variété est comparable à un être humain car elle reste la seule culture qui fait 09 mois sous terre. Le laboko est aussi la seule culture pour laquelle le paysan avant de semer où de récolter prie pour implorer la clémence des dieux où pour les remercier de la qualité de la production. 

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L’igname : une richesse 

L’igname contient les vitamines B1, B6, C, le potassium, le phosphore, le manganèse, le fer, le cuivre.  Elle contient également des protéines végétales, des lipides, des anti-inflammatoires, des glucides, des fibres alimentaires.« La composition chimique des tubercules est voisine de celle des pommes de terre avec environ 25 % d’amidon, mais un peu plus de protéines, environ 7 %, quatre fois plus que le manioc. Une demi-tasse d’igname cuite a pour valeur nutritive de 1,1 g de protéines, une charge glycémique modérée et 19,7 gde glucides », selon le fichier canadien sur les éléments nutritifs, publié en 2010. L’igname au-delà de l’aliment est aussi utilisée comme médicament. Le tubercule présente d’énormes vertus qui permettent de lutter contre le vieillissement cellulaire, de limiter les troubles cognitifs, notamment en améliorant la capacité amnésique riche en fibres en réduisant l’absorption de graisse par l’intestin et facilite le transit intestinal. Pour le généraliste Dr Armel Gbétchoévi, l’igname réduit la tension artérielle, soulage les douleurs lombaires chroniques et aide  non seulement à éliminer les vers intestinaux mais aussi à atténuer les brûlures et maux d’estomac. Au-delà de l’aliment, l’igname est à la fois un fruit d’exception mais aussi un fruit cultuel et culturel. Le secteur de la production de l’Igname à Savalou n’est pas organisé, apprend-t-on de source bien informée. A la mairie, une taxe est prélevée sur les produits agricoles prélevée en fonction de la quantité d’igname transportée. D’après nos investigations, lorsque le chargement est fait, les équipes surplaces font la collecte des taxes en fonction du moyen de transport.

Jacob ANANI, partenariat LNT-OSIWA  

Une réponse

  1. Avatar de Witchédji GBAGUIDI
    Witchédji GBAGUIDI

    La fête de l’igname à Savalou ne se célèbre plus depuis quelques années le 15 Août, mais plutôt le 14 Août. Le 15 Août est consacré à l’Assomption de la Vierge Marie.

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